05 mars 2008
So, okay.
'Didn't turn out quite as I expected.
Il faut dire que les mots "changement"
et "positif" dans une même de mes phrases, c'est pas souvent souvent.
En tout cas pas tant que je n'ai pas eu des mois et des mois pour tout
soupeser et tout apprécier.
Et puis bon, je sais que je ne devrais pas écrire ce billet aujourd'hui, parce que "tout va s'arranger enfin", et que je me fais l'effet d'une gamine capricieuse. Mais, il faut bien le dire, c'est aussi un peu ce que je suis...
Et le fait est qu'en ce premier jour hier, je me suis
sentie perdue, déracinée, extraite de mon milieu naturel, comme un oisillon sans nid.
Une armoire
métallique commune à tous, à l'entrée, pour mon manteau et mon sac géant. Des bureaux
lumineux mais plus petits qu'ils n'y paraissaient, encombrés de présences
assignées, où je n'ai pas ma place.
J'entre dans le vif du travail, du prêt et du retour, mais de manière si cloisonnée que je me sens une machine. Ici on renseigne et on inscrit au poste en face. Qui, si j'ai bien compris, n'est tenu que par des titulaires.
Alors biper des codes-barres le cul sur une chaise c'est bien joli mais j'ai le malheur d'avoir d'autres envies, d'autres besoins. J'ai eu l'impression qu'on me vidait de ma substance.
Alors très vite, j'ai eu envie de familier. Une
envie pure et forte, incontrôlable, insécable. L'envie de sentir une
odeur que je connais, de voir un visage que je connais. Cette impression que je n'ai pas de
"constante", et que par conséquent dans quelques minutes je vais devenir folle et saigner du
nez. A ce moment-là j'aurais tout donné pour voir passer la porte un habitué de mon
Aquarium. Même la pire des mamies. Même le pire des emmerdeurs.
Cela n'arrive pas. J'ai alors l'envie d'avoir un enfant, un bébé qui sentirait si bon que sa force me porterait toute la journée. Une odeur familière et chaude. Un peu sucrée.
Je m'attendais à des méthodes de
travail rigoureuses et à une ambiance chaleureuse. Au lieu de cela, des
chariots pas même préclassés et des agents qui jouent au Solitaire. Disons le mot : je suis déçue. Et forcément, je me dis que je n'ai peut-être pas fait le bon choix, que c'est bien fait pour ma gueule.
Toutes les nanas sont grosses, sauf une, qui marche sur la pointe des pieds parce qu'elle a des mini-talons. On dirait qu'elle a fait un pari et qu'elle a perdu. Elle ressemble au cliché de la jeune bibliothécaire, vieillie avant l'âge. Tournée en elle-même. Les autres doivent se régaler tous les midis des petits plats qu'offre la rue de la Sorcière. Je n'ai plus qu'à bien me tenir. Leurs culs me tournent la tête et m'assomment.
Milieu d'après-midi. Je reçois un mail d'Isa, qui n'est presque plus malade et qui me dit qu'elle passera ce soir.
J'attendrai cet instant comme une
délivrance, et quand elle arrivera, son parfum et son sourire seront un
réconfort infini. Elle m'attendra à la sortie puis m'accompagnera jusqu'à mon bus. Me promettra de revenir. If anything goes wrong, Isa will be my constant ?
Je sors du cours de théâtre plus tard que prévu. Une journée de 14 heures, c'est bien trop long. Je me couche avec l'impression d'être passée à côté de tout.
***
Aujourd'hui le réveil a sonné glauque comme un matin de rentrée blafard, après des rêves mouvementés et désagréables.
Sous la douche, une seule pensée : être mon propre patron, être mon propre patron.
On peut toujours rêver.
Les anciens rêves d'école artistique reviennent. Une salle pour Tink. Avec des miroirs et des barres et ses jolies musiques. Une salle pour D'elfe. Des murs noirs, des rideaux, des petits praticables. Une autre salle avec un tableau noir. Et une petite bibliothèque spécialisée. Une vraie école de fées.
Je pense aussi à la discipline que je devrais me mettre et écrire pour de vrai. Mais tant que je ne tiens pas le "quoi", je ne le pourrai pas, et ça n'en vaudra pas la peine. Pourtant.
Je pars en prenant bien soin de mettre ma bague de fiançailles à mon annulaire gauche, comme un talisman. J'ai besoin de sa protection. De sa constance.
Evidemment, la journée d'aujourd'hui s'est un peu mieux passée ; d'autres visages, des corps normaux. Je cherche à m'occuper. Mon pire ennemi sera l'ennui.
Isa m'écrit un autre mail aujourd'hui où elle me conseille de tout écrire, pour rendre tout moins désagréable. J'aimerais pouvoir...
03 octobre 2007
Inachevé
Un appel à l'instant de Dr Dame, qui me dit qu'elle ne pourra pas me recevoir aujourd'hui.
Bizarre d'entendre sa voix à travers mon téléphone portable, bizarre de l'entendre elle, se décommander, alors que j'aurais si souvent envie de le faire. Bizarre de me sentir contente et libre.
Oh, c'est pas tant que ça soit pénible, en ce moment ça va plutôt bien, mais mon seul après-midi de semaine est quand même à moitié bouffé par cette séance dans le 15ème.
Le problème, c'est que c'est à peu près les seules 45 minutes de la semaine où je me mets réellement à penser.
Je pense à toutes ces choses que j'ai envie de faire. Tant d'envies réveillées par le théâtre, presqu'autant que de frustrations.
Je repense à ces rêves d'école d'art, avec de grandes salles, une pour moi pour le théâtre, une pour Tink pour la danse, et un atelier d'arts plastiques pour qui voudrait, et les beaux spectacles, les belles comédies musicales que ça pourrait donner. Je sais que ce sont des rêves et pourtant, et pourtant ça correspondrait bien à ce que je voudrais répondre à la fameuse "Où vous voyez-vous dans 10 ans ?"
Je pense à tous ces livres que je pourrais lire, pour me faire un avis, pour pouvoir en parler, Nothomb, Darrieussecq, Assouline, Adam, Leroy, Rosenthal... Et je pense qu'à la place j'emprunte Jane Austen.
C'est comme ça.
Je pense à mes grands-pères, je pense à ce qu'ils pourraient bien penser de moi aujourd'hui.
Je pense à moi hier sur un plateau, qui n'amène plus grand-chose de ce que j'amenais il y a 3 ans. Je ne suis plus la petite fille fragile, trop sensible et stressée. Je le suis toujours mais je ne me cache plus derrière. Ça fait bizarre. Je cherche derrière quoi me cacher.
Je pense à cet appartement au 4ème étage, que j'observe parfois quand je prends la correspondance 91/7. Je vois parfois des mains, qui bougent le rideau. Je repense au bois, je repense aux portes pas droites qui ne restent pas fermées. Je vois que le Champion s'est modernisé et qu'il ouvre jusqu'à 22h, qu'il y a un Picard, que mon ex-coiffeuse n'a pas bougé, ni mon pharmacien préféré, avec ses pingouins. Mais moi je continue mon chemin.
27 août 2005
La fille qui rêvait d'être une agrafe
Aussi longtemps que je me souvienne, j'ai toujours, vraiment toujours, voulu être une agrafe.
Déjà petite, dans les réunions familiales, tout le monde disait de moi "Celle-là, c'en est une sacrée, m'étonnerait pas qu'elle finisse agrafe !" Mon oncle Rauger était dans l'émerveillement le plus complet quand je mettais en oeuvre mes talents de liaison, d'attachement, de perçage de papier et de repliage de mes jambes sous la liasse. Ma tante Bertille était tellement enthousiaste qu'elle n'arrêtait pas d'applaudir et de chuchoter à tout le monde que j'étais vraiment douée. Ca me faisait chaud au coeur... Souvent, à la fin des communions ou des mariages, on me demandait d'agrafer par-ci, par-là.
Je suppose que c'est ce qu'on peut appeler une vocation...
Mais mes parents n'ont pas voulu de ça. "Quoi ? Agrafe ? Mais c'est pas un métier ! T'as aucun avenir là-dedans ! Et puis tu sais, on sera pas derrière toi toute ta vie... Nous ce qu'on veut, c'est que tu sois heureuse... Trouve-toi quelque chose de sérieux, un bagage, et puis après on verra."
Là, ça a été dur à accepter. J'ai boudé, j'ai refusé de leur parler pendant le dîner et j'ai même jeté mes vieilles poupées contre le mur. Mais mineure, sans le sou, et sans le courage de partir à l'aventure, je n'avais guère d'autre choix que de leur obéir, temporairement. J'ai donc décidé, en attendant, de devenir joueuse de trombone. Comme compromis.
Evidemment, on me disait "Aaaah c'est bien, ça, c'est beau le trombone". Mais je répondais "Oui, mais moi je veux être agrafe", et là, ça a jamais raté, on me rétorquait "Boh, tu sais, c'est pas si éloigné."
Aujourd'hui, je joue du trombone dans un bar au Mans. Les gens me donnent des pourboires de 1000€, je roule sur l'or. J'ai même quarante-trois agrafeuses dans ma table de nuit.
Mais nuit et jour, inexorablement, je fais toujours les mêmes rêves. Des rêves de liasses. Des grosses liasses bien épaisses, on m'enfoncerait dedans, schlac, je planterais mes jambes bien dures, je traverserais chaque feuille, sentant leur texture, leur trame, allant vite, pour ne pas leur faire trop de mal. Et puis, une fois sortie de l'autre côté, hop, je me replierais, enserrant ces morceaux de papier comme s'ils étaient un radeau, une liane au-dessus d'une rivière de crocodile, ma seule raison de vivre. Je rêve de rester là, comme ça, pour toujours.
Ou alors je rêve qu'on me détache, qu'on me tord les jambes de force, avec un objet métallique, avec des ciseaux, ou un tournevis, qu'on m'oblige à lâcher prise, qu'on m'arrache violemment et qu'on me laisse tomber dans une poubelle métallique. Ting.
Je sais bien que c'est pas une vie pour moi, pour personne.
Mais s'il vous plaît, qui que vous soyez, si vous avez besoin d'une agrafe, gentille, travailleuse... s'il vous plaît contactez-moi.
















