Coccinelle et Clémentine

... et autres personnalités d'une schizophrénie naissante

26 février 2009

Dans les gouttes, des échelles en verre

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802 Hull Street (@Library of Virginia)

Vendredi dernier, non, celui d'avant, arrivée à la Gare, je savais que je n'aurais pas à prendre le TGV pendant 5 semaines et que j'allais enfin pouvoir souffler, et puis quelques heures plus tard, en soirée, marchant dans mes rues parisiennes les plus familières avec mon O, quand j'ai vu que j'avais encore cette sensation de flottement, comme étrangère à moi-même et à mon environnement, j'ai su qu'il allait me falloir du temps.

[Je ne suis jamais réellement revenue de New York.
Une partie de moi y est restée, c'est peut-être pour ça que, à côté du fait que je n'ai absolument pas envie d'y retourner d'ici peu, je suis comme obsédée, par moments, par des images de là-bas, comme si une autre moi y était coincée, et m'envoyait des signaux.]

De retour au Vaisseau depuis plus d'une semaine, ça a été un peu dur. Retrouver le gigantisme des couloirs, les procédures, les relations de travail, tout ça n'a rien à voir avec la vie à Laïonne - qui, malgré tout, ressemble davantage à une vie d'étudiante, la jeunesse en moins.
Retrouver le stress, retrouver les pressions, retrouver les inquiétudes, retrouver ce monde d'adultes. Je me dis parfois, comment ces gens en arrivent-ils à être aussi sérieux ? Je fais semblant, un peu, d'être comme eux, mais s'ils savaient comme je m'en fous. Comme la gamine en moi a envie de pisser dans leurs bottes.
Quoi qu'il arrive, je dois tout de même faire attention à ne pas devenir l'une de ceux qui font semblant d'être sérieux toute la semaine et qui se "lâchent à fond" le week-end, pour compenser. Quand je vois la transformation qu'a le travail sur certains ex-glandeurs de mon entourage, ça me fait un peu peur. La fierté de travailler. Ils se sentent propres. Grands. Respectés. Le boulot est chiant oui, mais autant s'y faire, s'y plaire. S'en plaindre si nécessaire. Hors travail, ils "délirent". "Sortent". Font la "teuf". Prétendent être restés des ados.
Ils deviennent les pires adultes du monde. D'une tristesse.

A midi, je me suis même retrouvée à la cantine, alors que j'avais réussi à l'éviter jusque là. En décalage dans mon travail par rapport à mes collègues, j'y ai mangé seule. Ce qui n'est pas forcément pire. Derrière moi, un groupe à une table s'amuse à trouver des mots ou expressions qui commencent par "la ré-", "la rè-", "l'arrêt" et tout ce qui est phonétiquement équivalent. Après 5 bonnes minutes de rires autour de la raie du cul, ils lancent chacun leur tour les mots qui leur viennent, la réminiscence, la rémission, la rémanence. Dans ce genre de groupes il y a toujours un pauvre gars ou une pauvre fille qu'on n'entend pas, et les autres redisent le mot qu'il ou elle a dit, et elle n'ose pas dire qu'elle l'a déjà dit, alors elle acquiesce, valide, hoche.
En général cette fille c'est moi.

Je suis contente de changer d'air, demain Eurostar, mais mon anglais n'a pas beaucoup été pratiqué, et encore moins dans mon milieu professionnel, qui se trouve être rempli d'un jargon bien spécifique. Moi qui suis déjà perdue en temps normal parmi des inconnus, je tremble un peu à l'idée de ne pas comprendre ce qu'on me dit et de ne pas savoir poser les bonnes questions.

Hier j'ai déjeuné au bord de l'eau, il faisait froid mais c'était beau - les péniches, les gens des bureaux qui marchent, toujours trop vite, la passerelle, les rollers sur les planches, le soleil sur la Seine, le métro aérien tout petit au loin comme une maquette, si précis, si clair, ça m'a réconciliée. Avec quoi je ne sais pas.

Je lis des infos sur des milliards, d'euros ou de je ne sais quoi, je ne sais même plus ce que c'est, ce que ça veut dire. Je pense à plus tard, dans des dizaines d'années, quand nous aurons perdu tout notre petit confort, nos petits gadgets, et encore plus tard, quand il n'y aura plus d'eau, et encore plus tard, quand le soleil dessèchera les océans avant de nous engloutir.

[Je ne suis jamais réellement revenue de New York. Ces sensations de fin du monde à la vision de cette vie forcée et acharnée ne me quitteront jamais.]

On m'apprend que je suis en page d'accueil de Canalblog aujourd'hui, bienvenue à vous braves gens, c'est une erreur malheureusement, ici il n'y a pas grand-chose, juste quelques mots, rarement les bons, mais parfois si, et pour le parfois, je continue, toujours, quand ça me prend.

Tapoté par coxetclem à 23:37 - 5 gentil(s) commentaire(s) - Permalien [#]

Commentaires

    Et moi je continue à te lire pour ces mots là.
    Je ne devrais pas être content de voir quelqu'un qui n'arrive pas à entrer dans ce monde d'adulte, parce que je sais que ce genre de chose pose toujours quelques problèmes, mais quand même, c'est chouette de croiser des personne comme toi. Enfin, de croiser les mots d'une personne comme toi quoi
    A la prochaine note!

    Tapoté par Mick Kelly, 27 février 2009 à 13:42
  • C'est tout à fait ça les pires adultes que tu décris, comme toi j'essaye toujours de ne pas trop me prendre au sérieux, ce qui peut être à double tranchant au boulot d'ailleurs, d'où l'importance de trouver LA bonne ambiance de travail (et là c'est le facteur chance qui joue).
    Selon les groupes, je suis aussi parfois celle qu'on n'entend pas...

    Tapoté par Blythe, 27 février 2009 à 22:16
  • Je pense que tu es en page d'accueil parce que tes mots disent beaucoup de choses, et à moi aussi ils me touchent. Ce monde d'adultes... je suis aussi celle qu'on n'entend pas ou avec une petite voix qu'un ou deux fait attention... j'écoute beaucoup les délires des autres, qui peuvent drôles ou non... souvent non, et surtout au travail... être discret sans faire trop sérieux, pas toujours facile. Merci pour cette note !

    Tapoté par caro, 28 février 2009 à 13:59
  • Bonjour,
    Voilà moi aussi j'arrive la page d'accueil de Canalblog, et ravie d'avoir cliqué
    Tu décris très bien ces décalages, être "adulte", faire un peu semblant, doser, avec qui, quand... Moi ce monde d'adultes en boîtes tous les jours m'a (beaucoup) gênée, alors j'ai travaillé en free-lance (trop vite p-ê), seulement la solitude et moi on fait pas bon ménage... alors j'ai trouvé une autre solution : arrêter de travailler pour "réfléchir"... si, si, je l'ai fait... Quelle mauvaise idée.
    Mince, tu vas te dire : une déprimée de + ! Bref, je te lirai ça sera mieux

    Tapoté par majmaj, 06 mars 2009 à 18:01
  • Merci Mick, merci les filles, et bienvenue majmaj... Au contraire, arrêter de travailler pour réfléchir, ça me semble la chose la plus sensée qui soit... Je te souhaite bonne chance.

    Tapoté par Stella K, 09 mars 2009 à 00:05

Vous êtes arrivés là soit par hasard, soit par un vilain dérapage manuel, soit pour lire les commentaires existants, soit pour en écrire un vous-même. S'il s'agit de la dernière solution, ne prenez pas peur, et tapotez quelques mots, de vos doigts les plus doux, dans le gentil formulaire ci-dessous...