Coccinelle et Clémentine

... et autres personnalités d'une schizophrénie naissante

09 novembre 2009

The park across the way, the chestnut tree, the wishing well

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Boy with pigeons at [Circular] Quay, Sydney, 22/6/1935 / by Sam Hood (@ State Library of New South Wales collection)

Étonnamment l'interface Canalblog n'a pas changé depuis la dernière fois, n'est pas devenue payante, et j'ai retrouvé facilement login et mot de passe.
Le temps me manque (pour tout) depuis déjà trop longtemps, alors pour savoir si le prochain billet sera posté dans quelques jours ou dans six mois, je vous avoue, je ne sais pas, et peu m'importe. Le fait est que si je veux retrouver l'envie d'écrire des mots, je dois me débarasser des "faits" qui encombrent mes doigts et qui demandent, comme des enfants capricieux, à être relatés. Alors voilà, depuis le mois de juin........

- J'en ai fini avec Laïonne ; l'été, qui m'a réconciliée avec cette ville, les ballades et la redécouverte des pauses-babyfoot ont jeté un voile doré sur mes dernières semaines de cours, qui se sont égrenées dans ma tête avec ce parfum doux-amer qu'ont les dernières fois.

- C'est là-bas que j'ai eu mon dernier coup de cœur incontrôlable. Je l'ai vu sur les quais de Saône, et je me suis dit qu'il m'était destiné. J'ai hésité, pensé renoncer, mais moins de 24h plus tard, je cédais. J'ignorais que la mode du ukulélé avait été lancé par un vague chanteur de télé réalité, mais tant pis. Dès que j'ai un moment le samedi, je joue du ukulélé et c'est super chouette (à jouer, probablement moins à entendre). Satisfaction d'apprendre toute seule au fil de l'eau et des écoutes, parallèle contradictoire de mes années d'apprentissage du piano, qui s'étaient faites dans la contrainte, l'angoisse et le désir de perfection et avaient fait disparaître presque totalement le plaisir de la musique.

- C'est là-bas aussi (probablement) que je me suis bousillé le pied droit (les descentes de la X-Rousse, en courant à moitié, en sandales à deux balles). Après plusieurs semaines de douleurs sourdes, j'ai fini par consulter, faire des examens divers (la prochaine fois qu'on me prescrit une IRM je saurai maintenant qu'il faut je prenne dix calmants) et découvrir toutes sortes d'ennuis et de contre-indications. J'attends un nouveau rendez-vous avant de faire une croix définitive sur les claquettes. Les talons c'est fini.

- J'ai pris de manière permanente mon poste au Vaisseau. Et si j'aime toujours y travailler, mon poste en lui-même s'est, comme prévu, révélé jour après jour plus éloigné de mes envies et de mes (lançons les grands mots) valeurs. Management et commerce en lieu et place des livres et du public. Autant dire que je guette les opportunités et que je filerai dès que je pourrai - en espérant que ce ne soit pas dans trop longtemps.

- J'ai passé l'été sur mon mémoire professionnel, largement perturbé par des circonstances complexes ; j'ai bien cru que je ne m'en tirerais jamais. J'ai finalement fini dans les délais, moyennant un stress notable et durable.

- Après l'arrêt total de mon traitement de fond pour mes migraines il y a maintenant plus d'un an, je n'avais pas noté d'aggravation - avant cet été. Puis, en septembre, ça a été de pire en pire, jusqu'à une crise tous les deux jours (difficile à évaluer quand on ne sait pas ce que c'est). Soigner le stress a un peu aidé (A suivre). Une autre bonne raison pour changer de job rapidement.

- J'ai eu, lors d'une sieste dominicale, une illumination aussi saisissante que singulière : un mot, écrit blanc sur fond marron, comme l'est la ligne Bakerloo à Londres, qui m'est apparu de façon si lumineuse qu'il m'a réveillée. Depuis, il est devenu le prénom insolite d'un futur personnage. A suivre aussi, j'espère. J'ai besoin de temps (encore)

- J'ai découvert Oxford et en suis tombée amoureuse. Je relis Les Royaumes du Nord pour la peine.

- J'ai, grâce au ministère dont dépend le Vaisseau, trouvé un nouveau logement plus grand et moins cher que l'actuel. Nous allons passer de 26 à 60 m². Le déménagement est prévu pour la semaine prochaine (normalement). Le dernier mois a été consacré à rendre ce moche deux-pièces plus présentable. C'est la première fois que je déménage avec la personne avec laquelle je vivais avant. C'est la première fois que je choisis avec quelqu'un des couleurs, des textures, des configurations. Je découvre les week-ends Ikea / Leroy-Merlin avec un mélange de joie et de désespoir (ces endroits sont rapidement l'incarnation de tous les maux conjugo-familiaux modernes, tout de même). Beaucoup d'idées abandonnées à regret, et des contraintes acceptées à contre-cœur, comme par exemple le fait de poser de la moquette (beurk) pour cacher le vilain lino. On verra combien de temps le provisoire durera. Et on verra comment gérer l'enlevage des chaussures dès l'entrée (beurk bis). Je cherche déjà des thématiques pour que la crémaillère ne signe pas l'arrêt de mort de notre sol.

- J'ai trois copines qui accouchent en décembre, ça augmente forcément avec l'âge mais parmi elle il y a Fleur. Et son annonce au téléphone n'a pas résonné tout à fait comme les autres... La vision de son ventre a été en revanche très naturelle. Cette sale petite fougasse n'a pas voulu me dire le prénom prévu pour sa petite fille. Je suis quelque part un peu triste à la perspective de ne pas la voir grandir (car cette fois je crois que le retour de Fleur en métropole est presque définitivement hors de question)...

- Avant-hier, dans un bar du 20è pour la projection de courts d'un copain, j'ai appelé D'elfe, qui habite la même rue. Elle est sortie de son lit pour me faire un coucou. Nous avons parlé, beaucoup comme d'habitude. Elle est lassée de l'assistanat mise en scène et cherche à jouer, de nouveau. Elle en a marre des difficultés inhérentes à cette démarche. De mon côté j'en ai marre des compagnies théâtre amateur et des pseudos cours qui facturent 700€ l'année pour faire de l'impro dans une pièce parquetée éclairée à l'halogène. A un moment de la soirée, nos discours se sont rejoints, étonnés de ne pas l'avoir fait plus tôt : nous allons bosser ensemble. Travailler des scènes. Pour nous. Réapprendre à travailler un texte, un personnage. Une vraie démarche, même si ça ne débouche pas sur de la scène dans l'immédiat, ça me nourrira plus. J'ai hâte.


Le matin, en allant travailler, je fais rouler dans mes mains, au fond de mes poches, les six marrons que j'ai ramassés au bord de la rivière, dans les jardins de Christchurch College. Ils sont mes talismans. Pour ne pas oublier où est l'important. Tous les matins, en allant travailler, j'ai besoin du contact de ces marrons.

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01 juin 2009

"I'm getting a little too old for that whorey look"

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Getting a manicure while drying hair at Francois de Paris, a hairdresser on Eighth Street (@Library of Congress)

Quand j'étais à la fac et plus particulièrement pendant mon année de maîtrise en province, mes journées se composaient principalement de 2 heures de cours, suivi ou précédés (selon les jours) de : Motus, Les Zamours (mais pas en continu), La Petite maison dans la prairie, Le journal de la santé (oui à l'époque ça n'était pas un magazine), C'est mon choix, Cap des Pins, Des chiffres et des lettres, puis ensuite j'effectuais quelques tâches, qui pouvaient être, selon le cas, courses, cinéma, visionnage de film, écriture, glande, ou séance de maquillage, dont vernis à ongles.

Ma copine Sophie avait des ongles très longs, très résistants, et toujours vernis. Ses couleurs étaient toujours délirantes, ça pouvait aller du kaki au violet irisé en passant par le jaune, ce qui n'était, je l'avoue, pas du meilleurs goût. Du coup, moi qui avais un peu laissé tomber le vernis à ongles depuis la 1ère, je m'y étais remis. Je ne sais pas combien de flacons j'avais, d'ailleurs j'en ai gardé certains, même si aujourd'hui l'huile se sépare du reste et que c'est proprement inapplicable, poisseux et pâteux. Je pouvais passer des heures à appliquer une couleur, l'enlever, me shooter au dissolvant, empuantir mon studio, et réappliquer une autre couleur, voire plusieurs.

Malheureusement, je n'ai pas les ongles incassables, ou alors je suis spécialement maladroite, je ne sais pas, mais en général, au bout de 1 ou 2 jours, le vernis s'écaille, et au bout de 3, j'ai un ongle cassé. Ce qui me calme en général pour plusieurs mois, pendant lesquels je me satisfais très bien d'ongles courts et propres (ce qui d'ailleurs est parfois plus pratique et plus doux pour certaines choses, mais passons).

Il n'empêche que, aussi stupide que ce soit, avoir des ongles vernis, ça peut donner du peps. Tu es au boulot et tu as tes ongles vernis, c'est différent. Il y a un mélange d'enfance et de féminité, qui, je l'avoue, n'est pas sans me déplaire.
Seulement, mes vernis préférés sont du genre violet foncé, ou alors des teintes plus funs, mais dans tous les cas, rien qui ne convienne à mon poste actuel et à ma situation de "responsable".

Alors comme alternative il y a le vernis rouge. J'en ai un petit flacon que j'aime bien et c'est forcément assez sexy. Seulement voilà, le vernis rouge, à Paris, ben c'est l'apanage de toutes les putes à frange et ça c'est tout simplement impossible.

Du coup, samedi, alors que je venais de passer une après-midi absolument terrifiante niveau shopping (obligée d'aller boulevard Haussmann, j'en ai profité pour chercher deux ou trois trucs que je voulais, style une jupe 60's, et rien, nichts, nada, niente, du Printemps aux Galeries Lafayette en passant par H&M, Mango et Zara, rien), j'ai atterri en début de soirée chez Monoprix en bas de chez moi pour faire quelque ravitaillement, et là je me suis dit que faute de jupe, j'allais chercher un truc dont je rêve aussi depuis que je voue un culte à Marnie, et qui a été sérieusement ravivé depuis que je regarde Mad Men : un vernis à ongle rose, mais un rose spécial, un rose old-fashioned, comme elles avaient toutes à l'époque.
Et là, après avoir erré dans les présentoirs, j'ai trouvé un rose qui convenait presque. De retour chez moi, ça a été comme une sorte de révélation. Mon vernis !
Malheureusement, c'est un rose un poil trop "moderne", ce n'est pas encore "LA" teinte. Mais quand même. C'est à la fois coloré et doux, et s'il ne s'écaille pas dès demain - ce n'est pas gagné - il ne me manquera plus que ma jupe rêvée pour faire une parfaite petite poupée.

Ou autre.

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[voir aussi January Jones sur InterStella]

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31 mai 2009

The Office

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City, crowded office space @ The Library Of Virginia

J'accumule les jours passés où je me dis, du matin au soir :"Aujourd'hui j'aurai le temps d'écrire un peu, et de parler de ça et de ça sur mon blog".
Les jours se suivent, je n'ai pas le temps, les ça et ça s'entassent pour devenir un tas de choses anodines, ou de choses trop compliquées pour être expliquées depuis le début.

Au travail par exemple. Je suis de retour au Vaisseau depuis 2 semaines maintenant, après un week-end de rêve dans le sud de la France dont je n'ai pas, non plus, eu le temps de parler... mais je ne désespère pas.

Contente d'être à Paris, contente d'être au Vaisseau, dans ce cadre dont je ne me lasse pas, il y a eu néanmoins, depuis ma prise de poste en décembre, quelques désagréments, qui s'aggravent petit à petit.
Rien n'est simple, mais en quelques mots, je travaille dans un département un petit peu à part dans le monde des bibliothèques puisqu'il contient une bonne part de "commercial". Or, conjoncture et politique actuelle obligent, on nous demande de gagner plus d'argent encore. Et comme l'organisation du travail et l'efficacité en terme de délais laissent à désirer, la direction a programmé en hiver dernier un audit sur notre département.
L'étude en question (le mot "audit" est vulgaire dans mon domaine, comprenez-vous) a commencé en avril, pendant que j'étais à Laïonne. Du fait de mon stage à Londres et de mon mémoire futur sur un point bien précis du circuit de fonctionnement, la consultante exécutive a exprimé le souhait de me rencontrer d'urgence ; nous nous sommes vues un vendredi, et, sortant de mon TGV, j'ai écouté sans ciller son discours pétri d'anglicismes les plus ridicules les uns que les autres, ponctuant son discours de remarques sereines, contrastant avec son stress et son énergie aux dents longues.

Quant à mes collègues, cela faisait des mois qu'ils étaient dans l'inquiétude la plus extrême : sans communication aucune de la part de la direction du département, tout le monde s'imaginait le pire, en particulier l'équipe dont je suis responsable.
A mon retour il y a deux semaines donc, j'ai d'abord eu le plaisir de voir que mon bureau était toujours occupé par le cabinet de consulting. Je savais qu'ils s'y trouvaient pendant que j'étais à Laïonne, mais je pensais que mon directeur aurait la délicatesse de les déloger pour mon arrivée. Mais non. J'ai donc été transférée dans un bureau rempli de nanas, ce qui a de bons côtés, parce que les filles sont de drôles de créatures.
Sur la forme, contrairement à ce que certains collègues pensent, je me fous complètement de changer de bureau, ouhlà, je ne compte pas me transformer en fonctionnaire pantouflarde d'ici peu. Sur le fond, bien sûr, je remarque simplement que de jeunes renards tout fraîchement sortis de HEC, qui sont là pour trois mois, passent avant la dernière cadre embauchée.

Et puis, la semaine dernière, nous avons eu les résultats (partiels et expurgés par la direction, bien sûr) de la phase 1 de l'étude, celle de l'état des lieux. Parmi les 4 points qui sont sujets à une remise en question, 2 concernent directement l'équipe donc je suis directement responsable. Autant dire que depuis, l'ambiance alterne entre le morose et la nervosité, à des degrés parfois insupportables.

Evidemment, secrètement, j'espère que le pôle sera supprimé, et mon poste avec ! Oh, je l'aime plutôt ce poste, qui était mon choix numéro 1 parmi les 25 qui m'étaient proposés au concours... mais j'avoue qu'être responsable d'une équipe était peut-être un peu prématuré, ou plutôt, disons que je suis arrivée à un moment assez peu stratégique, et qu'entre le refus de changement des équipes et la non-communication de la direction, je me dis que le statut d'intermédiaire est possiblement le plus inconfortable qui soit.

Demain je vous parle de mon nouveau vernis à ongles.

[Comme Last.fm ne fonctionne pas ce soir : j'écoute Julie Delpy. Et c'est franchement cool.]


MusicPlaylistRingtones

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09 mai 2009

On ne connaît plus les parents des copains

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Rural school children, San Augustine County, Texas (@Library of Congress)

Quand on était petits, et qu'on voulait appeler une copine (ou un copain, mais ça arrivait quand même très rarement), il y avait tout un tas de difficultés et d'épreuves à traverser.
D'abord, si c'était pour une conversation privée, où on risquait de dire des choses que maman ou papa ne pouvaient pas entendre, il fallait aller dans une cabine. A pièces. Trouver donc un prétexte pour sortir. Au centre-ville.
Une fois là-bas, il valait mieux connaître le numéro par cœur. Sinon, tu te retrouvais à appeler le 12 et à noter les renseignements de ta main gauche sur un papier graisseux.
Quand tu appelais, il y avait peu de chance que ce soit ta copine qui décroche. Il fallait donc identifier ton interlocuteur, et c'était d'autant plus ardu que ta copine avait deux petits frères à la voix encore fluette, et que, une fois sur deux, ça ne loupait pas : "Allô Mme Florin ?" "Non, c'est François".
Mais en général, tu tombais sur la maman (plus rarement le papa), tu devais paraître aimable et fréquentable, polie, sans pour autant perdre trop de temps.
Parfois évidemment tu n'avais plus de pièces et tout dépendait de si tu avais eu le temps de donner le numéro de la cabine à ta copine, et là tu attendais la sonnerie stridente, alors qu'une mémé revêche attendait à l'extérieur, avec un air à t'envoyer à la maison de redressement dans la minute.

Vers la fin du mois, il fallait essuyer les engueulades liées à la note de téléphone, et, le mois suivant, redoubler d'ingéniosité pour pouvoir se parler sans avoir le père Florin, derrière, au chambranle de la porte, en train d'engueuler ta copine et de la sommer de raccrocher.

Le soir parfois quand on se voyait alors, on imaginait des stratagèmes qui pourraient rendre possibles des communications privées, où on pourrait se parler à n'importe quelle heure et sans intermédiaire.
On reliait des gobelets en plastique par des ficelles et on se parlait dedans, émerveillées et pensant avoir trouvé la solution du siècle, avant de se rendre compte qu'effectivement, d'une maison à l'autre, ça devenait compliqué.

Les petits d'aujourd'hui ont mille solutions, du texto au portable en passant par msn.
Mais mine de rien, je ne regrette pas complètement cette époque. Quand tu appelais avec le trac de tomber sur Mme Pouscul qui faisait un peu peur, quand tu allais à des goûters d'anniversaire sous la houlette de Mme Dubois, que tes parents s'arrangeaient avec les Pommier pour que ce soient eux qui aillent te chercher ce jour-là à l'école, et qu'il fallait passer tout un trajet en voiture avec eux...
Connaître les parents des copains, parfois, ça ouvrait une réelle fenêtre de compréhension. C'était normal qu'Aline soit aussi bizarre, avec les parents amish qu'elle avait. C'était normal que Fleur soit aussi gentille et aussi humble, avec les parents adorables mais pauvres à la Ingalls qu'elle avait. C'était normal que Mathieu soit un petit con avec ses parents chirurgiens catho famille nombreuse avec piscine et serre-tête.

Aujourd'hui les copains que je me fais, je ne connais pas leurs parents. Soit ils en sont loin, soit on ne les voit pas. Parce que maintenant, ce sont eux les adultes. Et franchement ça me manque. Quand par hasard je rencontre les parents d'un ami "de l'âge adulte", je suis fascinée. La ressemblance. Tous les indices qui t'expliquent tellement de trucs sur le comportement de leur enfant. Et puis, je ne sais pas. L'impression d'être plus proches. Il y a des gens dont les problèmes et les "défauts" peuvent s'expliquer et se justifier par un seul coup d'œil sur leurs parents. Alors bien sûr, il y a aussi tous ceux qui sont bien contents de ne plus avoir l'ombre de leurs parents sur leur vie, pour des raisons diverses. Moi, quand j'ai déménagé de ma petite ville pour ma ville universitaire, tout à coup ça m'a fait bizarre, de ne plus être reconnue partout comme la fille de M. et Mme K. Au départ, j'ai ressenti une certaine liberté. Je pouvais ENFIN faire des conneries, sécher les cours, sans m'attirer la morale de mes profs. Et puis à force, ça m'a manqué. Désormais c'est fini, je suis encore plus loin. Mais ça me manque.

Ce mélange de honte totale et de fierté, d'appartenance, qui se produit quand tes copains rencontrent tes parents.



***NEWS***

- J'ai de nouvaux cheveux depuis deux jours, vaguement roux foncé, j'ai hâte que ça s'éclaircisse un peu, mais c'est pas mal.

- Comme il y a encore à ce jour plus de visiteurs ici que sur InterStella, je vous indique que là-bas, il y a un jeu méga facile pour gagner des invitations pour aller voir Star Trek. Il suffit de cliquer ici et de répondre aux questions.

- Je me suis enfin inscrite sur Last.fm. C'est affolant comme j'écoute toujours la même chose, mais ce n'est pas une surprise. En nombre d'écoutes, par artiste :

1 The Beatles
2 Benjamin Biolay
3 Aimee Mann
4 The Divine Comedy
5 Belle and Sebastian
6  久石譲 (Joe Hisaishi)
7 Arcade Fire
8 Fiona Apple
9 She & Him
10 Robbie Williams

Bon c'est quand même bizarre que Joe Hisaishi arrive devant Fiona Apple, il y a forcément un bug quelque part.
A voir si ce petit module et toutes ces stats sont réellement utiles...
Du coup, il y a un nouveau widget dans la colonne de gauche, avec ce que je suis en train d'écouter.

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30 avril 2009

Retour

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Commuters, who have just come off the train, waiting for the bus to go home, Lowell, Mass (@ Library Of Congress)

Je prends le train dans une heure et demie, dernier TGV avant la mi-juin, avant la dernière salve de laïonnades qui me mènera jusque fin juillet.
J'avais commencé un billet lundi, sur le fait que je venais de prendre mon dernier TGV dans ce sens-là avant 6 semaines, alors que je n'avais même pas eu le temps de parler de cette nouvelle période chez les Rhodaniens ; je n'ai même pas eu le temps de le finir.

Comme prévu, avec les beaux jours sont arrivés les rapports, les dossiers, les stages, les autres rapports, les projets, les travaux divers. Comme prévu, alors que je commence tout juste à apprivoiser cette ville et à m'y sentir bien, alors que les journées s'allongent pour m'offrir autre chose que l'impression matin-lever-cours-nuit-coucher, je n'ai même pas le temps d'en profiter. Pas le temps de me balader, hormis mon trajet jusqu'à l'école le matin, que je refais dans l'autre sens les rares fois où j'en ai le courage (l'impression d'escalader un temple aztèque.)

Je n'ai pas pu parler de ce moment où j'ai senti que cette ville arrêtait de me crier "Tu n'es pas chez toi". Je n'ai pas pu parler des lumières du parc le matin, de l'eau turquoise, des cygnes, des oies qui broutent, des poules d'eau ridicules, des écureuils invisibles. Je n'ai pas pu parler de tous ces petits détails particuliers aux Laïonnais, qui parfois m'agacent, parfois m'attendrissent.

Hier, je suis sortie, avec quelques camarades de classe, dans une banlieue paumée, pour voir de la danse. Un spectacle réservé depuis des mois, qui me semblait si lointain alors... C'était hier.

Quand je reviendrai, ce sera l'été.

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21 avril 2009

No strings and no connections

Comme vous ne l'aurez sûrement pas remarqué, il n'y a plus de liens sur ma page.

Ex-linkés, rassurez-vous : ce n'est pas que je ne vous aime pas (à part un ou deux), c'est juste un choix lié à plusieurs raisons.

Enfin, je ne vais pas m'étendre, mais en gros : - je ne supporte plus les blogs, surtout ceux qui se prennent au sérieux, - j'ai envie que cet espace se fasse tout petit tout petit, déjà si je n'écris pas c'est un bon pas, mais en plus, si je ne linke personne et que personne ne me linke, j'ai de grandes chances de passer aux oubliettes de nos amis les moteurs de recherches débiles, je perdrai quelques lecteurs en route, et croyez-moi, rien ne pourrait me faire plus plaisir.

Si vous vous sentez d'humeur humaniste, n'hésitez pas à virer de votre jouli blog votre gentil lien vers ici.

En revanche, InterStella est bien vivant, même si le flux est maintenant dans ma colonne de gauche. Lui vous pouvez le linker, par contre, au contraire, les avis divergents sont bienvenus.

Sinon j'ai des tas de choses à dire, comme tout le monde, mais je n'ai pas le temps. Comme tout le monde. Y'en a que ça n'arrête pas vous me direz.

En revanche, pour ne pas que vous pensiez que je suis devenue méchante, je vous laisse avec ma chanson-titre, avec l'ami Fred Astaire.
Je ne me leurre pas, je sais que personne ne cliquera.
M'enfin - je dis ça comme ça - la chanson est chouette (ouais c'est même dispo sur deezer, trop bien hein !)
Et si vous êtes de vilains gâteux fans de claquettes, à partir de 1:50 ça dépote.
Et ça vient de Top Hat, connu aussi sous le nom charmant Le danseur du dessus (et pour le coup si vous regardez vous aurez comme qui dirait le coeur de l'intrigue). Ce n'est pas mon Fred Astaire préféré mais il suffit qu'il danse, après tout...
Et puis si vous êtes de vrais esthètes, vous pouvez cliquer sur le bouton HQ pour avoir une qualité dégueulasse, mais moins. Ceux qui feront ça, et qui regarderont jusqu'au bout, je réfléchirai à les linker.

[insérer ici une vidéo valide]

No strings
And no connections
No ties to my affections
I'm fancy free
And free for anything fancy

No dates that can't be broken,
No words that can't be spoken,
Especially when
I am feeling romancy

Like a robin upon a tree,
Like a sailor that goes to sea,
Like an unwritten melody,
I'm free, that's me!

So bring on the big attraction,
My decks are cleared for action,
I'm fancy free,
I'm free for anything fancy.

No strings
And no connection
No ties to my affections
I'm fancy free
And free for anything fancy

No dates that can't be broken,
No words that can't be spoken,
Especially when
I am feeling romancy

Like a robin upon a tree,
Like a sailor that goes to sea,
Like an unwritten melody,
I'm free, that's me!

So bring on the big attraction,
My decks are cleared for action,
I'm fancy free,
I'm free for anything fancy.

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21 mars 2009

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Ruth St Denis at Yosemite Valley (@The New York Public Library)

Je veux apprendre à danser la salsa.
Je veux réapprendre à faire des claquettes.
Je veux remonter sur scène, dans un truc moins pourri que l'an dernier.
Je veux refaire du latin et du grec avant de tout oublier.
Je veux apprendre à chanter.
Je veux apprendre l'italien.
Je veux prendre une disponibilité pour aller travailler à la bibliothèque pour aveugles.
Je veux réapprendre le Braille.
Je veux apprendre à le lire avec mes doigts.
Je veux apprendre des textes et des poèmes.
Je veux retrouver Giraudoux et Jouvet.
Je veux jouer Ondine.
Je veux refaire de l'escalade.
Je veux apprendre à nager sur le dos.
Je veux réapprendre à jouer du piano. Et apprendre à jouer d'un autre instrument. Violoncelle. Alto. Batterie.
Je veux refabriquer des choses de mes mains.
Je veux jouer aux Playmobils, pour de vrai.
Je veux réécrire.

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08 mars 2009

And I won't kill you because you're just too much fun

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Angleterre a Hyde Park Londres @ George Eastman House Collection

En voyage d'affaire, je ne sais pas comment font les gens. Sans mon amoureux je n'aurais sûrement pas survécu, surtout à l'étranger. Heureusement, finalement, que l'option "un mois à Washington" n'a pas pu se faire. Même si, professionnellement, blablabla. Professionnellement on s'en fout, voilà.

Finalement c'était chouette, j'ai pu parler et écouter, j'ai raté probablement un millier de mots et de bouts de phrases mais bon.
J'ai pris le National Express. Je suis allée dans le Yorkshire. Avec un library manager qui sent mauvais de la bouche et qui a un gros problème de cloison nasale. (J'ai moi-même un problème avec les gens qui ont un problème de cloison nasale)
Autant à Manhattan je me disais toutes les trois minutes "Je ne pourrais pas vivre ici", autant là... je crois que je m'y ferais. Assez vite.

Et puis, ça fait tellement du bien, dans le métro, de débrancher son traducteur automatique, et de juste entendre des paroles, sans la bêtise de ce que ça raconte.
De toutes façons de manière générale les Anglais sont quand même super fun. Franchement. Le vendredi soir c'est défilé des grognasses, mais je ne sais pas, elles sont drôles. Vulgaires mais avec un vrai sens de la fête. Si tant est que ça veuille dire quelque chose. Il n'y a pas la dimension glauque / prétentieuse / triste des apprêtés du samedi soir dans les wagons RATP.

Là-bas, c'était un peu le printemps.
Mine de rien, les semaines s'égrènent. Dans deux semaines, retour à Laïonne, bientôt juillet, bientôt la fin de ces aller-retours, même si là maintenant ça va être l'époque des dossiers / rapports / exposés / mémoires et que franchement, j'ai passé l'âge, et que je doute d'avoir la patience de mener tout ça à bien. Surtout que bien sûr, comme dans toute école nationale française qui se respecte, tout est organisé n'importe comment, on a passé trois mois à glander en début d'année et là tout va tomber en même temps.

Là-bas, une nuit, j'ai fait ce rêve où ma mère est malade, faible, et où je lui propose d'aller faire ses courses à sa place. Elle hésite puis accepte, avant de tomber dans mes bras.
Assez simple, mais ça m'a bouleversée et suivie pendant des jours.

Là-bas, j'ai vu ou revu des films et j'en parle sur InterStella.

Rentrée hier soir, je repars au Vaisseau demain matin.
Bilan de mon séjour comparatif à Londres entre mon service et le leur : pour progresser il faudrait tout restructurer, et se séparer de plus de la moitié de l'équipe. Dont les gens dont je suis la responsable directe. Allez salut les gars. Bon, heureusement, je pense que jamais ça ne se fera. Enfin j'espère, je ne sais pas si je pourrais accepter d'avoir été la messagère d'un tel truc.
Mais il faut y retourner.
Avec l'entrain d'une huître digérée.

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26 février 2009

Dans les gouttes, des échelles en verre

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802 Hull Street (@Library of Virginia)

Vendredi dernier, non, celui d'avant, arrivée à la Gare, je savais que je n'aurais pas à prendre le TGV pendant 5 semaines et que j'allais enfin pouvoir souffler, et puis quelques heures plus tard, en soirée, marchant dans mes rues parisiennes les plus familières avec mon O, quand j'ai vu que j'avais encore cette sensation de flottement, comme étrangère à moi-même et à mon environnement, j'ai su qu'il allait me falloir du temps.

[Je ne suis jamais réellement revenue de New York.
Une partie de moi y est restée, c'est peut-être pour ça que, à côté du fait que je n'ai absolument pas envie d'y retourner d'ici peu, je suis comme obsédée, par moments, par des images de là-bas, comme si une autre moi y était coincée, et m'envoyait des signaux.]

De retour au Vaisseau depuis plus d'une semaine, ça a été un peu dur. Retrouver le gigantisme des couloirs, les procédures, les relations de travail, tout ça n'a rien à voir avec la vie à Laïonne - qui, malgré tout, ressemble davantage à une vie d'étudiante, la jeunesse en moins.
Retrouver le stress, retrouver les pressions, retrouver les inquiétudes, retrouver ce monde d'adultes. Je me dis parfois, comment ces gens en arrivent-ils à être aussi sérieux ? Je fais semblant, un peu, d'être comme eux, mais s'ils savaient comme je m'en fous. Comme la gamine en moi a envie de pisser dans leurs bottes.
Quoi qu'il arrive, je dois tout de même faire attention à ne pas devenir l'une de ceux qui font semblant d'être sérieux toute la semaine et qui se "lâchent à fond" le week-end, pour compenser. Quand je vois la transformation qu'a le travail sur certains ex-glandeurs de mon entourage, ça me fait un peu peur. La fierté de travailler. Ils se sentent propres. Grands. Respectés. Le boulot est chiant oui, mais autant s'y faire, s'y plaire. S'en plaindre si nécessaire. Hors travail, ils "délirent". "Sortent". Font la "teuf". Prétendent être restés des ados.
Ils deviennent les pires adultes du monde. D'une tristesse.

A midi, je me suis même retrouvée à la cantine, alors que j'avais réussi à l'éviter jusque là. En décalage dans mon travail par rapport à mes collègues, j'y ai mangé seule. Ce qui n'est pas forcément pire. Derrière moi, un groupe à une table s'amuse à trouver des mots ou expressions qui commencent par "la ré-", "la rè-", "l'arrêt" et tout ce qui est phonétiquement équivalent. Après 5 bonnes minutes de rires autour de la raie du cul, ils lancent chacun leur tour les mots qui leur viennent, la réminiscence, la rémission, la rémanence. Dans ce genre de groupes il y a toujours un pauvre gars ou une pauvre fille qu'on n'entend pas, et les autres redisent le mot qu'il ou elle a dit, et elle n'ose pas dire qu'elle l'a déjà dit, alors elle acquiesce, valide, hoche.
En général cette fille c'est moi.

Je suis contente de changer d'air, demain Eurostar, mais mon anglais n'a pas beaucoup été pratiqué, et encore moins dans mon milieu professionnel, qui se trouve être rempli d'un jargon bien spécifique. Moi qui suis déjà perdue en temps normal parmi des inconnus, je tremble un peu à l'idée de ne pas comprendre ce qu'on me dit et de ne pas savoir poser les bonnes questions.

Hier j'ai déjeuné au bord de l'eau, il faisait froid mais c'était beau - les péniches, les gens des bureaux qui marchent, toujours trop vite, la passerelle, les rollers sur les planches, le soleil sur la Seine, le métro aérien tout petit au loin comme une maquette, si précis, si clair, ça m'a réconciliée. Avec quoi je ne sais pas.

Je lis des infos sur des milliards, d'euros ou de je ne sais quoi, je ne sais même plus ce que c'est, ce que ça veut dire. Je pense à plus tard, dans des dizaines d'années, quand nous aurons perdu tout notre petit confort, nos petits gadgets, et encore plus tard, quand il n'y aura plus d'eau, et encore plus tard, quand le soleil dessèchera les océans avant de nous engloutir.

[Je ne suis jamais réellement revenue de New York. Ces sensations de fin du monde à la vision de cette vie forcée et acharnée ne me quitteront jamais.]

On m'apprend que je suis en page d'accueil de Canalblog aujourd'hui, bienvenue à vous braves gens, c'est une erreur malheureusement, ici il n'y a pas grand-chose, juste quelques mots, rarement les bons, mais parfois si, et pour le parfois, je continue, toujours, quand ça me prend.

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11 février 2009

Suspense rompu

Après avoir constaté qu'il allait falloir vivre un long moment avec l'eau coupée - sauf nécessité ponctuelle liée au maintien d'une hygiène élémentaire -, qu'il allait falloir aller téléphoner dans la rue puisque le portable passe très mal depuis autre part que le pas de la porte, qu'il allait falloir faire avec mes fenêtres sur cour offrant mon intérieur aux regards des voisins, j'ai quand même décidé, vendredi dernier, d'aller tenter le coup chez Orange, malgré leurs tarifs prohibitifs, au cas où le mec de chez SFR soit mal informé, au cas où une erreur se soit glissée quelque part, au cas où un miracle, ou que sais-je.
Ma mère, alors que je m'habillais pour affronter de nouveau le déluge, m'a lancé "Explique-leur que tu n'es pas là pour longtemps, ils te feront peut-être un prix" et je lui ai répondu avec l'ironie fatiguée d'une nana qui n'a affaire qu'à des sales fouines depuis des jours "Oui, c'est vrai que ces gens-là sont connus pour leurs grandes valeurs d'humanité."
Un paquet de minutes plus tard, je revenais chez moi, un grand sac Orange à la main, avec la promesse d'une ligne téléphonique dans la soirée et d'une connexion internet dans les 10 jours, le tout avec une méga réduction de la mort octroyée par un vendeur a-do-rable () que je bénis sur cent générations.
J'ai les deux (ligne et connexion, je veux dire, hein) depuis quelques heures.
L'explication technique n'a que peu d'intérêt, mais même si la situation était inhabituelle, chez SFR ils sont quand même bien à la rue.

L'eau est toujours coupée, je suis en train d'épuiser la planète à moi toute seule avec toute l'électricité que je dépense pour évoluer dans une température acceptable, mes rideaux tout neufs ne cachent rien, mais j'ai internet. Ma santé mentale n'est plus en danger (et je filais déjà très vite sur une pente dangereuse, pensez : ce matin, j'ai allumé la télé (!), c'était Télématin (!), et je n'ai pas éteint.)
Bon, ok, ma traversée du désert n'aura que très peu duré et je ne méritais pas toute votre compassion, mais je ne vais pas m'en plaindre.
Et je ne veux plus RIEN entendre de négatif sur Orange. Rien. De toutes façons c'est ma couleur c'est tout.

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04 février 2009

The Net Ultimatum

Quand, à quelques jours d'emménager à Laïonne, je me suis retrouvée sans toit, il y a eu un gros vent de panique, suivi d'une sorte de miracle à base d'amie de lycée mariée-un-enfant retrouvée via Facebook qui avait une collègue qui avait une copine qui partait en stage pendant 3 mois et qui voulait bien sous-louer son appart pendant ce temps, surtout à une copine d'une copine d'une collègue. Vous pensez.
Appart top (excepté le clic-clac maléfique), dans un quartier top, avec tout ce qu'il faut comme accessoires et commodités, vu que la fille vivait dedans, et avec, surtout, détail important, une connexion internet.
Et puis voilà, en un battement de cil l'échéance est arrivée, son stage se finit la semaine prochaine.
Je viens de passer des jours à écumer les sites immobiliers pendant les cours (au moins ça m'aidait à me maintenir éveillée), à téléphoner par-ci par-là pendant les pauses, à redouter de me retrouver dans les quartiers pourris et désertiques que je connais maintenant un peu, du style Alors pour les courses oh ben c'est GÉNIAL vous avez la Part Dieu à à peine 20 minutes ! (moi et les centres commerciaux, c'est inutile d'insister, d'autant que celui-là est réputé comme "un des plus gros d'Europe" >>> shoot me now.)
Et puis, assez rapidement finalement, j'ai trouvé quelque chose, dans le même quartier bien sympa, je l'ai visité avec mon amoureux, de passage la semaine dernière... Pas de gros coup de cœur, plutôt même quelques craintes (rez-de-chaussée, pas de vraie porte d'entrée, froid ambiant...), mais comme j'aime bien le coin et qu'à vrai dire j'étais un peu, comme on dit si joliment, acculée, je me suis engagée.

Aujourd'hui, signature, et dieu sait combien je déteste ça. Être à l'affût du moindre mot (là par exemple, prise de tête pendant une bonne demi-heure avec gestionnaires, conseillers juridiques, pour simplement cocher une case "résidence secondaire" à la place de "principale".), signer sans broncher des trucs où on te dit que bon la zone est inondable, et que bon, énergétiquement parlant, c'est pas gégène, et que si tu ne veux pas mourir de froid tu vas casquer, mais bonne nouvelle, pas de plomb, vous pouvez même lécher les murs madame si vous voulez (ok poulette chacun ses fantasmes), une paraphe ici madame (c'est pas masculin, paraphe ?) et là aussi et là et là et il y a encore ces trois exemplaires haha je vous fais faire de l'écriture hein. Pourquoi tous les agents immobiliers sont des clones les uns des autres ?
Et puis, l'état des lieux. Pire encore, surtout pour un meublé. Surveiller le moindre truc et vérifier que la nana met bien ce que tu lui dis, les bonnes lettres dans les bonnes colonnes. Oui non là 'Bon état' je ne pense pas non. Et forcément des trucs qui déconnent, ah oui la chasse d'eau fuit en effet, je vais vous faire venir quelqu'un madame ne vous inquiétez pas. Et forcément des trucs crades un peu partout puisque, je le découvre de plus en plus, il semblerait que ce soit totalement has-been de faire un VRAI ménage quand tu te barres d'un appart. Les gens sont des porcs.
Et enfin, évidemment, toujours la crainte que mes pires ennemies (et bientôt les vôtres) soient tapies dans un coin et re-transforment ma vie en un cauchemar. Plus jamais je ne pourrai être tranquille en arrivant dans un nouveau lieu (appart, maison, hôtel), ni même en hébergeant innocemment un copain. Plus jamais. Un jour vous comprendrez, même si je ne vous le souhaite pas.

Donc, comme le témoigne cette diarrhée verbale en tout point passionnante, très dans le style "eh bien madame Michu, on avait besoin de parler", je crois que je viens de vivre une fin d'après-midi en soi déjà extrêmement stressante.

Et pourtant, ce n'était que le début.
A peine la nana sortie de mon nouveau chez-moi, après un rendez-vous dont elle n'avait sûrement pas pensé qu'il durerait une heure et demie, quelques vérifications faites, quelques déconvenues plus tard (la chasse d'eau a VRAIMENT un gros souci), les clés en mains, je sautille joyeusement vers l'agence SFR d'à côté pour leur demander gentiment une connexion internet : j'ai encore une semaine à passer à Laïonne avant mon stage, alors autant dire que ça m'est vital, et ça l'est d'autant plus pour les deux blocs de 6 puis 4 semaines qu'il me restera à tirer jusqu'au mois de juillet.
Et puis, après l'appel fatidique au service des bidules, il s'avère que la ligne téléphonique n'est pas construite. Et ça, ma petite dame, autant être honnête, ça prend quatre semaines. Je réfléchis vite dans ma tête : je reste une semaine encore puis je pars en stage un mois à Paris et à Londres, puis je reviens... Peut-être jouable ? Sauf que non, madame, pendant cette période, les techniciens ont besoin d'accéder à l'appartement, la ligne doit être testée, etc.
En gros ? C'est mort. Je me renseigne alors sur les clés 3G et m'esclaffe en voyant les prix des FORFAITS. Oui oui, des forfaits, avec un NOMBRE D'HEURES LIMITÉES.

Et là, je me vois, seule dans ce grand studio gelé, emmitouflée dans un manteau, face à un ordinateur vide. Plus de skype, plus de distractions, de vidéos, plus de petit dèj avec les nouvelles fraîches, plus de services à portée de main.
J'imagine bien qu'il y a des gens qui vivent sans internet... Mais moi, rien que d'y penser, c'est tout simplement l'horreur. Oh la vilaine technophile. [Et ma camarade ce midi qui se fout de moi alors que je m'enflamme (apparemment) en lui expliquant ce qu'est Netvibes.]

Je passe en ce moment-même ma dernière soirée dans ce petit appart cool avec sa connexion internet et j'aurais envie de tout happer, d'un coup, de passer la nuit sur le web s'il le faut, comme avec un amant qu'on quitterait pour longtemps.

Plus sérieusement, que vais-je faire ? Comment survivre ? Je me vois déjà arriver le matin super tôt à l'école et me jeter sur les postes, et y rester le soir jusqu'à 19h55... Mais ensuite ? les soirées à la maison ? Alors oui, je vois le genre : tu pourras écrire, tu pourras lire, tu pourras faire des choses, qu'est-ce que tu crois, la vraie vie existe.
Mais passer toutes les semaines sans voir son visage ?
Sans couper la connexion et la conversation vidéo depuis le fond de mon lit, jamais avant d'être sûre que le sommeil va m'emporter ?
Je ne crois pas en être capable...

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21 janvier 2009

Message à caractère informatif (ça faisait longtemps)

demenagement

Pour des raisons ergonomiques (en particulier), j'ai déménagé mon blog "ciné" (oui, c'est une expression bien galvaudée dans mon cas, j'en suis bien consciente) sur Wordpress.

Vous pouvez le retrouver dans ma colonne de droite, tout en haut (les flux s'y affichent automatiquement normalement), ou directement en cliquant ici : http://interstellak.free.fr/wordpress/

Actualité du moment : mon top 15 de l'année.

Fascinating.

Non, bon, sans rire, j'ai fait un effort : j'ai écrit au moins 2 mots pour chaque film vu au ciné en 2008, alors y'a du progrès ! Je ne promets rien pour 2009 par contre. (Moi et les promesses...)

En revanche, du fait de l'importation trèèèèès laborieuse de Canalblog à Wordpress, tout n'est pas encore peaufiné, et puis il se peut qu'il y ait des bugs. N'hésitez pas à me le dire.

Voilà, à plus, les bandits.

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21 décembre 2008

Mele Kalikimaka

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Parmi toutes les choses qui me font me sentir tout à fait différente de la majorité des gens, il y a celle-ci : je ne me rappelle absolument pas du moment où j'ai arrêté de croire au Père Noël, et à vrai dire, je ne sais pas vraiment si j'y ai réellement cru. Si ça a été le cas, je pense que ça n'a vraiment pas duré longtemps du tout, pas assez longtemps pour que j'atteigne l'âge où on a de vrais souvenirs...
Et pourtant, je n'en ressens aucune tristesse.
Jusqu'à un certain âge, mes souvenirs de Noël sont tous émouvants, joyeux, chaleureux, et je les regrette énormément aujourd'hui.

Ce Noël où je devais avoir 2 ans et où mon grand-père paternel, qui depuis ma naissance déplorait que je ne fusse pas un garçon - mon père est fils unique, dernier à porter son nom - m'avait offert un camion à benne. Jaune. Rutilant. J'étais une petite fille et je ne savais pas trop ce qu'on pouvait faire avec un camion à benne, surtout qu'à l'époque nous vivions encore en appartement. Mais sa couleur, sa taille, me fascinaient et je l'aimais beaucoup. [Plus tard, j'ai compris tout le sous-texte de ce cadeau, l'indifférence de mon grand-père envers moi, jusqu'à sa mort, et quand j'ai choisi de ne pas effacer mon nom pour le remplacer par celui de mon mari, c'est aussi ce camion que je voyais.]

Noël, c'était à coup sûr une occasion d'avoir de nouveaux Playmobils, de développer mon univers, de pouvoir élargir le champ d'action de mes aventures. C'était à coup sûr l'occasion d'avoir des livres, des livres pour se distraire, mais aussi des livres pour s'instruire, des livres que je feuilletterais le soir dans mon lit, avide devant les images des Aztèques sacrifiant des jeunes filles en haut des pyramides, des Romains allant aux thermes, toutes ces choses que mon esprit a emmagasinées pour toujours et qui ont forgé une bonne partie de ce que je suis devenue.
Un ballon sauteur. Une malle en osier elle-même remplie de cadeaux. Une Barbie avec une robe "cristal" (je détestais les Barbies, c'est la seule qui avait mes faveurs). Un mille-papatte multicolore. Aladdin sur Megadrive, fini le lendemain. Une boîte de peinture. Des pots de Play-Doh à sniffer sans vergogne. Hôtel. Labyrinthe Master. Tant de choses.

Noël commençait bien sûr quelques jours auparavant ; je viens d'un pays où il fait froid l'hiver et où, quand j'étais petite, il neigeait, souvent. J'habitais sur une colline, alors, forcément, parfois, j'allais faire de la luge sur des pentes, avec la crainte des trous dont tout le monde parlait et où régulièrement, quelqu'un disparaissait. C'était rentrer avec les gants mouillés et glacés, manger un peu de neige amassée sur les feuilles de la haie de lauriers, malgré les cris de mon père, se réchauffer un peu à la maison, le temps d'un goûter (du pain, une couche de beurre, et des copeaux de chocolat), puis ressortir un peu, parce que même quand on est petit, on sait que la neige ça fond, on sait que les grands n'aiment pas ça, la neige, et que très vite les chasse-neiges et les saleuses auront tôt fait de transformer la jolie couverture blanche devant la maison en "gouillasse" marron qui fait splitch.

Et puis un jour, ma mère finissait par céder à mes demandes, et on allait chercher au grenier LE carton. Un carton vieux comme le monde que je reconnaitrais encore aujourd'hui entre mille, où se trouvaient toutes les guirlandes, boules, figurines, santons, qui venaient de mes grands-parents paternels et qui s'enrichissaient chaque année de nos propres ajouts. Il y avait des décorations qui devaient dater du milieu du siècle, qui m'effrayaient un peu, mais je les mettais quand même, me disant que ça ferait plaisir à mon père de revoir sur son sapin d'aujourd'hui les figures qu'il voyait, petit, sur son sapin d'alors.

Il y avait ensuite ces jours où je "descendais" au centre-ville pour acheter des cadeaux à ma famille. C'était très simple, à l'époque ; je n'avais pas conscience qu'un assortiment de mini-flacons de parfum Yves Rocher pour ma mère était un cadeau pourri, et d'ailleurs elle était contente quand elle l'ouvrait. Les rues étaient froides, les illuminations plus sobres qu'aujourd'hui, mais il n'y avait pas, tous les 100 mètres, des haut-parleurs crachant les horreurs de la variété internationale actuelle moisie déversée par la radio locale, qui me font désormais éviter toute incursion dans ces lieux mémorables.

Je passais des heures dans ma chambre, avec des papiers de couleur, des cartons, de la colle, des ciseaux, pour fabriquer les paquets-cadeaux les plus extraordinaires, en forme de pyramide, en forme de boîte aux lettres anglaise, en forme de cerf-volant. Je mettais dans l'élaboration de ces paquets tout l'amour que je portais à ma famille, et aujourd'hui encore, malgré le temps qui manque, et même, à cet instant précis, malgré un bras invalide, je ne peux que rarement me résoudre à faire faire le paquet cadeau par le personnel d'un magasin. A mon sens, le temps passé à emballer un cadeau est presque aussi important que le cadeau lui-même.

Plus tard, quand j'ai quitté la maison, ma mère attendait mon retour, le premier jour des vacances ; puis je n'ai plus pu rentrer assez tôt, et un jour, elle ne m'a plus attendue pour faire le sapin.
Aujourd'hui, je n'ai plus de vacances scolaires et j'ai un mari qui ne peut pas prendre de congés à cette période, alors, quand j'arrive, le sapin est déjà prêt, le carton est déjà rangé. Ce sont à des choses comme celles-là qu'il faut accepter de renoncer quand on a choisi d'être financièrement indépendant (et de ne plus être prof).

Aujourd'hui, je ne vois plus de neige, ou presque. Quand j'en vois, les gens autour de moi râlent. Les gens conduisent, alors forcément, la neige, ils n'aiment pas ça.

Aujourd'hui, Noël me désole, évidemment quand on est dégoûté de toute cette consommation futile, tout devient difficile, surtout dans une ville telle que celle-ci où Noël se résume à des magasins ouverts le dimanche. Offrir un DVD, un livre ou un CD me semble tellement impersonnel et banal que je me sens honteuse de le faire, mais je n'arrive plus à trouver l'idée géniale, chaque année. La source s'est tarie. De mon côté, je n'ai envie de rien, je n'ai pas de liste, de voeux, je n'ai besoin de rien et la petitesse de mon appartement freine, de toutes façons, la plupart des élans.

Aujourd'hui il manque simplement un ou plusieurs enfants dans mon entourage. Les cadeaux de Noël ne riment plus à rien comme ça.

L'essentiel pour moi est de revoir un peu mes collines mes ruisseaux mes sapins ma maison mon jardin mes framboisiers mon rosier et mon rhododendron. De traverser le centre-ville rénové, ses nouvelles décorations, ses passants dont je ne connais plus un visage sur dix. De sentir le parfum des biscuits de ma maman qui cuisent dans le four. De goûter les gâteaux de la voisine qui ont toujours ce goût de moisi et de rance, qu'on goûte quand même pour dire Aaaah celle-là elle changera jamais, elle les a encore préparés il y a 6 mois. De voir ma soeur zapper devant tout ce qui passe à la télé, fascinée par toutes les télés-réalités à la con et lançant des débats - sérieux - sur les sujets "abordés". De voir mon père subir toutes les invectives de sa fille aînée sans jamais réellement broncher. De voir ma mère paniquée et débordée à l'idée de préparer tous ces repas.
De penser que décidément, je ne pourrais pas vivre avec eux.
Mais que je ne pourrais pas vivre sans eux.

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20 décembre 2008

sanguine

Ce mois de décembre a été plein de premières fois, un premier prix pour un gâteau fait de mes mains, si on m'avait dit ça un jour j'aurais bien rigolé, une lessive dans une laverie, qui aurait été marrante à raconter mais maintenant c'est trop tard, et puis une visite aux urgences la semaine dernière. Peut-être d'autres, que j'oublie ?
Une semaine plus tard mon bras est vaguement plus mobile mais je n'y peux rien, quand mon corps casse ou cède j'ai tendance à me désespérer assez vite, à vouloir remonter le temps et à souhaiter très fort ne pas avoir posé le pied à cette soirée. Je l'ai peut-être déjà dit, mais si un jour j'ai une maladie grave je sais que je ne serai pas de ceux qui guérissent grâce à leur moral d'acier. Je serai morte d'avance.

Je suis fatiguée des masques qui m'entourent, soit je ne reconnais plus les gens, soit je ne les reconnais que trop bien, non pas eux-mêmes, à qui je n'ai jamais accès ou presque, mais cette figure superficielle qu'ils veulent bien afficher, je ne sais pas si c'est un bouclier ou juste un déguisement d'apparat, mais je suis fatiguée d'entendre les mêmes paroles, de prévoir à quel moment quelle blague sera faite, et de sentir un ennui incommensurable devant le même défilé qui m'a peut-être amusée une fois, deux fois, trois fois. Évidemment ma première pensée est que le problème vient de moi, jusqu'à ce que. Non. Ou pas seulement.

Beaucoup de gens semblent avoir du mal à suivre mes péripéties de l'année, et je les comprends, ça n'a rien d'évident. J'ai quitté Laïonne début décembre pour commencer mon stage d'un mois à Paris, à l'Etablissement, sur mon futur poste, et je l'ai beaucoup répété, aux uns, aux autres, cet emploi du temps haché. Certains, bizarrement, s'en souviennent sans problème.
Les autres s'en foutent et à vrai dire je n'en attends pas plus.

Mon arrivée dans mon nouveau lieu de travail se fait très normalement, un bras en moins maintenant, mais ça fait au moins un sujet de conversation permanent. Je craignais un peu ce début, cette entrée en matière, dans ce qui s'apparente plus à une entreprise qu'à toutes les bibliothèques que j'ai pu connaître auparavant. Je craignais surtout ces premiers temps avec les personnes que je vais être amenée à encadrer, une dizaine de bibliothécaires aguerris qui connaissent leur travail sur le bout des doigts et qui sont bien sûr tous largement mes aînés.
Finalement - c'est comme quand ma maman m'expliquait que la grosse araignée noire avait plus peur de moi que moi d'elle - je m'aperçois peu à peu qu'ils sont tout aussi, voire plus, craintifs que moi, et je m'amuse des efforts de certains d'entre eux, déjà, pour se faire bien voir de leur future chef, pour me montrer la qualité de leurs démarches professionnelles.
Je prends des notes sur un carnet vertical.
Je porte des chemisiers parce que pour l'instant je ne peux rien enfiler d'autre.
Jour après jour je prends la mesure de mes pas dans cette nouvelle vie, ça n'a plus rien à voir avec ce que j'ai fait pendant un an et demi, ni avec ce que mes supérieurs d'alors faisaient. C'est un autre monde.
Encore une fois, je suis maintenant de plus en plus rodée à expliquer - à ceux qui le veulent - en quoi consiste mon futur travail ; je ne sais toujours pas si je suis compréhensible. Et là encore, il y a ceux qui écoutent, et ceux qui me poseront à nouveau la question dans 2 semaines, et ceux qui ne me la poseront jamais.
Ils s'en foutent et à vrai dire je n'en attends pas plus.

Il y a des jours où j'ai, probablement, une meilleure opinion de moi-même, mais il faut bien avouer que 80% du temps, je pense, le plus sincèrement du monde, être une créature complètement inintéressante, oubliée aussitôt vue. Il m'est très difficile d'entendre le contraire, tout comme il m'est difficile de me persuader que l'amour que me porte mon amoureux est aussi fort et éternel qu'il veut bien me le dire. J'ai bien conscience de le blesser quand, visiblement, je n'arrive pas à y croire complètement, mais c'est une des choses contre lesquelles je ne peux rien. L'anneau n'a rien changé...
Alors, lorsqu'en face, de la part de vagues copains ou d'inconnus dans le bus qui me bousculent, moi et mon bras écharpé, je me heurte à une indifférence ou à un simple non-intérêt, cela me blesse comme mille morceaux de verre, mais ne fait que me confirmer ce que je redoute au plus profond : tout le monde s'en fout et je n'ai pas à en attendre plus.

Évidemment le plus troublant est forcément ce qui arrive, en miroir, à ma sœur, elle qui a cru les mots de son amoureux, qui a baissé la garde, qui s'est laissée bercer par des mots alors que les actes ne suivaient pas. Avec le recul bien sûr elle n'arrive pas à comprendre comment elle a pu être aussi naïve, mais le peut-on sur le moment ? Voilà ce que je crains le plus au monde, voilà ce qui me maintient dans une instabilité et un questionnement permanents. Mais je crois que je ne saurais pas être autrement, peut-être, je ne sais pas, que j'ai toujours vécu avec une menace au loin et que je ne sais plus faire sans.

Je réfléchis au mal que je pourrais faire à cet abruti qui a gâché tant de temps dans la vie déjà chaotique de ma grande sœur. Je cherche, quelque chose de violent, quelque chose qui ne la mette pas en cause elle, quelque chose qui ne me cause pas d'ennuis à moi. J'en viens à la conclusion qu'il est difficile de faire réellement du mal à quelqu'un sans frôler ou embrasser l'illégalité. Mais je trouverai bien, au moins un petit quelque chose, contre ce cinquantenaire à l'allure d'un adolescent des eighties coiffé d'un balai à chiottes peroxydé. Ils ont défilé, les connards, dans la vie de ma sœur, parfois je me dis qu'elle s'y précipite, ce n'est pas possible autrement, mais est-ce que ça les excuse ? Pas du tout. Ma sœur est, contrairement à moi, une vraie fille, de celles qui peuvent parler entre elles, à base de "les mecs sont tous des cons", et autres clichés à dent dure. Parce qu'effectivement, elle n'a fait que croiser le chemin de ce genre d'hommes et doit probablement être persuadée qu'ils sont tous comme ça.

A côté bien sûr je culpabilise. D'être si chanceuse aujourd'hui et de n'avoir eu sur mon chemin que quelques pauvres types par-ci par-là, des pauvres types, plus que des sales cons. Ils font du dégât aussi, mais c'est moins dur de s'en sortir, je crois.

- Sonner chez lui, le voir ouvrir la porte avec l'air étonné, lui enfoncer l'aiguille d'une seringue dans la carotide, l'attacher inanimé sur une table et l'emballer dans du plastique comme un jambon, lui planter un couteau de boucher dans le cœur après l'avoir forcé à faire face à sa lâcheté. -

La saison 3 de Dexter s'est terminée comme elle s'est déroulée. La saison a démarré avec un retard incroyable, délayant l'intrigue avec Miguel jusqu'à l'épisode 8, formidable, mais qui aurait dû intervenir au moins trois ou quatre semaines plus tôt. S'en sont suivis une poignée d'épisodes époustouflants (le 10 et le 11, fantastiques), et puis, voilà, on se retrouve à la fin de l'avant-dernier épisode avec trop de nœuds à délier, on espère quelque chose d'intense, mais non, tout se contente de se déliter. Rien de mauvais, mais une écriture un peu médiocre et des rebondissements presque bâclés. Ça reste bien, mais forcément décevant, forcément loin de la charge charnelle des deux premières saisons. A l'image du serial killer 'fil rouge', on reste à la surface de la peau. Les corps ne sont plus là, ou si peu.
Jennifer Carpenter est néanmoins de plus en plus à l'aise et de plus en plus attachante dans le rôle de Deb, par exemple bouleversante en jeune femme déstabilisée qui apprend que son défunt père n'était pas l'homme parfait qu'elle avait imaginé et sur lequel elle bâti tous ses principes, face auquel elle était incapable de se pardonner ses échecs, ses erreurs, ses errements. Il y a évidemment dans cette instabilité permanente et ce manque de repères paternels quelque chose qui me touche particulièrement.

Je me suis souvent demandée comment faisaient ces gens qui n'ont jamais aucun souci, dont la vie file droit comme une partition de Diabelli. Ces gens en général vous fuient dès que vous répondez autre chose que "Ouais, super" à leur "Ça va ?" Ces gens n'ont jamais rien à dire, même s'ils parlent beaucoup, et souvent noient leur vide dans une joie artificielle et des rires forcés. Aujourd'hui pour l'instant je suis rentrée dans leur jeu, mais je ne sais pas combien de temps je réussirai encore à simuler, et, comme Dexter, à sourire pendant qu'une voix-off envahit ma bande-son.

Masuka (présentant la soirée d'enterrement de vie de garçon de Dexter) : Premium alcohol, all-you-can-eat buffet, plus high class adult entertainment.
Dexter (off) : Kill me now...

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29 novembre 2008

Mens sana in corpore nintendo

Après une joyeuse séance d'autoformation en Excel 2007, aux frais de mon école préférée, je me suis dit qu'il était temps de passer à autre chose.
La piscine m'appelle de ses voeux depuis plusieurs jours, mais n'étant toujours pas vraiment guérie de cette sale crève pourrie d'il y a trois semaines, je préfère m'épargner les dégâts du chlore dans la gorge et des cheveux mouillés en hiver.
Du coup... haha.
J'aurais dû prendre en photo la Wii Board recouverte de poussière tellement c'était comique, quand je l'ai sortie de sous le lit. J'ai lancé le jeu avec la même crainte qui me gagne quand ça fait longtemps que je n'ai pas vu le Dr Kawashima : est-ce que je vais me faire gronder, déprimer, et du coup avoir encore moins envie de jouer la prochaine fois ? Mais non, rien de tout cela, la petite créature m'a dit avec tout l'entrain du monde : Bienvenue, ça fait 118 jours que vous ne vous êtes pas entraînée !
Alors j'ai mis une culotte, attaché mes cheveux [oui oui], et je me suis lancée dans un entraînement axé endurance.
Finalement j'étais fière, je suis toujours aussi centrée, j'avais mon âge réel en âge Wii Fit, et puis j'ai battu tous mes records, sur la position de l'arbre, en Step Dancing, surtout en Super Hula Hoop où j'ai fait 840 tours, et même le connard de la boxe m'a dit "Beau travail", alors c'est dire. Par contre je n'ai toujours pas assez de place chez moi pour faire la moitié des exercices de gym, et ça c'est à la fois frustrant et une bonne excuse.

Ma balance "normale" est une sale petite pute, m'offrant à quelques heures d'intervalle jusqu'à 2 kilos d'écart - elle a toujours vaguement déconné, mais là forcément, je le tolère moins aisément.
Le week-end dernier, après une semaine de privation, de crudités à tout va et de substituts de repas dégueulasses, j'avais grossi. Cette semaine, j'ai juste mangé plus ou moins normalement, en mode "après tout pourquoi je m'emmerderais", et j'ai perdu un peu.
Tout cela me confirme donc que la balance comme surveillante permanente et régulière est quelque chose de débile, et, finalement, assez dangereux (c'est d'ailleurs à mon sens l'un des nombreux défauts de Wii Fit, qui te pèse tous les jours et du coup focalise ton attention sur des variations ou des non-variations, qui pourtant peuvent s'expliquer autrement, mais qui sonnent toujours comme "Ah j'ai grossi" ou "Ah merde je pensais avoir maigri et en fait non".)

Ce soir dîner à l'italien, aurai-je la force de prendre l'assortiment de crudités plutôt que ces excellentes pizzas ou que ces pâtes à se damner ? Encore une fois, je ne me promets rien, c'est inutile. D'autant qu'à midi je n'ai mangé qu'un fond de reste de riz thaï avec quelques gouttes de sauce soja...
Hm. Cruel dilemme.

[Je vous rassure, je pense à autre chose 98% du temps. Ceci n'était qu'une incartade du côté de ce qui se fait de pire sur la toile, à savoir le "blog de fille"...]

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17 novembre 2008

Les flamants roses s'en vont

Ces choses qui étaient des premières fois, pénibles et déchirantes, sont devenues des deuxièmes fois, moins dures, puis des troisièmes fois, résignées, et deviendront probablement des habitudes.

J'ai cette sensation d'une simili-schizophrénie qui s'installe, avec ma vie là-bas, ma vie ici... D'ailleurs, impossible de dire à quoi correspond "là-bas", et à quoi correspond "ici".

Cette sensation aussi de ne prendre que des trains et des bus, toujours ma valise à la main, traînant son poids, mon sac jaune par-dessus. Il y a là un côté nomade qui n'est pas déplaisant, mais ce sentiment de ne jamais pouvoir s'installer est, mine de rien, assez fatigant.
Etait-ce la fatigue, la raison de ce virus maléfique, qui a probablement muté en s'insérant dans mon organisme affaibli et qui a fait prononcer à mon médecin tout un tas de mots en -ite à la suite, et qui ont transformé miraculeusement mon week-end concert-soirées-sorties en un enchaînement d'heures lamentables ? Je ressors de là informe et dépréciée.

J'ai pris de douloureux kilos lors de mon mois d'inactivité, peut-être déjà déréglée par le régime New-York.
Et ça va être la lutte avec moi-même. Je ne suis pas très douée pour ces trucs-là. Je ne maigris que lorsque j'ai de gros problèmes, ou lorsque je suis nouvellement amoureuse (les deux à la fois constituant le cocktail gagnant). Et là, je ne veux pas me promettre à moi-même quoi que ce soit, car je serais trop déçue et trop déprimée face à mon échec... Peut-être que ce message de blog est déjà trop.
Alors c'est "On verra bien".
Attention, je ne suis pas du genre osseuse ni musclée, et je ne souhaite pas l'être. Mais disons que, les années passant, je deviens cette femme "avec des formes", alors que quelque part au fond de ma tête je suis encore la brindille insouciante qui certes, ne mangeait pas beaucoup, mais qui pouvait s'enfiler un paquet de Mikado au goûter, des tartines de Nutella le matin, des pâtes au fromage le soir, sans se préoccuper de la moindre variation.
Je n'ai pas non plus envie de devenir comme ces femmes tristes qui s'interdisent tout et mangent du jambon dégraissé et des produits lights, avec un yaourt nature comme dessert, pomme dans le sac et bouteille d'eau en permanence à portée de main. Non merci.
Je me dis juste que si je ne fais pas un ou deux efforts maintenant, je risque d'évoluer vers une silhouette dans laquelle je serais tranquille, mais dans laquelle j'aurais du mal à me reconnaître et à m'apprécier...
Déjà, que.

J'ai écrit quelque chose dans Interstella. C'est juste une bande-annonce.
J'essaierai de le mettre plus à jour, mais là encore, pas de promesses...

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12 novembre 2008

Pas de frontières

Billet de flemmarde aujourd'hui, avec des tirets. C'est comme ça.

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- Dans la série "un bon coup de pied au fond", Anna McDonald (à droite sur la photo ci-dessus) a décidé de se lancer dans une carrière solo (mouahaha) et par conséquent de laisser là son aventure avec les Pipettes. Rappelons qu'on était déjà au bord du R.I.P. lorsque Becky et Rosay, les deux éléments du groupe originel, avaient décidé de partir, il y a quelque temps de cela. Il ne reste donc plus que les deux soeurs Saunders, Gwenno et Ani.
Bon. Au moins la moche est partie. Mais ça reste la misère.
De belles étoiles filantes, ou des météorites qui s'écrasent, au choix. Je n'ai plus qu'à avouer mon manque de flair sur ce coup-là, et virer mon affiche trop hype du mur de mon studio. [Je garde les 45 tours, au cas où.]

- Dans les trains du matin tôt vers Laïonne, il y a toujours un paquet de business-men avec pc portable et carte 3G, conversation à se pendre, journaux économiques et alliance décorative à l'annulaire gauche. Dans le train de vendredi, c'était plutôt la jeune active pepsy qui lit Metro en l'ouvrant grand ("Je lis le journal"), qui mange des pommes en faisant le bruit que ça fait dans les pubs ("Je mange un fruit" ; mais je parie qu'elle fait pareil avec les Magnum, comme Eva Longoria et ses prédécesseuses, et pareil avec ses bulles de chewing-gum), et qui me gonfle profondément. Ce matin, c'était le gros porc bedonnant qui respire comme un boeuf, avec des taches de type vomi sur son pull beige, et qui parle très fort à tout le monde, qui commente la moindre de ses actions, et qui nous offre ses conversations débiles au téléphone avec sa fille, ou, qui sait, sa femme ou esclave sexuelle. Et qui croit bon de me coller au cul à la sortie du train, avec son râle provoqué par l'effort surhumain que lui demande la station debout.

- C'est désormais à chaque fois que je prends les transports en commun, même ici, que j'ai la joie de partager mon atmosphère auditive avec de la variété française - lorgnant vers, au choix, du hip-hop ou du "R'n'B" ringard - sortant d'un téléphone portable. Il y a décidément des effets de mode qui se répandent comme des pestes, et, pour la connerie, il n'y a pas de frontières. Mais sur Facebook je n'ose pas me joindre aux différents groupes de lutte contre ce fléau, tellement les membres sont des petits fascistes en puissance. Mais je sens que je vais finir par céder. C'est vrai, un groupe Facebook ça fait tellement avancer les choses...

- Il y a des choses que je ne supporte plus, et des gens dont la connerie, l'intolérance, l'étroitesse d'esprit, l'indélicatesse me désespèrent profondément. Principalement sur ce forum de ciné que je fréquente de loin en loin et qui connaît une concentration de beaucoup d'attitudes et de réflexions que je déteste. Entre les homophobes, les m'as-tu vu, les phallocrates, les snobs, les vaniteux, les creux, les frustrés, les faux, il y a de quoi faire, d'autant que la plupart des catégories se recoupent. Comme je n'ai plus le temps de me battre contre des moulins à vent, je laisse tomber. Je sais ce qu'il me reste à faire.
Et puis, en rentrant, je tombe sur ça. Décidement, pas de frontières donc. Et là encore, les commentaires des abrutis de lecteurs du Monde rivalisent avec l'auteur du méfait.

Je vois en même temps difficilement comment je pourrais m'exiler dans un endroit où rien de tout ça ne pourrait m'atteindre, je suis encore beaucoup trop civilisatio-dépendante. C'est désespérant.

- Je suis malade et c'est vraiment nul.

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06 novembre 2008

Give me a ticket to an aeroplane

Plus qu'une matinée de cours, et je pourrai attraper mon nouvel ami le TGV, et comme la grève est finie je n'ai même pas à m'inquiéter.

Aujourd'hui journée de cours à découvrir, principalement, les ressources incroyables que cette école nous fournit. Un intranet merveilleux, des offres d'auto-formation, des ressources numériques infinies. J'avoue que, bien qu'assommée par ces séances "cul sur chaise, chaise devant ordi", je suis assez fascinée.
Et je maudis mon ordinateur pourri. Et je m'en veux d'envisager d'en acheter un autre. Consumérisme à la con. Non-besoins.

J'ai trouvé à côté de qui il ne fallait pas que je m'assoie en cours, une vieille (enfin, 40-45 ans quoi) qui a apparemment de sérieux problèmes de cloison nasale et qui respire comme souffle une otarie, c'est insupportable. J'ai bien sûr, je le confesse, un problème moi-même avec les bruits que produisent mes contemporains. Mais tout de même.

De la ville je ne vois rien, il fait toujours nuit quand je suis dehors.
Ce matin, premier débile dans le bus avec sa musique pourrie sur un portable crachotant.
Evidemment, que tout était doux et paisible : c'étaient les vacances scolaires.

Pas un jour ne passe sans que je ne me félicite pas d'avoir démissionné de l'Education Nationale. Je crois que pour le coup j'aurais vraiment raté ma vie, même si je ne crois pas tout à fait à ce concept.

I'm going home.

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05 novembre 2008

World Wide Interlude

Je crois que je me rappellerai toujours ce matin-là, il y a 8 ans, où, dans mon petit studio d'étudiante d'alors, je me suis réveillée avec les infos à la radio (c'était l'époque où je me réveillais encore avec la radio) qui annonçaient le nom du nouveau président des Etats-Unis.
Si j'avais eu un blog à l'époque, j'aurais écrit à quel point cette nouvelle m'avait terrassée. Le plus étrange était que la politique et moi ça faisait deux, voire trois à l'époque, encore plus que maintenant ; et pourtant, j'avais reçu un véritable coup de massue. L'impression que le monde venait de prendre un tournant qu'il n'aurait jamais dû prendre, qu'il existait un monde parallèle ou Al Gore était vainqueur, et c'était dans ce monde-là que je voulais aller.
Ma journée et les jours qui avaient suivis avaient été incroyablement sombres et pesants, comme si une catastrophe venait de se produire. J'étais engluée dans un désespoir infini, et j'avais l'impression d'y être absolument seule. Tout le monde semblait résigné, si facilement. Moi, j'attendais, heure après heure, que cette histoire de décompte débouche sur quelque chose de positif, que le monde se redresse.

Il ne s'est jamais redressé.

Quatre ans plus tard, c'était l'incrédulité. Comment, pourquoi pouvait-il être élu à nouveau ? Pour autant, j'étais alors anesthésiée. C'était dur, mais je n'y pouvais rien.
Tout comme le soir où le dernier président de la République Française a été élu. Je n'y croyais pas, je n'arrivais pas à comprendre comment cet extrémiste sournois que, j'en avais l'impression, tout le monde détestait quelques mois auparavant, avait réussi à emporter les suffrages.
Mais rien n'a jamais été si fort que ce jour de novembre 2000, et celui de décembre qui venait sceller le cercueil.

Aujourd'hui, je ne vais pas dire que le monde va changer, d'un coup, comme ça. Les dégâts sont trop installés, trop en profondeur. D'ailleurs, même les supporters UMP les plus débiles "soutiennent" ce nouveau président américain. Donc pour la révolution, on repassera...
Mais c'est au moins la sortie effective de ces années où j'ai eu l'impression de vivre sous l'effet du chloroforme qu'on m'avait asséné ce jour-là. Peut-être que ce sera un réveil généralisé, et alors, peut-être...

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04 novembre 2008

Le ciel est blanc, le ciel est blanc cassé

Il y a quelque chose d'étonnamment apaisant dans ce quartier où je vis - rien à voir avec celui où j'aurais dû habiter, peut-être y'a-t-il un destin après tout. Les deux bus que je prends le matin pour aller à Poudlard traversent une banlieue paisible qui me rappelle les lotissements des petites villes où j'ai grandi. Quant à la rue commerçante où je suis, elle est calme mais vivante, colorée sans hystérie, villageoise sans être déprimante, piquante sans être branchée. Et puis, quel bonheur de trouver de grandes parfumeries qui ne soient pas toutes des Sephora ou des Marionnaud, des magasins de vêtements qui ne soient pas tous des H&M ou des GAP... Des petites librairies, des Joué Club qui affichent "Ici, y'a tous les playmobils !", des bars qui ressemblent vraiment à des bars. Le froid est juste frais, rien de méchant sur les joues. Rien d'agressif, nulle part.

J'évite de rentrer trop tôt à l'appartement, car c'est évidemment là que c'est le plus dur, quand par exemple j'entends un bruit de porte et que mon coeur bondit, comme si c'était lui qui allait rentrer, alors que non, bien sûr, comment. Alors je me promène, un peu, pas beaucoup. J'explore comme un chat curieux, je m'arrête aux grosses routes, je ne voudrais pas me faire écraser, et je fais demi-tour en écoutant ma soeur parler. Je relativise ma propre situation en pensant à la sienne, en l'entendant me dire, de sa voix fatiguée post-rupture, qu'elle n'a quasiment pas été heureuse depuis qu'elle a 20 ans.

En général, quand je dis qu'il y a une formation d'un an pour le métier que je vais exercer, il y a toujours un con ou deux pour s'exclamer "Quoi, y'a une formation pour faire ça ?" Car bien sûr, il suffit de savoir rester assis, de ranger des livres un peu, de lire bien sûr tout ce qui sort, mais à part ça ? Car bien sûr, c'est le métier le plus ennuyeux du monde - mais après tout, avant de savoir ce qu'il en était réellement, j'ai bien dû penser ça moi-même un jour.
Aujourd'hui, quand je regarde le contenu de la formation, j'ai l'impression d'être une future chef d'entreprise, avec tout un pan de culture et de service en plus. Ah, mince. C'est un peu ça.
Le bâtiment de l'école est fort froid d'apparence mais le matériel et les installations sont récentes et plutôt bien pensées, je crois. Il y a même des douches pour les joggers du parc. Et une bagagerie qui va me faire gagner de précieux instants lors de mes départs ou arrivées de la gare.
Mes camarades ne sont pas de vieilles filles avec des lunettes sur le nez et des Camper aux pieds. Il y a même deux représentants du sexe masculin, un peu perdus au milieu de nous il est vrai. On se croirait un peu au club théâtre du lycée.
J'ai réussi un test haut la main, ce qui va me permettre d'avoir quelques heures de relâche pendant les sessions de remise à niveau. Si tout va bien certaines tombent un vendredi, ce qui me permettra de rentrer un jour plus tôt.

Bien sûr je compte les jours, bien sûr je compte les nuits. 

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