19 juin 2008
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C'matin y'avait une AG et j'avais plus ou moins prévu d'y aller vu que j'suis quand même directement concernée, mais hier j'ai oublié et j'avais pas prévenu les chefs et comme j'ai tendance à avoir des scrupules j'suis bêtement allée bosser. Faut dire aussi que cette AG j'en attendais pas grand-chose, et j'ai eu raison.
J'avais oublié ma carte de cantine alors à midi j'ai pas pu aller manger avec les autres. D'toutes façons j'en avais pas très envie, ils partent toujours manger à midi moins l'quart, à l'heure où mon Nutella du matin est pas encore assez loin. Du coup j'ai continué à bosser jusqu'à c'que j'aie faim.
Vers 13h30 j'ai eu faim alors j'suis sortie. J'me suis faite entuber chez ces bandits vendeurs de pâtes, une arnaque ce truc, quelque chose de pas possible, mais j'avais trop envie de pâtes qu'est-ce vous voulez, parfois c'est intenable. Y commençait à pleuvoir et ça m'a pas trop plu, qu'il pleuve, mais j'avais pas envie de rentrer manger mes pâtes à la cuisine avec tous les bonnets d'nuit, avec les remarques que ça aurait engendré (Quoi, t'achètes des pâtes chez ces bandits, t'aurais aussi vite fait d'te préparer un casse-croûte la veille, ou alors de t'en faire cuire ici) mais j'y peux rien j'y peux rien j'y peux rien, la mug au boulot ok j'ai cédé mais faire bouillir de l'eau la saler mettre des pâtes attendre que ça cuise et manger, le tout là, dans cette cuisine tristoune, non non ça non c'est pas possible.
J'ai trouvé un banc plus ou moins abrité par des arbres, j'ai mangé mes pâtes elles étaient pas salées. Et là j'ai failli m'faire chier dessus par un pigeon, à dix centimètres ça y'était, j'étais faite.
Après avoir fini mes pâtes j'ai bu de l'eau et pis j'ai pris mon livre pour bouquiner un peu tranquillement puisque j'ai une heure de pause, j'dois la prendre j'ai pas l'choix, et tant pis si y'a du vent. Et là une vieille s'est ramenée avec des sacs pleins de biscuits et de pain, qu'elle émiettait pour les donner aux pigeons. Alors mon sang a fait qu'un tour, j'ai failli lui crier Non mais dis donc espèce de connasse tu penses pas qu'ils ont pas besoin d'être nourris ces oiseaux-là, déjà qu'ils me chient dessus et qu'ils trament des trucs entre eux toute la journée, si en plus on les encourage merci bien, et d'toutes façons c'est interdit, tu veux qu'on parle des amendes et la grippe aviaire aussi tu veux qu'on en parle, sale vieille ? Mais évidemment je n'ai rien dit du tout, je lui ai envoyé un regard qui faisait même pas peur, j'ai remballé mes affaires et je suis rentrée comme une miséreuse.
Comme j'avais trop bossé l'matin j'avais plus rien à faire alors j'ai piqué le boulot des autres. Je me suis occupée des revues, c'est c'que j'faisais à l'Aquarium alors c'était bien agréable. C'était fini en 10 minutes alors j'ai pris des BD neuves et j'les ai équipées, c'était plutôt chouette parce que ça fait bien longtemps que j'avais pas fait ça. Pas d'puis l'Aquarium non plus en fait.
Après c'était l'heure du prêt et même si c'était mort c'était toujours ça. Y'a eu une petite fille qui parlait beaucoup mais très bien, un peu fort mais trop mignonne, j'avais envie de lui poser plein d'questions mais ça aurait sûrement fait des histoires.
C'matin en partant j'ai oublié de mettre ma bague. Mon pouce a pas arrêté d'passer sur mon annulaire, comme quand on a une blessure dans la bouche, qu'on peut pas s'empêcher de titiller et qu'on appellerait Marla.
20 mars 2008
Une étoile dans mes coquillettes
[Une étoile noire, même.]
A part ça, j'y suis presque arrivée, aujourd'hui. L'alignement était presque parfait, une lumière qui s'élève, les jonquilles de la terrasse qui ondulent doucement, des petites réparations de livres avec mon matériel tout neuf, et Rita qui mange des biscuits avec un petit bruit agréable, son clic de souris qui est tellement comme il faut que je vais finir par en piquer une, et derrière, le doux parfum de BigIsa, et GentilFreddy qui vient me parler doucement... Et pourtant non. Je l'ai senti affleurer, chercher le chemin de ma nuque, mais il n'est pas venu.
Tous mes collègues sont des sortes de copies de gens que j'ai connus auparavant. Mes collègues de l'Aquarium étaient, en tout cas, uniques en leur genre, ou, probablement, de futurs référents pour tous les collègues que j'aurai dans les années à venir.
Quand j'étais petite, j'étais assez frappée par les odeurs de mes amis. Quand je jouais avec quelqu'un, je sentais précisément son odeur. Et quand il m'arrivait d'aller chez lui, j'étais émerveillée de voir que sa maison sentait comme lui. Emerveillée mais un peu inquiète de cette odeur étrangère : pourquoi ça sent différent chez les autres ? Je rentrais chez moi et ça ne sentait rien. Plus tard, quand j'ai compris que cette odeur venait, en grande partie, de la lessive utilisée dans la famille, tout s'est un peu brisé. Et puis, plus tard encore, quand j'en suis venue à choisir moi-même la marque de ma lessive, j'ai essayé de faire attention à cette odeur, cette odeur que je finirais par ne plus sentir, mais qui deviendrait un petit bout de mon odeur, de ce que mes futurs amis sentiraient sur moi. J'ai rencontré des garçons, qui sentaient l'odeur de leur maman, ou de leur amie, ou les deux, et je les ai fait sentir comme moi. J'ai changé de lessive. Pour trouver le meilleur échantillonnage possible.
L'odeur du savon Dove au concombre qui propulse six mois en arrière, le souvenir de cette douche après la trentaine d'heures d'avion, la descente de l'avenue, et pouf, comme si de rien était, Tink dans son manteau blanc.
L'odeur du parfum de mon ragazzo, quelques secondes après pulvérisation. Les réveils en milieu d'après-midi, les déjeuners-goûters et sa peau sucrée, et l'attirance sans limites.
L'odeur des protège-cahiers, de la colle Cleopatra, de l'encre violette, le goût des crayons pastels que je mouillais sur ma langue. Les stylos Reynolds bleus qui bavaient.
Le goût des coquillettes.
J'ai avalé l'étoile sans faire attention...

















