04 septembre 2008
13
Le jeudi matin nous sommes fermés, alors il y a plein de temps pour des tas de tâches internes. Ça commence toujours par le rangement, assez intensif aujourd'hui vu que c'est la rentrée et que donc par définition les gens rentrent et les livres aussi, et vu aussi que notre aide d'été s'est transformé en contrat de 20h et ne travaille plus le jeudi, et que la seule personne qui rangeait avec moi était Rita, qui certes a perdu quelques kilos mais qui a la fâcheuse manie de ranger les livres... un par un.
Puis je me suis occupée des affiches puisque j'ai en charge les trois grands tableaux en liège de l'établissement, occupation passionnante s'il en est ; je dois les décorer, y transmettre des informations rutilantes et culturelles, récentes et actualisées, le tout en prenant bien soin de masquer les bites au feutres et les inscriptions d'extrême-droite et/ou antisémites. Et comme c'est la rentrée, ça va mieux, parce que pendant l'été, il me fallait déborder d'astuce pour ne pas laisser le panneau vide. Après, l'affichage, ça peut être tout un art. Il faut choisir les affiches en fonction de l'endroit où elles seront, à quel étage, c'est à dire à quel type de public elles s'adresseront. Pour le panneau du sous-sol qui accueille tout aussi bien les enfants que les gens qui s'intéressent à la littérature ou que ceux qui veulent juste un Fred Vargas : privilégier les actions culturelles de type familial, éducatif, avec un zeste de théâtre et de conférences. Pour celui du rez-de-chaussée qui doit subir une rotation limitée, puisque derrière le bureau des inscriptions, et donc aussi première chose que les nouveaux usagers verront : privilégier les programmes annuels, les expos longues, les informations municipales. Pour celui du 2è étage, là où vont les étudiants en manque de place : privilégier tout ce qui reste, car de toutes façons ils ne le regardent pas. Ensuite, il faut choisir la place de chaque affiche par rapport aux autres, en fonction du thème, mais aussi de la taille et de la couleur. Faire quelque chose d'harmonieux. Parfois, je pousse le vice jusqu'à assortir la couleur de mes punaises aux tonalités des affiches.
Pas aujourd'hui.
Puis je me suis attelée à ma tâche du moment. Chercher les livres en rayon. Les remonter au 3è étage. Changer leur fiche de saisie un par un. Gommer et corriger la cote au crayon. Trouver un autre ordinateur. Taper les cotes. Les imprimer.] Jusqu'à ce que des collègues viennent me proposer d'aller à la cantine avec eux. J'ai dit oui, ce qui n'était pas arrivé depuis un moment (manger à la cantine en été, merci le suicide). J'ai donc pris le métro avec eux et écouté les aventures de Djène qui a toujours plein de choses à dire et j'aime bien. J'aime bien savoir que sa fille a un cochon d'Inde depuis samedi. J'ai mangé du riz avec du colin et des haricots beurre. Puis on est revenus. J'ai continué ma tâche. [Nettoyer les livres. Enlever la cote existante, soigneusement, sans découper le livre, sans rien arracher. Nettoyer. Découper la nouvelle cote. A la bonne taille. Un point de colle. Un bout de plastique collant dont je ne donnerai pas le nom technique.]
En milieu d'après-midi j'ai remplacé une collègue au poste de retour et avec Djène on a fait comme si les douchettes étaient des téléphones et des micros et on a joué un peu, ça m'a plu.
Puis j'ai fini ma portion de tâche du jour. J'en suis aux G. Je suis allée ranger un peu au sous-sol, puis c'était l'heure d'aller prendre mon poste. Djène m'a laissé le numéro de "Psychologies" qu'elle était en train de lire. C'est con comme revue mais plutôt bien pour s'occuper sans que ce soit grave d'être interrompu toutes les 3 secondes.
En fin d'après-midi on m'a remplacée pour que je fasse une pause, je suis montée sur la terrasse pour m'étirer le dos. Les toits étaient calmes ; en face, une table et quelques chaises couleur pastel. En haut, le soleil brillant fort et se frayant un chemin rond à travers une chape. Lumière intéressante. A droite, dans les appartements, un pschitt d'une bouteille de soda qu'on ouvre. A droite plus haut, le dôme du Panthéon qui scintille.
Un peu avant 19h, Stanley est passé me voir. Il était devant moi au bureau de prêt, grand et joli. Puis il est parti lire les Inrocks dans un coin, le temps que je finisse. Ma chef est ensuite passée vers moi et m'a dit "J'espère que c'est votre mari que vous regardez avec ce regard !" Je l'ai rassurée.
Stanley, pour les incultes, c'est mon mari. [Sauf que mon Stanley est à peu près l'opposé de celui-là]
02 septembre 2008
15
J'avais donc prévu de raconter ma journée, cette journée de reprise à Witch Street, le réveil raté, l'escalator en panne, le "Alors, tu t'es...?" de Demi-Pointe, les gens malpolis et désagréables, les boîtes cachées entrevues, l'ouverture des cadeaux, la lecture de la carte-fleur, la bise à tout le monde - c'est toujours bizarre, faire la bise à des collègues-, le temps perdu/gagné à remercier chacun, la pluie du retour, la moiteur de mon jean sur mes cuisses.
Et puis cette douleur lancinante qui n'a fait que monter et monter - comme l'eau s'est gorgée dans les nuages ouatés avant de tomber sur nous - et qui n'a disparu, le temps d'une demi-heure de brasse douce, que pour réapparaître le pied posé sur le carrelage, m'empêche de taper autre chose que cette version abrégée. Il en manque les silences, les nuances, les inspirations, les creux. A vrai dire ça ne vaut rien. Seul compte le décompte à présent...
22 août 2008
Here we are, still together
Juillet et ce début de mois d'août ont été doux comme de petites bulles de savon. Witch Street, en quelques semaines, est passée du statut de l'ennui suprême à celui de douceur extrême. Les touristes qui flânent, la rue qui se vide, les échoppes qui ferment leur rideau de fer, des collègues jeunes avec qui papoter et manger des Pitchs, tout cela a contribué à transformer la langueur possible en douce rêverie. Un petit peu plus et je regretterais presque de ne pas aller bosser pendant deux semaines ; à mon retour ce sera septembre, le pâle septembre, et le flot recommencera.
Aujourd'hui comme prévu, c'est l'accélération qui commence. Des papiers de couleur. Des fils bleus. Des crayons pastel. Des visites, des rendez-vous, des appels. Mille tâches, dont je sais que quelques-unes vont passer à l'as. Mon futur mari est excité comme une petite pucelle, c'est joli à voir. Il ressemble à un jeune daim fou.
Je n'arrive pas, comme ma soeur et ma mère, à m'inquiéter de la météo, à redouter les nuages et la pluie. S'il pleut, on ne peut rien y faire de toutes façons, non ?
Comme dirait Gene, "From where I stand, the sun is shining all over the place".
31 juillet 2008
Just an ordinary day
Aujourd'hui c'était un matin comme je n'en ai pas connu depuis longtemps. Un ciel haut et clair, déjà chaud, juste comme il faut, les passants souriants, le métro pas trop en retard, mon arrivée pimpante et dispose, pour une fois à peu près à l'heure.
Une journée de travail à Witch Street qui se termine à 14 h (vive les 35 h), et puis, le sac chargé de partitions à rendre, direction l'Aquarium, à pied, en croquant un Subway tout frais, et en prenant ces rues prises tant de fois, dans tant de circonstances différentes. L'arrivée à l'Aquarium, où je n'avais pas mis les pieds depuis un sacré bout de temps, et recevoir l'accueil des gens comme un cadeau du ciel, voir leur plaisir, réel, de me voir - c'est peu, probablement, mais pour moi c'est tellement. Moi qui aurais tendance à penser qu'on m'oublie, que je suis indifférente à tous. Leurs sourires, leur chaleur, leurs attentions pour tout ce qui concerne ma vie professionnelle et personnelle, ils se rappellent de tout, de là où j'en suis, me questionnent, me félicitent une fois de plus, m'encouragent. Goûter un peu de leurs présences si denses, celles qui me manquaient tellement au début. Recevoir tout ça comme un paquet de dons, une réserve de bonheur à faire fructifier et à redistribuer.
Il y a eu alors ensuite un moment de grâce, dans le métro aérien du retour, un rayon de soleil bien orienté, une plénitude, un morceau de musique qui finalisait l'instant, l'alignement.
Puis quelques brasses bienvenues dans la piscine toute fraîche, un long moment rien que pour nous deux dans l'eau, Paris toujours, sous le soleil ardent, la Tour Eiffel chauffée à blanc, depuis ce dernier étage si précieux. Cette impression d'avoir juste pris l'ascenseur pour se retrouver en vacances.
Et alors le métro, et l'histoire d'un robot, la fable d'un monde sans mémoire, l'espoir d'une petite pousse verte.
Et puis enfin, retour à Witch Street, la rue, que je visite de nuit régulièrement depuis mon arrivée à Paris - il y a bientôt 7 ans. Le bonheur de finir la journée "à l'italienne", une glace framboise-kiwi à la main - la framboise était divine. Quelques pas, traversant le quartier qui a été longtemps le mien et que je traverse encore souvent - rien n'a bougé ou presque, l'Interlude et sa nouvelle terrasse, l'imprimerie, le Canon du coin, les couloirs de bus, les taxis. Ces taxis que mon ragazzo a dû prendre tant de fois, au moment des séparations obligées des premiers temps.
Une journée ordinaire où se sont glissés des instants de bonheur pur et inattendu, sans qu'il y ait besoin de Lou Reed pour l'illustrer, ça n'a pas de prix.
23 juillet 2008
Goodness
Parce qu'il serait mauvais pour mon karma de laisser le message précédent trop longtemps en haut de la page, je vais m'empresser d'écrire n'importe quoi.
Au rayon boissons
. J'aime le son de l'eau bouillante que l'on verse sur une boule à thé métallique remplie de feuilles de thé.
. J'aime le frisson froissé qui parcourt l'étiquette d'une bouteille de Coca Cola de 1,5L quand on l'ouvre pour la première fois.
. J'ai acheté une bouteille en verre avec un bouchon en caoutchouc pour y mettre mon thé glacé maison, j'ai un peu l'impression d'être Caroline Ingalls, je n'ai plus qu'à faire des tartes.
Au rayon nourriture
. Les blinis, ça peut être vraiment bon.
. La tapenade ça peut être vraiment pas terrible.
. Bientôt des muffins.
Au rayon boulot
. Alors que s'annonçait une longue matinée vide de toute action, des cartons de livres neufs et fraîchement reliés sont arrivés, me procurant - du travail à faire en quantité - des livres de poches lisses et neufs à toucher et frotter - le tome 2 de Dexter immaculé.
. Demi-Pointe, en plus de marcher sur les demi-pointes, à une autre particularité. Elle marmonne ses phrases dans une barbe qu'elle n'a pas. Parfois j'ai la sensation qu'elle parle le langage des Sims : ça ressemble à une langue qu'on connaît, mais on ne peut pas en distinguer les mots ni la comprendre vraiment. Et étant donné qu'elle ne finit jamais ses phrases, difficile de se rattraper au contexte. Comme je suis fatiguée de lui demander de répéter tout ce qu'elle dit, je fais semblant de comprendre. Haute voltige évidemment, puisque je ne pige rien, mais rien ; elle pourrait me poser une question alors que je comprendrais qu'elle me dit qu'il fait beau et je pourrais répondre un catastrophique "Oui". Tout à l'heure ainsi :
"Hinhinhinhin hin hinhin télé hinhinhin hinhin hin" *sourire*
> le sourire m'indique qu'elle fait probablement une blague. Peut-être sur un lecteur, cible préférée des bibliothécaires en herbe. >> Rire, d'un air entendu (commissures de la bouche tirant vers le haut, air qui sort du nez en salves, dodelinement de la tête), voire, si on se sent en confiance, lâcher un "Ah, oui oui !"
Puis se passent 10 minutes. Je repasse près d'elle :
"Ah je t'assure quand tu es arrivée tout à l'heure, vraiment..." *sourire encore plus large* *regard attendant une réponse*
> perplexité. Elle semble reprendre sa conversation de tout à l'heure, mais je n'avais pas compris qu'il s'agissait de moi. De même, avais-je bien identifié "télé" ? De quoi peut-il s'agir ? Mes vêtements ? Une bêtise que j'aurais faite ? >> Faire un large sourire. Hochement de tête, regard un peu interrogatif quand même, en attente de la suite de la phrase qui ne viendra jamais, puis sourire un peu crispé en revenant à l'occupation précédent l'événement.
C'est comme ça tous les jours.
Heureusement, elle est à mi-temps.
Au rayon du blog
. Canalblog a lancé son système de tags. De quoi s'amuser pendant des heures.
. Vous avez jusqu'à demain 14h pour m'envoyer vos réponses concernant l'identification des photos ornant ma bannière. Faites-le par mail si vous avez peur qu'on vous pique vos idées...
02 juillet 2008
Des images superposées
Je fais une nouvelle bannière et une fois finie, des tas d'autres photos à ajouter affluent dans mon esprit. Evidemment.
J'ai tant à faire et j'ai l'impression d'être une mouche dont on a scotché les pattes, qui n'a plus d'autre choix que de voler sans se poser. (C'était mon grand-père qui m'avait appris cette torture. Je ne l'ai néanmoins jamais mise en pratique et je me dis aujourd'hui, que, probablement, lui non plus.)
Depuis hier j'ai un nouveau collègue, un p'tit jeune pistonné, là pour un mois, qui a piqué le boulot de Mona Robinson mais qui est malgré tout plutôt sympathique. De toutes façons tout est bon pour se rafraîchir un peu les idées.
Aujourd'hui, comme tous les mercredis, est venue la dame biscornue qui demande, depuis environ 2 mois, à chaque fois qu'elle vient, si nous avons le dernier Danielle Steel. La dernière fois que j'ai été son interlocutrice, la réponse était non, et j'avais l'impression d'être le porte-parole d'une organisation sanguinaire qui avait autant de bon sens que de cruauté.
Il y a eu aussi la petite fille qui a perdu le livre sur Napoléon, parce que sa maman a donné des livres aux pauvres et que le livre était dedans, et du coup sa carte était bloquée, elle ne pouvait plus rien emprunter, et c'était terriblement embêtant.
Et puis un monsieur un peu sale qui avait caché sa canette de bière dans un journal enroulé, sauf que de là où j'étais je voyais tout, mais je ne l'ai pas dénoncé. Il y a beaucoup moins de SDF ici qu'à l'Aquarium, alors le peu qu'il y a, je ne veux pas les déloger.
Puis, cet après-midi, j'ai eu l'impression de traverser la ville et de courir pour pas grand-chose. Les banderoles sont revenues, droites comme des i, sur la façade de l'église. J'ai les glandes.
Ce soir j'ai ouvert un colis avec dedans un pingouin imbibable, un pingouin gommant, un bateau en papier de bain, du savon kiwi, une fraise à thé, un bug pailleté, un papillon en laine chauffant, de la jelly de douche, une spatule à gâteau carrée et une carte-coccinelle. Bien sûr, à part les deux derniers articles, ça doit être difficile pour vous de savoir. Pourtant rien n'est inventé, tout cela existe, et c'est ça qui est chouette.
Comme jeu-concours, eh bien, c'est à celui (celle) qui saura nommer tout ce qui se trouve dans les faux-polas de ma nouvelle bannière. L'heureux(se) gagnant(e) recevra.... allez, des dragées ?
25 juin 2008
un autre nombre
Aujourd'hui, ça ne passe pas. Je n'arrive pas à garder ce sourire indétrônable qui avait réussi à me sauver la peau ces dernières semaines, et grâce auquel j'avais réussi à passer outre l'ennui, l'agacement, la morosité. Aujourd'hui c'est tout simplement trop dur, avec le défilé de sales cons qui râlent pour le moindre prétexte, qui sont agressifs sans qu'on leur ait rien dit, qui cherchent le conflit. Il y a un moment où c'est tout simplement trop.
Mon collègue Rollie Pollie Ollie m'a relaté avoir eu un lecteur qui, je cite, sentait le jambon blanc rance et humide. Nous sommes néanmoins tombés d 'accord sur le fait que rien ni personne ne pouvait supplanter "la dame", dont l'odeur, elle, subsiste longtemps, comme des milliers d'atomes accrochés partout.
Dehors, les collégiens et les lycéens parlent de jeux de cartes, des cours qu'ils vont sécher, des jeux auxquels ils ont joué avec les profs, des stylos qu'ils ont gagnés. Je repense à la douceur de ces fins d'années, les récréations interminables, les garçons et leurs tournois de foot, mes nus-pieds, les championnats d'élastique que je gagnais, la détente absolue des heures de cours, où néanmoins j'avais l'impression d'apprendre plus que d'habitude. Les élèves chiants ne venaient plus de toutes façons, les plus riches organisaient des après-midi piscine entre eux et il y avait une douce fierté de ne pas y être invitée, de former un groupe de parias, à jouer dans la terre et à faire des découvertes archéologiques dans la cour de l'école.
Puis, la cloche sonnée, sautiller sur les trottoirs brûlants, éclater les bulles d'asphalte fondue, et puis se glisser dans une boutique obscure à la recherche du Mr Freeze du jour pour le chemin du retour, ceux au coca, marrons, ou ceux à la framboise, bleus. Parfois, quelques fils à scoubidous, comme une lubie, passagère mais régulière comme la mousson. Plus haut sur la colline, près de la maison, un détour par les jardins avoisinants pour cueillir de pleines poignées de cerises qui sont évidemment les meilleures de ma vie, tout comme les groseilles du jardin de derrière. Sentir monter, comme une forêt, les deux mois des grandes vacances, mais ne pas y être encore, savourer ces moments où on y est presque, une liberté totale, sans la pression de l'école, et sans l'angoisse des jours de juillet et d'août qui s'égrènent sans que rien ne puisse les arrêter.
De mon côté je ne sais toujours pas pour combien de temps je suis ici. Peut-être que c'est pour ça qu'aujourd'hui c'est si dur.
17 juin 2008
33
C'est mardi matin, c'est le premier jour de la semaine, mais j'ai déjà du sable sous les yeux. Je pense à un matelas moelleux, je pense à un oreiller, je pense à une sieste dans l'herbe. Tout ce à quoi je n'aurai pas droit avant quelque temps.
Djène a fait un jeu avec les signets de retour. Elle les a classés par couleur et a attribué chaque couleur à un jour de la semaine. Elle me dit que quand je serai au prêt, il faudra que je respecte son classement.
Ce qui m'amuse plutôt, une semaine arc-en-ciel, mais je doute que tout le monde soit de mon avis.
Demi-Pointe est moins béate que d'habitude. Elle aussi, elle a reçu sa lettre recommandée. Je ne lui pose aucune question.
Il y a cette bimbo qui vient toujours avec sa grand-mère, une vieille femme fragile. Elle la conduit à son bras, comme une princesse, et elles marchent à tout petits pas. Alors qu'elle-même peut sûrement courir et bondir et faire mille choses plus intéressantes que de traîner mamie à la bibliothèque.
J'ai réussi à négocier 3 heures de samedi contre 3 heures de nocturne la semaine prochaine, pour l'ultime répétition. On ne peut pas dire que ce soit de gaieté de coeur, travailler de 9h30 à 22h ce n'est pas humain.
J'ai simplement hâte que les représentations soient terminées. Pouvoir rentrer chez moi avant 23h le soir. Faire autre chose de mes soirées.
Ce sable va mettre la journée à s'en aller.
20 mars 2008
Une étoile dans mes coquillettes
[Une étoile noire, même.]
A part ça, j'y suis presque arrivée, aujourd'hui. L'alignement était presque parfait, une lumière qui s'élève, les jonquilles de la terrasse qui ondulent doucement, des petites réparations de livres avec mon matériel tout neuf, et Rita qui mange des biscuits avec un petit bruit agréable, son clic de souris qui est tellement comme il faut que je vais finir par en piquer une, et derrière, le doux parfum de BigIsa, et GentilFreddy qui vient me parler doucement... Et pourtant non. Je l'ai senti affleurer, chercher le chemin de ma nuque, mais il n'est pas venu.
Tous mes collègues sont des sortes de copies de gens que j'ai connus auparavant. Mes collègues de l'Aquarium étaient, en tout cas, uniques en leur genre, ou, probablement, de futurs référents pour tous les collègues que j'aurai dans les années à venir.
Quand j'étais petite, j'étais assez frappée par les odeurs de mes amis. Quand je jouais avec quelqu'un, je sentais précisément son odeur. Et quand il m'arrivait d'aller chez lui, j'étais émerveillée de voir que sa maison sentait comme lui. Emerveillée mais un peu inquiète de cette odeur étrangère : pourquoi ça sent différent chez les autres ? Je rentrais chez moi et ça ne sentait rien. Plus tard, quand j'ai compris que cette odeur venait, en grande partie, de la lessive utilisée dans la famille, tout s'est un peu brisé. Et puis, plus tard encore, quand j'en suis venue à choisir moi-même la marque de ma lessive, j'ai essayé de faire attention à cette odeur, cette odeur que je finirais par ne plus sentir, mais qui deviendrait un petit bout de mon odeur, de ce que mes futurs amis sentiraient sur moi. J'ai rencontré des garçons, qui sentaient l'odeur de leur maman, ou de leur amie, ou les deux, et je les ai fait sentir comme moi. J'ai changé de lessive. Pour trouver le meilleur échantillonnage possible.
L'odeur du savon Dove au concombre qui propulse six mois en arrière, le souvenir de cette douche après la trentaine d'heures d'avion, la descente de l'avenue, et pouf, comme si de rien était, Tink dans son manteau blanc.
L'odeur du parfum de mon ragazzo, quelques secondes après pulvérisation. Les réveils en milieu d'après-midi, les déjeuners-goûters et sa peau sucrée, et l'attirance sans limites.
L'odeur des protège-cahiers, de la colle Cleopatra, de l'encre violette, le goût des crayons pastels que je mouillais sur ma langue. Les stylos Reynolds bleus qui bavaient.
Le goût des coquillettes.
J'ai avalé l'étoile sans faire attention...
05 mars 2008
So, okay.
'Didn't turn out quite as I expected.
Il faut dire que les mots "changement"
et "positif" dans une même de mes phrases, c'est pas souvent souvent.
En tout cas pas tant que je n'ai pas eu des mois et des mois pour tout
soupeser et tout apprécier.
Et puis bon, je sais que je ne devrais pas écrire ce billet aujourd'hui, parce que "tout va s'arranger enfin", et que je me fais l'effet d'une gamine capricieuse. Mais, il faut bien le dire, c'est aussi un peu ce que je suis...
Et le fait est qu'en ce premier jour hier, je me suis
sentie perdue, déracinée, extraite de mon milieu naturel, comme un oisillon sans nid.
Une armoire
métallique commune à tous, à l'entrée, pour mon manteau et mon sac géant. Des bureaux
lumineux mais plus petits qu'ils n'y paraissaient, encombrés de présences
assignées, où je n'ai pas ma place.
J'entre dans le vif du travail, du prêt et du retour, mais de manière si cloisonnée que je me sens une machine. Ici on renseigne et on inscrit au poste en face. Qui, si j'ai bien compris, n'est tenu que par des titulaires.
Alors biper des codes-barres le cul sur une chaise c'est bien joli mais j'ai le malheur d'avoir d'autres envies, d'autres besoins. J'ai eu l'impression qu'on me vidait de ma substance.
Alors très vite, j'ai eu envie de familier. Une
envie pure et forte, incontrôlable, insécable. L'envie de sentir une
odeur que je connais, de voir un visage que je connais. Cette impression que je n'ai pas de
"constante", et que par conséquent dans quelques minutes je vais devenir folle et saigner du
nez. A ce moment-là j'aurais tout donné pour voir passer la porte un habitué de mon
Aquarium. Même la pire des mamies. Même le pire des emmerdeurs.
Cela n'arrive pas. J'ai alors l'envie d'avoir un enfant, un bébé qui sentirait si bon que sa force me porterait toute la journée. Une odeur familière et chaude. Un peu sucrée.
Je m'attendais à des méthodes de
travail rigoureuses et à une ambiance chaleureuse. Au lieu de cela, des
chariots pas même préclassés et des agents qui jouent au Solitaire. Disons le mot : je suis déçue. Et forcément, je me dis que je n'ai peut-être pas fait le bon choix, que c'est bien fait pour ma gueule.
Toutes les nanas sont grosses, sauf une, qui marche sur la pointe des pieds parce qu'elle a des mini-talons. On dirait qu'elle a fait un pari et qu'elle a perdu. Elle ressemble au cliché de la jeune bibliothécaire, vieillie avant l'âge. Tournée en elle-même. Les autres doivent se régaler tous les midis des petits plats qu'offre la rue de la Sorcière. Je n'ai plus qu'à bien me tenir. Leurs culs me tournent la tête et m'assomment.
Milieu d'après-midi. Je reçois un mail d'Isa, qui n'est presque plus malade et qui me dit qu'elle passera ce soir.
J'attendrai cet instant comme une
délivrance, et quand elle arrivera, son parfum et son sourire seront un
réconfort infini. Elle m'attendra à la sortie puis m'accompagnera jusqu'à mon bus. Me promettra de revenir. If anything goes wrong, Isa will be my constant ?
Je sors du cours de théâtre plus tard que prévu. Une journée de 14 heures, c'est bien trop long. Je me couche avec l'impression d'être passée à côté de tout.
***
Aujourd'hui le réveil a sonné glauque comme un matin de rentrée blafard, après des rêves mouvementés et désagréables.
Sous la douche, une seule pensée : être mon propre patron, être mon propre patron.
On peut toujours rêver.
Les anciens rêves d'école artistique reviennent. Une salle pour Tink. Avec des miroirs et des barres et ses jolies musiques. Une salle pour D'elfe. Des murs noirs, des rideaux, des petits praticables. Une autre salle avec un tableau noir. Et une petite bibliothèque spécialisée. Une vraie école de fées.
Je pense aussi à la discipline que je devrais me mettre et écrire pour de vrai. Mais tant que je ne tiens pas le "quoi", je ne le pourrai pas, et ça n'en vaudra pas la peine. Pourtant.
Je pars en prenant bien soin de mettre ma bague de fiançailles à mon annulaire gauche, comme un talisman. J'ai besoin de sa protection. De sa constance.
Evidemment, la journée d'aujourd'hui s'est un peu mieux passée ; d'autres visages, des corps normaux. Je cherche à m'occuper. Mon pire ennemi sera l'ennui.
Isa m'écrit un autre mail aujourd'hui où elle me conseille de tout écrire, pour rendre tout moins désagréable. J'aimerais pouvoir...


















