09 mai 2006
Ordinary tuesday
- L'ascenseur caché de la Sorbonne remarche.
- Tout comme le micro de l'amphi Descartes.
- Le premier me permet d'arriver avec quelques secondes de retard en moins, le deuxième me permet de ne pas avoir à me fatiguer à prêter l'oreille pendant 1h30 devant le passionnant exposé d'une camarade.
- Arriver en retard, de manière maintenant presque systématique, me permet d'éviter de m'asseoir à côté de ma copine molle, et donc de pouvoir aussi sortir très vite de cours sans la traîner derrière moi. (Mais c'est bien aussi pour elle, ça lui ouvre d'autres horizons, d'autres copines, d'autres oreilles généreuses qui n'auront peut-être pas conscience du fardeau qui les menace avant que l'année ne soit terminée.)
- Je fais des siestes en rond sur le canapé, comme les chats.
- Angela Lindvall est en grand sur les affiches sous vitre des kiosques à journaux, en couverture de "Numéro".
- Il pleut depuis 2 jours.
- J'ai sorti mon parapluie transparent.
- Et j'ai acheté un exemplaire de "Numéro".
- C'est pas mal comme magazine, il y a de belles photos.
- Mais 5€ pour quelques belles photos c'est un peu cher en fait.
- Surtout quand celles d'Angela Lindvall sont en fait assez moches - et je commence à me dire que plus jamais plus jamais elle ne sera aussi jolie que dans CQ, et ça me rend un peu triste.
- Je n'ai fumé aucune cigarette aujourd'hui et c'est cool, mais la journée n'est pas encore finie.
- Ma bannière là en-haut est non seulement toute neuve mais en plus elle est enfin cliquable, et ça aussi c'est cool, même si je n'ai toujours pas pu comprendre ce qui clochait avec celle d'avant.
- J'ai hâte d'être dans deux semaines et demie, parce que 1/ j'aurai enfin eu les résultats de mes écrits, enfin, et 2/ je serai à Londres.
- Je suis en plein renouveau de ma relation avec mon nez. Hier je l'ai touché et j'avais l'impression que c'était la première fois. Il m'a paru doux et ferme à la fois, et peut-être que je le détesterai moins maintenant.
- Je vais à présent aller trier des affaires et faire quelques cartons avec Pour le pire et pour le meilleur en fond.
- Un jour un ami m'a dit que je lui faisais penser à Helen Hunt dans ce film. Je l'avais plutôt bien pris.
- J'ai rêvé que j'avais un balcon et un chat, et ça va bientôt être à moitié réalisé.
- Et maintenant il faut que j'y aille.
- J'ai envie de Nutella.
- Mais je n'en ai pas alors j'y vais.
18 mars 2006
It is a time of civil war
Il y avait un climat étrange à Saint-Michel aujourd'hui. Ce matin, c'était le calme après la tempête, le soleil qui venait briller avec toute sa douceur sur des barrières grises jetées sur des camions, remplacées par des sortes de rideaux de fer qui résistent à tout. Il y avait une ébullition, un peu plus de monde que d'habitude, mais déjà hier la ville commençait à bouillonner un peu plus que d'habitude, même insensiblement. Les CRS par poignées, certains souriants et répondant aux questions, les autres frimant avec leur matraque, les autres affichant un visage dur et fermé comme l'avenir.
16 mars 2006
It ain't over till it's over
Eh bien voilà. Une bonne chose de faite.
Oh c'est sûr, ça m'a fait bizarre, de me retrouver comme ça dans cette salle de concours, avec les surveillants de salle laids et cons, la probabilité incroyable mais vraie que je me retrouve juste à côté de ma copine molle, mon voisin de derrière mâcheur de chewing-gum, tous les gens avec des bouchons de mousse dans les oreilles... Et puis les sujets, le désespoir glacé qui m'a saisie en lisant celui de lundi, et celui de mercredi aussi. Et puis ma copine molle qui, avant chaque épreuve, joint les mains, probablement pour prononcer une petite prière. Ah oui parce que j'ai récemment découvert que la miss avait des convictions religieuses relativement prononcées et qu'elle est aussi probablement assez praticante, même que quand je l'avais mailée pour lui dire que j'avais raté des cours pour cause de bouleversements personnels, elle m'avait juste répondu qu'elle allait prier pour moi. En tout cas à force de me foutre de sa gueule, j'ai été bien punie, puisque cette petite coquine a eu un bol de c**** pour la version de mercredi : elle avait déjà travaillé le texte avant. Ce texte-là, précisément. Encore une fois y'a des probabilités que je ne m'explique pas, mais tant mieux pour elle au fond, hein parce que comme je l'ai dit déjà avant c'était pas gagné.
Est-ce que je me sens soulagée ? Ben moyen, vu que les résultats
sont dans plus de 2 mois et que j'ai franchement l'impression d'avoir
planté 2 épreuves sur 3... Et que par ailleurs les 3 mois à venir vont
être loin d'être cools par certains côtés. Et que tout à l'heure ma salope de gynéco,
en palpant mon sein droit, a lancé un "Tiens qu'est-ce que c'est que
ça" du plus mauvais effet. *frisson* Surtout quand c'est pour s'entendre dire Maaaaais non ne vous inquiétez pas, puis, quelques minutes plus tard, Bon alors revenez dans 2 ou trois mois et surtout n'oubliez pas hein ? c'est important, surtout n'oubliez pas.
Ah ça c'est sûr, je risque pas d'oublier.
Mais dans deux jours je serai ailleurs, loin d'ici, et même si je ne sais pas encore où à part que c'est à 7 heures de train, je pense que ça m'aidera probablement à décrocher un peu de tout ça, voire à prendre une bonne impulsion en revenant, et à continuer de bosser pour l'oral, tout ça... comme une vraie étudiante quoi. Et puis ça fait quand même un bon bout de temps (calcul rapide, 1 an et demi peut-être ?) que je ne suis pas vraiment partie quelque part. Et ça c'est chouette.
[Et merci encore à tous ceux qui m'ont adressé ici ou ailleurs de gentils encouragements, c'est cool d'avoir un blog, par certains côtés :-P]
11 mars 2006
Last Days
Allez, encore deux jours de révisions (en alternance avec un peu de glandage pour ne pas mourir), et puis zou, lundi mardi mercredi, concours.
Est-ce que d'ici-là je vais (enfin) commencer à stresser un peu ? Je suppose... Là tout de suite je me sens juste légèrement paniquée à l'idée qu'il me faudrait encore 2 mois pour être prête.
Grrrrrrr.
10 mars 2006
Et à l'heure où j'écris ces lignes
...à quelques petits kilomètres de moi, des étudiants essaient de résister aux forces de l'ordre, après avoir occupé la Sorbonne toute la soirée, été délogés, érigé une barricade, été à nouveau délogés... Je ne sais pas combien de temps ils vont tenir, je sais surtout qu'ils sont trop peu nombreux, je sais que je n'y suis pas et que, contre toute attente, je n'ai même pas envie d'y être.
En tout cas ça fait plaisir de voir ces lieux-là, ceux-là qu'on a tous quelque part en symbole d'une certaine "résistance", redevenir ce qu'ils étaient. Mais, bizarrement ou non, le goût n'est pas le même, la foi n'est pas la même. Parce que mai 68, c'est loin, parce qu'aujourd'hui les enfants de ce mai-là sont aussi un peu tout ce qu'on déteste... Et que beaucoup d'entre nous se sont lassés de gueuler dans le vide.
Et puis, forcément, il y a ceux qui veulent juste bosser à tout prix et qui ne peuvent pas, parce que la fac est fermée. Il y a tous ceux qui ont ou vont passer un CAPES ces jours-ci... à eux déjà, il y a quelques mois, on leur a dit, par le nombre de postes ouverts, qu'on ne voulait pas d'eux. Que la France a besoin d'enseignants, tout ça, oui oui oui, mais en fait non. Forcément ils sont en colère, forcément ils flippent, et forcément ils ne vont pas aider leurs camarades étudiants et grossir les rangs ce soir. D'ailleurs au fond, pour tant d'autres qui ne préparent pas de concours, la peur est la même. La Sorbonne est devenue un lieu prestigieux, un beau bâtiment, quelque chose de doré et un peu poussiéreux, et ils se disent que c'est leur chance. Et que la solution n'existe pas, que leur futur est merdique quoi qu'il arrive, que la précarité ils vivent tellement en plein dedans, qu'ils n'en ont même plus peur et qu'ils préfèrent qu'elle ait un nom, qu'on l'appelle CPE plutôt que stage non rémunéré, ça les rassure peut-être. Que leur maman, elle, ça la rassurerait de savoir qu'ils trouveront plus facilement un premier emploi. Parce que leur maman elle a très peur pour ses petits et elle préfère faire aveuglément confiance à la légendaire humanité des employeurs.
Moi ? Moi je suis crevée et je suis un monstre d'égoïsme. Je n'arrive pas à réellement me passionner pour tout ça, parce que ma petite situation personnelle est déjà assez inextricable et me prend assez d'énergie (physique et émotionnelle) comme ça. Gagnée par l'individualisme, probablement, une sorte de Frédéric Moreau du XXIème siècle. Oh je n'en suis pas spécialement fière. Mais Saint-Michel c'est tout près de moi et je n'entends aucun bruit, aucun cri, je ne sens rien du tout, alors j'oublie et je vais dormir pour (peut-être) être à l'heure en cours demain. S'il y a cours.
01 mars 2006
Dress Up In Me
Bon. Ben comment dire, dans moins de deux semaines j'aurai passé mes écrits... Fiou, d'un sens. Et d'un autre sens, pas fiou, vu que je suis complètement à la ramasse pour tout ce qui est révision, m'enfin c'était à prévoir. Les fiches les plannings les surligneurs les journées à la bibliothèque au milieu des autres ça n'a jamais été mon truc.
S'il y avait une justice, je devrais le foirer, ce putain de concours, puisque
le nombre de postes est ridiculement réduit
je n'ai pas assez bossé, en tout cas moins que beaucoup d'autres candidats
je suis une méchante, une mauvaise, je suis le Mal
j'ai même pas envie d'être prof.
Et malgré cela, je ne sais pas, sûrement par rapport à la raison n°3, une part de moi se dit que non, la probabilité que j'aille à l'oral n'est pas nulle. Je ne le mérite sûrement pas mais j'ai mes chances... il faut juste que j'essaie de ne pas les gâcher.
Avant-hier, retour dans mon groupe de latin originel où je n'avais pu aller qu'une fois, à cause de mon boulot. Et dans ce groupe ben y'a plein de gens que je ne côtoie pas tout le temps et c'est rafraîchissant, dont : une lectrice de ma-bibliothèque-adorée-où-je-travaillais-avant, le type à la cape dont j'avais parlé il y a longtemps qui a vraiment l'air d'être un connard, et une jeune fille tout à fait jolie, blonde avec des yeux bleus, avec une petite bouche tellement bien dessinée qu'on dirait une fraise, qui s'est assise à deux chaises de moi et que j'ai pu gentiment admirer. [Voilà à force de dire des trucs comme ça tout le monde s'étonne que je ne sois pas encore à ce jour tombée réellement amoureuse d'une fille, mais j'y peux rien c'est comme ça.] Alors je vais sûrement y retourner, parce que c'est agréable pour passer le temps pendant du latin, et ce même si le prof est un con - mais je commence à désespérer d'en trouver un potable dans cette classe de préparation concours débile.
Ma copine molle est fatiguée, c'est dire s'il m'est difficile de me trouver près d'elle sans avoir envie de danser une petite carmagnole improvisée ou de m'enfiler douze cafés et trois lignes de coke, juste pour compenser.
La fac devient pour moi un lieu presque familier ; ça fait un an et demi maintenant, faut dire. Pour autant, je garde toujours le même émerveillement en entrant dans la cour d'honneur, en voyant la chapelle, en m'asseyant dans un amphi chargé d'histoire et lourd de tout plein de pensées, de soupirs, de regards fatigués, amusés, amoureux... Tout ça je n'arriverai jamais ni à m'y faire vraiment, ni à rentrer dans ces bâtiments sans me dire que ce lieu est quand même super chouette et que c'est un peu le rêve de Joey Potter d'être là, finalement. Mais, à côté de ça, je commence aussi à connaître quelques recoins marrants, comme c'était le cas au lycée, les portes cachées ou interdites qui amènent sur le toit ou dans des lieux complètement mystérieux ou effrayants. Alors j'en profite, puisque si tout va bien j'y passe mes derniers mois.
Tu me demandes comment j'arrive à être capable de gérer ce que tu appelles une "double vie", et je ne le sais pas moi-même, parfois je me dis que je vais finir par devenir un peu schizophrène... et puis, cf mon sous-titre de blog, c'est quelque chose que j'avais en moi quoiqu'il arrive, Stella Lena Clémentine Coccinelle ou Anna, j'ai tout un éventail, l'embarras du choix, mais pour l'instant elles sont toutes attachées, encore, toutes en moi, je leur apprends surtout à ne pas s'entretuer, à essayer de se mélanger, et ça s'arrête là, mon pouvoir ne va pas plus loin.
Enfin ça me permet au moins de ne pas me détester de haut en bas, en long en large et en travers.
17 février 2006
But the world goes 'round
Aujourd'hui j'ai traversé la fac comme un fantôme, à la recherche d'une copie, d'une affichette, et d'un endroit tranquille pour travailler. Les couloirs étaient déserts comme les rues d'un western, il ne manquait plus que le souffle du vent dans les tumbleweeds (ça a un nom en français, mais je ne m'en souviens plus). Sous la lumière jaune des lampes vieilles comme les pierres (ou, bon, d'accord, un tout petit peu moins), tout était à la fois sinistre et étrangement chaleureux.
Retourner à mon ancien lieu de travail est bizarrement toujours aussi ambigu. J'ai toujours aimé cette bibliothèque, et c'est toujours le cas, pas d'amertume, mais maintenant à chaque fois que j'y reviens j'ai ce petit pincement au coeur, parce que c'est pas si souvent que ça m'arrive, de me sentir à ma place. Je me voyais y passer des mois, voire plus, tout collait, je collais, I was fitting in comme on dit là-bas (oui voilà je m'anglophonise mais c'est juste parce que parfois c'est plus parlant). Et lorsque j'y vais j'ai toujours cette envie de passer derrière le bureau de l'accueil et de m'asseoir dans ce petit fauteuil roulant confortable et de gérer ce petit fourbi plein de cartes perdues, de papiers débiles à remplir et de petits formulaires colorés à distribuer. Aujourd'hui pour la première fois j'ai fait la bise à ma responsable [enfin mon ex-responsable du coup]. Et à un ex-collègue aussi. Les rapports de boulot, c'est quelque chose que je n'avais jamais vraiment connu, ou pas assez longtemps. Entre acteurs et tout ça, bien évidemment il n'y a pas de distance polie à respecter, pas de frontière ou de limite à imposer pour ne pas que ça déborde. Parce que ça doit déborder. Je crois que ça me convient mieux. Mais bon... comme dirait ma mère "Tu sais on ne fait pas toujours ce qu'on veut". [C'est ce qu'on verra, mom, c'est ce qu'on verra.]
Et puis il y a eu une autre ex-collègue, mais aussi copine elle en revanche, appelons-la Lil, qui me montre un joli sac plastique jaune qui contient une boîte en plastique, jaune aussi, qu'elle vient d'acheter, et ça la fait rire parce qu'elle se dit que ça ne lui servira à rien, et je ris aussi. Elle me dit qu'elle va aux Halles voir Walk the Line là tout de suite et je lui dis tiens c'est marrant, je vais à la séance d'après. Et puis le soir, à ma séance, je vois, dans la pénombre, la silhouette de Lil qui rentre dans la salle et qui se penche vers des gens pour, semble-t-il, leur demander s'ils n'ont pas trouvé quelque chose... et puis elle repart, apparemment bredouille. Et puis à la fin de mon film, je sors, et par terre, le long du couloir de sortie, je vois un sac jaune par terre, et je me dis C'est stupide ce sac jaune par terre, et puis je m'ajoute à moi-même On dirait le sac de Lil, et je m'arrête, et j'hésite, et je prends le sac et je regarde dedans et dedans il y a une boîte en plastique, jaune aussi.
Paris c'est tout petit, c'est là sa vraie grandeur, et puis parfois on passe de ces soirées joyeuses, malgré quelques regards croisés ou quelques mots suspendus qui vous disent que Non, tout n'est pas comme avant, même si ça en a le goût et le parfum, et que peut-être qu'il ne faudrait pas trop se laisser aller à ces doux moments, et dans le cinéma garder ses mains pour soi, avoir peur de faire du mal, et s'en sentir coupable, implacablement, et apprendre à vivre avec.
10 janvier 2006
Ça se craquelle
Peu à peu, je perds mon self control.
Pire.
Je deviens méchante.
- A 10 h, j'ai soupiré bruyamment quand ma copine molle, en début de
TD, après avoir entendu les horaires du concours blanc, s'est tournée
vers moi pour me dire mollement "Quoi ? J'ai rien compris...". Et je ne
lui ai pas répondu.
- A 12h, j'ai dit à ma copine molle que je ne me
sentais pas très bien et que je n'étais pas complètement remise de ma
maladie et que j'allais plutôt aller prendre l'air et peut-être même
acheter quelque chose dans une pharmacie. Juste pour éviter de manger
avec elle.
- A 14h15, j'ai dit à ma copine molle, d'un ton
méprisant, que Bien sûr que non, Balzac n'est pas un écrivain réaliste
mais un écrivain du réel. Que ça tombe sous le sens et que la
différence est quand même évidente.
- A 17h55, j'ai appris moi-même à ma copine molle, avec un ton catastrophisant
que même JP Pernault ne fait pas mieux, que le nombre de postes au
concours avait été drastiquement diminué et que donc il y avait de
grandes chances qu'on se plante directement à l'écrit.
-
A 18h15, j'ai pouffé quand la fille a réussi à placer trois fois le mot
"dorso-labiale" dans un exposé qui n'avait rien à voir. Je crois
d'ailleurs que c'était pas dorso-labiale parce que ça ne doit pas
exister. J'ai aussi pouffé à 18h20 quand elle avait de gros blancs
devant tout l'amphi et qu'elle disait des conneries. A 18h50 j'ai mangé
une banane en pâte d'amande sous les yeux du prof et je lui ai souri.
Je
n'ai pas éteint mon portable en classe. Je me suis endormie à
absolument chaque heure de cours. D'ailleurs à 19h01 c'est mon portable
qui m'a réveillée.
Je pense que je suis tout simplement contaminée par mes connes de camarades.
PLEASE HELP
09 janvier 2006
Stardust Memories
Sur la ligne 4 de mon bus dans Mavilledefac, il y avait des tas de gens que je croisais régulièrement.
Mavilledefac est une ville de taille tout à fait raisonnable, pile entre Monbledpourri (où j'ai grandi jusqu'au bac) [et où on ne peut jamais faire un pas au "centre-ville" - mot à peine exagéré quand on voit les quatre ruelles qui se battent en duel - sans croiser Madame Machin qui, la dernière fois qu'elle t'a vue, eh ben t'étais haute comme ça *geste à 3 cm du sol*, ou Jenny la connasse qui sort avec le mec de tes rêves, ou Monsieur Prout le prof de piano sadique et pervers, ou Claire D**** qui a tellement bien réussi sa vie de sale conne d'école de commerce...] pile entre ça, donc, et Paris, où tu ne croises quasiment jamais personne à l'improviste - sauf signe du destin intersidéral -, et où il faut vraiment avoir un métier de con pour arriver à prendre les transports en commun régulièrement aux mêmes horaires que quelqu'un d'autre.
Dans le bus 4, donc, il y avait déjà une espèce de sale handicapée (je sais, faut que je fasse des efforts pour le politiquement correct) qui portait, hiver comme été, une cagoule rose un peu grisée par la crasse, et qui marchait tout le temps avec des béquilles. Et il pouvait y avoir 52 places libres dans le bus, elle arrivait vers la plus jolie et la plus fraîche jeune fille qui se trouvait paisiblement assise et lui aboyait un truc inarticulé qui, après décodage minutieux, s'apparentait à quelque chose du genre "C'est mô plôce, dégôgez". Et c'était tellement affligeant, que, oui, tout le monde dégageait.
Il y avait ensuite une vieille pute. (Littéralement, je me le demande encore). Hiver comme été, elle portait des habits de cuir blanc d'un goût très sûr, et sa peau complètement flétrie était plâtrée d'un fond de teint genre Terracotta n°16, sur lequel elle se sentait obligée de rajouter un bon coup de blush rose fushia assorti à son rouge à lèvres. Souvent elle mettait des chapeaux, blancs toujours, mais différents, parfois une grosse toque en poil de lapin, parfois un chapeau de paille de 80 cm de diamètre. Elle parlait toute seule, je ne me rappelle plus trop ce qu'elle disait, elle racontait ses malheurs, quoi, et une fois, elle s'était levée d'un siège, dégoûtée, parce que c'était sale, et elle avait ajouté que ça c'était les jeunes d'aujourd'hui, que c'était la "crasse des jeunes", et puis elle était partie en continuant sur la déchéance du pays à cause des jeunes générations, et caetera, et caetera.
Et puis il y avait cette vieille dame. C'était difficile de lui donner un âge, parce que son chignon était encore brun, mais c'était une teinture, obligé, même si elle était très bien faite. Elle avait aussi une peau flétrie mais elle avait dû être tellement belle et prendre tellement soin d'elle qu'elle était encore resplendissante. Elle était toujours parfaitement coiffée, elle se tenait toujours parfaitement droite et digne, sans pour autant faire vieille bourgeoise désagréable, non, elle s'habillait relativement discrètement, mais classe ; elle avait des jambes encore très belles, fines et élégantes, dans de vrais collants de femme, et pas dans des vieux trucs en mousse de mémé. Elle me faisait l'impression d'une femme qui attend son amour parti dieu sait où depuis des années, prête à l'accueillir, toujours. Sauf que je me plantais sûrement, c'était juste une femme classe qui s'occupait d'elle, pour elle. J'aimerais bien reprendre ce bus et voir si elle est toujours là, voir qu'elle a vieilli, un peu (forcément), et peut-être lui parler. J'en ai eu souvent envie, parfois nos regards se croisaient, et elle était tellement bienveillante.
Et puis c'est dans ce bus, plus ou moins, que j'ai rencontré
Charlotte. La seule fille sympa de ma classe (comme quoi les étudiants
sont les mêmes partout) et la seule aussi, qui habitait à 50 mètres de
chez moi.
Je ne mesurais pas ma chance alors.
C'est terrible, à quel point ça me manque, une vraie copine,
quelqu'un de vif, quelqu'un qui me parle d'autre chose que des cours,
quelqu'un qui voit loin, quelqu'un qui pense tout seul, quelqu'un à qui
discuter de conneries de filles.
A la seule idée de retourner à la
fac demain, de me taper cette copine molle qui m'emmerde, ça me déprime
à un point incalculable.
15 décembre 2005
Gouffre
Mon Dieu. Je viens de presque finir ma dissert.
J'étais pourtant persuadée que j'étais trop vieille pour ces conneries, se coucher à 5 heures pour un texte pourri dont on sait qu'il est mal foutu et atrocement artificiel, les crampes dans les doigts, les jambes ankylosées, la circulation qui reprend doucement au loin, la faim qui s'éveille dans le creux de l'estomac.
Et puis redécouvrir des trucs, comme le fait que souvent quand je réfléchis, je colorie l'ongle de mon index gauche avec mon stylo plume ; qu'il faut attendre un peu avant de réécrire sur un endroit où on s'est servi d'un effaceur, parce que sinon les lettres s'infiltrent dans les fibres de la feuille ramollie ; qu'il faut marquer son nom en haut des feuilles doubles, ce qui fait qu'au milieu d'un développement, pouf, on voit son nom, et on ne le reconnaît plus ; que bordel j'ai toujours détesté ces pouffiasses qui rendaient des liasses de feuilles doubles et qui pensaient que rien que ça leur valait la moyenne. Sûrement parce que moi, je la dépassais jamais, la feuille double.
Non non je confirme, trop vieille pour ces conneries.
Je ne sais pas ce qui m'a pris.
Ah là là, si au moins je pouvais écrire une pièce ou un scénar comme ça, ce serait un peu plus utile...
















