Coccinelle et Clémentine

... et autres personnalités d'une schizophrénie naissante

06 décembre 2009

Car la nuit je mange Une fille aux cheveux oranges

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Paris exposition : Eifel Tower, Paris, France, 1900 (@ Brooklyn Museum)

Tandis que la France découvre Benjamin B. et que ses chansons passent même à Monoprix, je continue de l'écouter, même si cet album est décidément un peu lisse à mon goût. Lui, Aimee Mann et mes ukulélés (car j'en ai deux désormais) accompagnent toujours quelques instants de mes week-ends, compagnons de mes tentatives désespérées de récupérer quelques minutes supplémentaires par semaine, difficilement.

Les cartons sont toujours là, arrogants, pesants, et les heures de travail qui s'accumulent sans que je puisse en faire moins, et puis quelques petits virus par-dessus tout ça, et puis aussi le voyage à préparer, janvier vient si vite.

Désormais, quand je suis à mon ordinateur, je lève la tête, sur cette grande fenêtre encore vierge de rideaux, et devant moi s'étale la ville, les tours du quartier en premier plan bien sûr, mais aussi d'autres toits, et j'ai hâte qu'il neige, que tout soit blanc et brillant.
Je vois le ciel changer, la journée s'égrène au rythme des nuages qui filent, qui changent de couleur, au rythme des éclats de lumière sur les baies vitrées d'en face, au rythme des scintillements de la Tour Eiffel, toutes les heures dès qu'il fait nuit. Les petits avantages du neuvième étage.

J'ai bien sûr cette impression de filer dans une sorte de vie accélérée. Ayant dû mettre en suspens mes séances chez Docteur Dame pendant la période laïonnnaise, mon emploi du temps surchargé et irrégulier - et une certaine lâcheté - m'a empêchée de la recontacter pour reprendre le cours de la thérapie. Vu que je n'ai déjà pas le temps de faire ce que j'ai à faire, j'imagine mal comment je pourrais caser le trajet jusqu'à Convention et les trois quarts d'heure réglementaires. (Mais je sais comme tout le monde que "Je n'ai pas le temps" recouvre toutes sortes de réalités différentes.)
En contrepartie, je dois bien me rendre à l'évidence : je ne m'arrête plus jamais, je n'ai quasiment plus de ces moments "oisifs" que le monde romain chérissait, ces moments où on arrête de faire, faire, faire, et où on pense, enfin.
Je crois que c'est de là que vient ma méfiance des gens qui ont cette peur panique de l'inactivité, jusqu'à se créer des "choses à faire" vaille que vaille, et de cette ambiance générale qui, je trouve, nous pousse vers l'action, sans cesse, et qui ne valorise qu'elle.

C'est la raison principale qui me fait garder ce blog, du coup, je suppose. Ces quelques minutes passées à écrire ces lignes, aussi anodines soient-elles (et je n'aurai même "pas le temps" de me relire) sont pour moi plus importantes que toutes les décisions et actions que j'ai pu entreprendre cette semaine.

Chaque week-end après l'autre, je ressens cette colère infinie, de sentir les minutes derrière moi, et de voir grandir l'ombre du lundi, son immensité glauque, sa présence toute-puissante.

Les quelques minutes de liberté qui me restent, passent, je crois, à chercher comment m'en libérer. J'ai la sensation que nous en sommes tous là, englués dans nos professions, à chercher l'air pur.

J'ai changé de manteau et mes poches sont trop petites pour y mettre mes marrons. Je les ai mis dans mon sac pour les déposer sur mon bureau, au travail : je n'ai pas encore "trouvé le temps" de les en sortir.

Tapoté par coxetclem à 16:32 - 3 gentil(s) commentaire(s) - Permalien [#]

Commentaires

    Aaaah tu vois la Tour Eiffel de ta fenêtre, la chance !!!

    Tapoté par Blythe, 06 décembre 2009 à 16:57
  • Oui, continuez de prendre le temps d'écrire ici, préservez ces moments d'otium bénéfique : c'est toujours un plaisir de vous retrouver !

    Tapoté par JuL., 09 décembre 2009 à 10:32
  • Tu nous fait du bien aussi à toujours passer par ici. Merci de forcer le temps!

    Tapoté par Grenouille, 09 décembre 2009 à 11:05

Vous êtes arrivés là soit par hasard, soit par un vilain dérapage manuel, soit pour lire les commentaires existants, soit pour en écrire un vous-même. S'il s'agit de la dernière solution, ne prenez pas peur, et tapotez quelques mots, de vos doigts les plus doux, dans le gentil formulaire ci-dessous...