Coccinelle et Clémentine

... et autres personnalités d'une schizophrénie naissante

11 septembre 2008

8

Je continue à me lever le matin, à embrasser mon amoureux qui dort encore en partant, à prendre le métro, à sortir tout doucement par l'escalator...  Et pourtant tout a changé. Tout est tendu par une menace lointaine.
Tous ces endroits, qui, il n'y a pas si longtemps, m'étaient un peu hostiles, ont la douceur attachante d'un quotidien que j'ai du mal à quitter.
Je continue à ranger mes livres, même si j'ai l'impression de le faire au ralenti. C'est jeudi, c'est jour des affiches, encore plus que la semaine dernière.
Je continue à avancer dans ma tâche, avec cette fois la crainte de ne pas avoir le temps de la finir avant mon départ. Ce ne serait pas grave - quelqu'un d'autre le ferait - mais pour moi, pour moi seule, j'aimerais juste pouvoir finir.
Au prêt j'ai fait plus d'exceptions que d'habitude aujourd'hui, et je me suis rappelée combien j'en faisais avant, à l'Aquarium : des amendes levées sur un sourire, un livre prêté alors que le plafond était déjà atteint, etc, etc. Je crois que ce sont ces petits détails qui font l'humain et je regrette d'avoir cédé au mouvement général de Witch Street et d'avoir été si règlementaire ces derniers mois. Who cares after all ?

Je profite aussi de ces instants où je suis une petite agent de rien, un brevet des collèges suffit pour faire ce que je fais, pas de concours ni rien, je suis une précaire, et je crois qu'au fond il y a quelque chose qui me plaisait là-dedans, malgré l'inconfort évident. Il y avait une liberté infinie et une impression de ne devoir rendre de compte à personne. D'être délicieusement contre-productive. Une grande fille comme moi, si brillante.
Le parcours qui m'attend maintenant est un peu plus convenu. Plus attendu. La "réussite". On me félicite. Je souris, évidemment.

Toute la journée je me suis demandée si le pommeau de douche de mon futur studio était bien un vrai pommeau de douche qu'on peut empoigner déplacer et tout, et non un truc vissé indéplaçable. Mine de rien ça m'a presque gâché ma journée, mais finalement je me dis que nulle résidence digne de ce nom ne pourrait louer des trucs avec douche vissée au mur. C'est trop barbare. Non ? En même temps cette douche est si petite...

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10 septembre 2008

9

Aujourd'hui je me suis levée plus tôt que d'habitude mais je ne suis pas allée travailler.
J'avais pris un jour de congé.
A la place, j'ai pris des trains, pour aller voir un studio dans une résidence dans la ville de ma future moitié de vie (relisez, si jamais).
J'y suis allé, j'ai vu, j'ai vaincu, et j'ai signé les papiers. Non pas que j'aie eu le coup de foudre pour ce 18 m² meublé avec autant de personnalité qu'un Pierre et Vacances, mais enfin, ça ira bien. Je crois.

La réalité comme d'habitude me heurte de plein fouet et je réalise, tous ces moments qu'il me faudra vivre seule, au moment où j'ai appris à tout partager, au moment où j'ai fait toutes ces promesses de vie à deux. C'est pour le moins paradoxal.

J'ai choisi une résidence étudiante pour avoir, au moins, une porte à laquelle frapper, des visages à croiser, en espérant que.

Je reste une petite fille terrifiée par l'inconnu et mon petit chat en peluche ne suffira pas à m'apaiser devant cette grande ville. Mais il le faudra bien. C'est une bien jolie ville d'ailleurs.

Et ce soir, je suis, encore une fois, bien fatiguée.
Je suis presque contente d'aller travailler demain. De profiter de ces moments de cette petite vie-cocon qui filent filent filent.

A la gare ce matin tôt une fille m'a demandé si j'attendais le train moi aussi. Je n'ai même pas pensé à me moquer et j'ai dit oui. Elle m'a demandé lequel et je lui ai dit. Puis elle m'a dit le sien, elle avait 3 heures à attendre, alors j'ai compati. Elle m'a répondu : "Oh, c'est pas grave, ça. Ça passe vite. Le temps". J'ai bien aimé la façon dont elle a précisé. "Le temps".

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23 mai 2006

So, we finally meet

13 jours envolés en un petit battement de cils - comme prévu.

Et j'ai une nouvelle maison.
Plus que quelques cartons à déballer, et des choses à accrocher, et quelques petits meubles manquants, mais dans l'idée, en gros, ça commence à prendre forme. Chez moi.
Je m'habitue au silence au-delà de la fenêtre, jour et nuit, là où j'avais pris l'habitude de la circulation du boulevard parisien avec ses ambulances. Je m'habitue à ne pas avoir le soleil le matin pour me réveiller (mais au moins en été je pourrai dormir tard sans mourir de chaud). Je m'habitue à cet immense immeuble qui n'a tellement rien à voir avec l'ancien, je m'habitue aux ascenseurs qui vont très haut et aux dédales d'escaliers, je m'habitue à la radio dans le hall, à la réception 24h/24, et j'ai hâte de tester la piscine du dernier étage.
J'ai un peu plus de mal avec le vent stupide qui souffle depuis 5 jours et qui ouvre ma fenêtre, sans répit. De même avec les saloperies d'oiseaux de merde qui croient bon chanter dès 5 heures, pile quand j'essaie de m'endormir. Et puis il y a ces voisins-mystère au bout du couloir, qui vivent, porte ouverte, dans un appartement apparemment un peu délabré et très encombré. Et les bruits de pigeons autistes dans la ventilation.
Et il y a aussi vivre seule, pour la première fois depuis la fac, la vraie, en province - et ça c'est sûr ça fait bizarre. La première fois où j'y ai dormi seule, avec le vent, la télé sans antenne, l'absence d'ordi et d'internet, ça m'a fait un petit choc. Mais un doux choc. (Parce que tout est différent d'alors, parce que je l'ai choisi, parce qu'au fond je suis tout sauf seule et que ça change tout, au point de m'apporter une sérénité et une patience à toute épreuve.)

Mais c'est étrange d'avoir deux maisons à la fois. J'ai encore les clés de l'ancienne, pour quelques semaines encore, j'y ai encore des affaires, encore des traces. Et une connexion internet. Aaaaaaaaaaah
Quelques voisins croisés pendant le gros du déménagement m'ont dit au revoir. Et surtout "Bonne chance". C'est très amusant, cette manie, de dire "Bonne chance". Je suppose que dans leur cas je dirais pareil, mais je ne sais pas, ça m'a surprise. J'ai envie de dire, bonne chance à vous.

Et puis hop, depuis 1h30 je suis officiellement et cordialement invitée à passer les oraux de ce joyeux concours. Champagne.
(Dès mon retour de Londres je m'y mets sérieusement, c'est promis.)

Ma copine molle aussi est admissible - je dis ça pour ses fans...

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27 avril 2006

Ce qui me manquera, etc

CE QUI ME MANQUERA :
- les plafonds, avec leurs petites moulures que j'ai observées pendant des heures, la plupart du temps involontairement, mais qui sont gravées dans ma mémoire, leur forme, leur petit anneau central
- le séchoir à linge sur poulies, ses cordes qui grincent, son allure bancale
- le hall de l'immeuble
- ma petite cuisine, ses placards par milliers, sa tablette qui se replie
- la pizzeria du bas
- mon pharmacien
- mes bus
- pouvoir regarder, pendant des heures et n'importe quand, le boulevard en bas, les gens, les voitures, les taxis, la boucherie, la poste, le primeur d'en face, le voir fermer son rideau après minuit et parler avec son étrange femme aux cheveux longs et blancs

CE QUI NE ME MANQUERA PAS :
- la télé de mes voisins du dessus
- la circulation du boulevard et la poussière noire qu'elle amène, et les bruits d'ambulance qu'elle trimballe jour et nuit
- l'odeur de cigare qui traîne parfois dans l'ascenseur
- mon chauffage électrique
- mon chauffe-eau qui déconne
- les factures d'éléctricité qui en découlent
- le carrelage de la cuisine qui a l'air sale 2 minutes après avoir été lavé
- les voisin(e)s vieilles et revêches
- les mecs bourrés sur le boulevard, en pleine nuit, qui crient/gueulent/chantent et me réveillent en sursaut

CE QUI NE ME MANQUERA PAS, TOUT EN ME MANQUANT :
- ma salle de bain-placard et ses non-murs à moitié recouverts de carrelages en plastique
- mes W.C. germano-chirurgicaux
- Mme Cracker la gérante de la copropriété, ses tailleurs, ses "Bonjour, mademoiselle." trop polis.
- les manifs qui passent juste en-dessous
- la peinture pseudo-marbrée des murs intérieurs de l'immeuble
- les petits machins qui font bip pour rentrer


(ces listes sont susceptibles d'être modifiées et enrichies)

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