22 juillet 2008
My so-called best friend
Il a été mon ami, mon frère, l'objet de mes désirs, mon co-rêveur, mon
co-cinéphile, mon meilleur ami en espérant plus, mon meilleur ami gay,
mon colocataire, mon ex-colocataire, l'objet de ma haine, puis, malgré
l'absence d'excuses ou d'explications, de nouveau mon ami.
J'ai été longtemps si proche de lui qu'il m'a été difficile d'accepter sa médiocrité, sa lâcheté, son égocentrisme.
Il m'a fallu une bonne ellipse, sans contacts, pour oublier tout ce négatif.
Et puis.
Des rendez-vous dans des cafés.
Des cadeaux d'anniversaires mutuels dans des petits restos.
Des séances photos de vacances - surtout les siennes.
Des esquisses de nouveaux projets cinéma à deux.
Et puis.
Une fête d'anniversaire à laquelle je l'invite, une bonne excuse. Et
puis une autre. Une autre excuse, moins bonne. Et puis je ne sais
quelle autre festivité, et une autre excuse fumeuse.
J'aurais
dû me douter, puisqu'au lycée tout avait commencé comme ça. La fête de
Fanny en fin d'année. Moi dans ma plus belle robe achetée pour
l'occasion, lui invité dans un but assez clair. Ses promesses de venir,
ses sourires, jusqu'au dernier moment. Et finalement, moi, seule, en
tête à tête avec un mec qui me drague en laissant couler sa bière sur
mes bras. Mon désespoir sur les rives du lac avec les potes cyniques.
A cette époque déjà j'aurais dû ne pas pardonner, me détacher. Cela m'aurait évité beaucoup de déceptions.
Aujourd'hui, je crois que je ne parviendrai pas à pardonner, ce mail, ce mail immature prétextant des vacances prévues - alors que, me méfiant, je l'ai prévenu au téléphone des mois auparavant et qu'il m'avait assuré de sa présence. Il ajoute maintenant avec un humour douteux que bon, l'important c'est aussi les cadeaux et me demande, avec force points d'exclamation, de lui envoyer ma liste de mariage. Pas de chance. Pas de liste. Je crois qu'au fond je ne veux plus rien de lui de toutes façons.
Je réfléchis à ma colère et je constate qu'il n'a jamais voulu
venir. A aucune de ces invitations, il n'a jamais prévu de dire oui. Et
pour autant il n'a jamais eu le cran (si tant est qu'il faille du cran
pour ça ?) de dire simplement non. Clairement et gentiment.
Evidemment, derrière tout ça, se cache en filigrane le fait que, de même,
il n'ait jamais voulu de moi, mais qu'il me l'ait laissé croire,
longtemps, jusqu'au dernier moment. Jusqu'à ce que je trouve quelqu'un
pour me sortir de là - histoire d'ailleurs condamnée d'avance vu mes
motivations premières. J'y ai une part de responsabilité et je
l'accepte. Lui, s'en est-il seulement rendu compte?
L'enterrement de vie de jeune fille est quelque chose de tellement
con en soi - la jeune fille, elle vient avec moi, désolée - que je n'ai
vraiment pas prévu d'organiser ou de faire organiser quoi que soit dans
ce sens.
Néanmoins, puisqu'on parle d'enterrement, j'avoue qu'il y en a un ou
deux que j'aimerais ensevelir, très profond, dans la terre, ou
incinérer, faire disparaître, éparpiller, pour ne plus avoir en moi
cette haine qui me consume et me fait me sentir moins que rien alors
que je devrais être la princesse du moment.
Clementine. Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Une fille un peu
timbrée avec des cheveux oranges qui ne va pas bien et qui ne sait pas
pourquoi. La raison, c'est qu'on lui a effacé certains souvenirs, à sa
demande. Mais l'âme humaine n'est pas si simple.
Moi aussi j'ai effacé.
Et régulièrement, le malaise revient. La haine. Sans que je sache trop d'où.
"Oui, j'y voyais clair soudain : la plupart des gens s'adonnent au
mirage d'une double croyance : ils croient à la pérennité de la mémoire
(des hommes, des choses,
des actes, des nations) et à la possibilité de réparer (des actes, des
erreurs, des péchés, des torts). L'une est aussi fausse que l'autre. La
vérité se situe juste à l'opposé : tout sera oublié et rien ne sera
réparé. Le rôle de la réparation (et par la vengeance et par le pardon)
sera tenu par l'oubli. Personne ne réparera les torts commis, mais tous
les torts seront oubliés."
Milan Kundera, La plaisanterie
[La robe a resservi, et comment, Dieu merci]
03 juin 2008
I saw the sign
[De tout ce que je pourrais avoir à raconter, c'est ça que je choisis en premier.]
Finalement, après tout ce temps, je l'ai retrouvée. Sur ce site impersonnel où parcours scolaire et parcours professionnel nous apprennent à la fois tout et rien sur nos "copains d'avant". Juste un mail, comme d'habitude, 12 nouveaux inscrits et 38 fiches mises à jour, que j'ouvre et parcours, comme d'habitude, sans jamais penser à elle, à vrai dire, mais plutôt machinalement. Son nom est tellement commun que je ne crois pas même que ce soit elle lorsque je clique dessus. Mes recherches passées (à peu près une par semaine depuis des années je crois) n'ont jamais rien donné, j'avais (presque) fini par abandonner.
Et puis, une photo. Un visage. Je reconnais son front, en premier, ce grand front sans frange, ce grand front rond. Le reste, je ne le reconnais pas. Une coiffure courte. Un sourire large et malicieux, presque pas timide. Du rouge à lèvres rosé. Du rouge à lèvres qui ne fait plus ridicule sur elle, comme c'était le cas quand nous étions de grandes petites filles qui jouions avec le maquillage de ma sœur. Un rouge à lèvres de femme active. Je vois en elle sa mère. Je vois sa sœur. J'en déduis que c'est elle, bien elle.
Et puis je vois ses yeux. Je les regarde et alors d'un coup je les reconnais. Je les avais oubliés, ces yeux-là. Les yeux qu'elle avait lorsqu'elle riait, de bon cœur, lorsque nous avions moins de dix ans et que nous jouions toute la journée aux Playmobils. Je les avais oubliés parce qu'avec la séparation, je ne les ai plus connus que tristes, mélancoliques, perdus. Puis je ne les plus imaginés que pleins de colère et de désespoir, à travers ses dernières lettres auxquelles je ne répondrais plus.
Peut-être qu'une part de moi espérait qu'elle pleurait toujours sur moi, que je l'avais laissée inconsolable.
Mais finalement.
Elle est vivante. Elle sourit.
Elle a l'air heureuse.
[Je crois que quelque part une permission s'est libérée.]
12 mars 2008
Ecrin et guirlandes de fleurs
Ces trois heures de prêt du matin sont longues et pénibles par leur alternance de suractivité et de calme plat.
Plus tard dans les bureaux, je me demande pourquoi cette bibliothèque me fait l'effet d'une illusion dont je ne ferais pas partie. D'une sorte d'écrin doux où pourtant tout me semble aigu et contondant. Il y a pourtant beaucoup de petits détails que j'apprécie ici. J'aime les livres de poches, qui sont propres et lisses, qui
glissent sur les étagères et se rangent presque tous seuls. J'aime les
prendre, les faire se toucher, sentir leur épaisseur, leur volume, les
ouvrir, sentir mes doigts, et mes ongles, contre le filmolux souple et rigide à la
fois.
Tant de détails qui importent. Tant de choses douces.
Mais jamais le frisson, celui de la nuque. Celui qui pourtant se déclenche par les matières... et par les mots aussi, par des présences. C'est peut-être ça. Dans l'Ecrin je ne ressens pas de présences, tout le monde est fugace, en partance.
Le cuisinier, un des vieux emmerdeurs habitués de l'Aquarium que je mentionnais l'autre jour, qui est venu la semaine passée - je crois, surtout pour me voir -, revient régulièrement. L'autre jour il a monté les étages pour venir me serrer la main en salle de lecture. Aujourd'hui il me dit qu'ici c'est mieux pour les journaux. Je ne peux pas le contredire. D'un côté je suis touchée par sa sollicitude ; il me demande si ça se passe bien ; et en même temps je sais qu'il ne va pas tarder à m'emmerder, à me parler de ses fils qui bien sûr sont des incapables car ils ne trouvent pas de travail, à venir me parler toutes les deux minutes, et à grignoter, petit bout par petit bout, des morceaux de ma bulle.
Les mails d'Isa sont toujours comme des petites fleurs, mais je commence à ne plus savoir quoi en faire. Son dernier mail se conclut par un numéro de portable, ce qui, cela étant, est tout à fait pratique. Je me dis que si Isa était un garçon, jamais je n'aurais laissé les choses aller dans cette direction - à tort ou à raison. Je ne suis pas le genre de fille qui mentionne son fiancé dans les premières phrases de la première conversation. A tort ou à raison. C'est si rare, les gens qui ne sont pas méfiants, qui ne posent pas de barrière grillagée, "pour que les choses soient claires". Parfois je le suis. Parfois j'ai eu tort. Parfois j'ai eu grandement raison. Alors je ne sais plus trop quoi faire.
S'il faut poser une barrière, je voudrais au moins qu'elle ait la délicatesse d'être une guirlande de fleurs.
24 octobre 2007
Find Friends

Entre Facebook, MySpace, Copains d'avant, les blogs des uns et des autres, c'est devenu super facile de retrouver des amis, de faire des pages avec tes goûts, ta vie, tes conneries, et de voir ceux des autres, voir ce qu'ils sont devenus, te réjouir de voir que la sale pétasse de lycée est devenue une superbe 'hometown loser', exactement comme tu l'avais prédit, t'étonner de certaines carrières, de certaines photos, frémir en lisant certains noms.
Et pourtant, j'ai beau écrémer ces sites, me créer des milliers de comptes avec des milliers de mots de passe que j'oublie, je n'arrive pas à la trouver, elle. Les Pages Jaunes, Google, rien n'y fait, je ne sais même pas où elle vit, ni ce qu'elle fait, ni si elle vit tout court.
Je l'ai abandonnée, il y a longtemps maintenant, et ma tête est pleine de ces filles que j'ai abandonnées avant de trop souffrir ou pour ne pas avoir à leur parler ou parfois sans raison, et je voudrais bien savoir où elles sont, où elles en sont. Elles.
Rien de tout cet univers de débauches de connexions et de réseaux ne peut m'offrir cette trace-là.
J'ai gardé le basilic. Il n'y a plus qu'un plant. J'ai jeté tout le reste.
09 juillet 2007
Bittersweet
C'est, par certains côtés, un peu triste de penser que certaines personnes n'ont de mes "nouvelles" que par ce blog, qui est pourtant, de ce côté-là, mine de rien, quand même assez peu détaillé et assez peu explicite. [Encore que, il devrait probablement l'être moins, justement.]
C'est, par certains côtés, assez triste aussi d'avoir des nouvelles d'autres gens par d'autres blogs et uniquement par là. De savoir par ce biais-là et uniquement par là que Miss a invité "tout le monde" (pour le dire vite) sauf toi. De tout de suite chercher des tas de raisons qui pourraient l'expliquer de manière rationnelle. Et de ne pas vraiment en trouver. De penser alors à appeler Untel et Untel pour savoir, mais se dire que putain non, y'en a un peu marre qu'ils jouent TOUJOURS les intermédiaires.
Laisser pourrir. Au fond. Avec le reste.
C'est, par d'autres côtés, aussi assez révélateur.
Je suppose.
J'oublierai vite.
[D'abord l'amertume, ensuite le sucré. C'est tout moi.]
The names are never spoken, the curse is never broken...
17 mars 2007
We've got to talk
Je n'écris pas parce que je n'ai pas le temps, je n'écris pas parce que j'ai plein d'idées quand je bosse mais si j'ai 5 minutes chez moi je n'arrive plus à trouver les mots [enfin si, les mots, si, mais pas les sensations] ; je n'écris pas parce que j'ai trop de choses à dire ; je n'écris pas parce que je n'ai rien à dire.
Mais de temps en temps, je n'écris pas parce que je veux parler de quelqu'un de mon entourage. De quelqu'un qui me lit, ou qui connaît quelqu'un qui me lit.
Et je ne le fais pas pour différentes raisons : soit parce qu'on me l'a reproché une fois et qu'on m'a dit que c'était pas bien, soit parce que ça m'embarrasse, soit parce que c'est délicat.
Ainsi, je ne parle pas beaucoup de Magic Man, parce que le Pingouin me lit. Je ne parle plus de Ghislain parce que Mona Robinson me lit et qu'on m'a dit que c'était vilain. Et l'autre jour, je voulais écrire quelque chose sur Tink, et puis j'ai plus eu le temps, et puis entre temps Tink est devenue une lectrice, alors j'étais gênée et j'ai plus osé.
Au fond c'est stupide, et je le sais bien.
Alors du coup, je vais l'écrire.
Ecrire que j'ai récemment découvert pourquoi j'appréciais C, une de mes collègues, pourquoi j'aimais être en sa présence, pourquoi j'aimais qu'elle m'explique des choses, qu'elle me raconte des trucs en rigolant. Déjà parce qu'elle faisait partie des plus jeunes de l'équipe, c'est sûr, ça compte, parmi les momies et les aigries [mais non, en fait y'en a pas taaaant que ça.] Et puis un jour, je l'ai entendue rire au loin, et là ça m'a frappé. Le rire de Tink, le même, quasiment. Et là tout s'est déclenché, C a le même accent, un peu la même voix (même si pas tout à fait), et quand elle parle sa scintille et ça chantonne et ça vient de plus bas. C'est mélodieux et souriant.
Et C a eu sa mutation, et jeudi dernier elle est partie dans une autre bibliothèque pas très loin mais en tout cas elle n'est plus là. Plus là pour m'apporter son petit rayon de soleil sonore et pour me rappeler cette petite jeune fille à l'autre bout du monde qui me manque toujours - elle et son zouzou.
Et puis hier, chez Ghislain, quand il m'a parlé de son ordi qui rame et qu'il a dit qu'il allait demander à N d'y jeter un oeil, eh ben j'ai pensé à l'autre N. Le zouzou de Tink. Qui n'est plus là pour jeter des yeux aux ordis pourris de ses amis, mais voilà voilà j'y peux rien, le premier truc que j'ai pensé, c'est N dans son appart de Gare du Nord avec ses ordis ouverts et ses manips sans fin pour guérir nos petits appareils malades, avec la gentillesse qui le caractérise.
Internet c'est bien, et c'est super cool de pouvoir voir les zouzous et leur parler, avec 12 heures de décalage, mais parfois c'est juste dur de ne pas pouvoir les inviter à une soirée ou leur proposer un ciné ou manger toujours les mêmes trucs dans un Paradis du Fruit.
Et de penser combien c'est différent, eux et Magic Man. Toute l'amitié du monde, sans a priori, sans sous-entendu, sans poids du passé ni "Untel va être vexé si on lui parle".
Dîner hier chez Ghislain c'était un rayon de soleil aussi quelque part. Parce que je me disais que revoir Ghislain, même seul à seule, c'était peut-être un pas vers autre chose. Vers un temps où je pourrai de temps en temps aller à des soirées organisées par mes amis avec mon copain, comme les filles normales. [Enfin, je veux dire, y aller sans provoquer l'absence de Ghislain et, en clair, avoir l'impression de foutre la merde.] Où je pourrai parler de lui sans créer un blanc ou une gêne dans la conversation. (Et pourtant même le Pingouin a dépassé cette étape-là).
Mais en fait je ne crois pas pouvoir compter sur ça, ça me fait si peur d'être déçue, peut-être.
Et puis faut bien avouer qu'à force, ces trucs-là aggravent ma schizophrénie naissante, forcément. Une impression que tout serait plus simple en en sacrifiant un bout.
Et pour finir. Magic Man. Le creux dans le ventre qui m'accompagne toute la journée parce que je ne l'ai pas assez senti écouté touché respiré câliné embrassé hier.
Un truc aussi obsessionnel que les sentiments unilatéraux (donc forcément auto-nourris) qu'en général je ne ressentais que pour les garçons dont j'étais amoureuse plus jeune. Eux ne m'aimaient pas parce qu'ils 1/ne savaient pas que j'existais 2/ne pouvaient même pas savoir que j'étais amoureuse d'eux tellement j'étais timide 3/étaient gays sans le savoir. [Enfin non, j'exagère, y'en a eu qu'un dans la dernière catégorie.]
Le ventre qui bouge et la tête qui tourne et sa peau dans ma tête.
Le manque, à l'état pur.
Crave.
11 janvier 2007
Les prendre et les poser
Mes mains ont tremblé, avant d'appeler Ghislain l'autre jour, elles ont tremblé comme elles tremblaient quand j'avais 14 ans et que je devais aller parler à quelqu'un, elles tremblaient plus que maintenant quand je dois passer un entretien d'embauche.
Quand il a décroché ça m'a fait un petit coup, et je ne savais pas quoi dire, parce que c'est mon nouveau truc ça aussi, de ne plus préparer mes phrases avant de parler. Du coup je ne sais plus trop parler mais c'est pas grave. C'est un peu dangereux mais je préfère. Puisque de toutes façons même quand je passe des heures à préparer ce que je dis, ça ne me garantit rien.
Quand il m'a dit que non, il ne m'en voulait plus, ça m'a fait une sorte de flux, une petite fébrilité plutôt agréable.
Même si je ne comprends pas. Toujours pas.
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Quand j'ai vu tous ces gens qui sont mes amis mais qui normalement évoluent dans des univers bien séparés, ça m'a procuré une joie assez unique. Unique parce que tout ça me semblait naturel. Naturel et joyeux.
Je suis rentrée chez moi en me disant que c'était facile et que la vie était belle parce que désormais ça allait toujours être comme ça.
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Parfois je me sens comme une femme trompée qui malgré tous les efforts qu'elle fait ne parvient jamais à chasser le doute de son esprit. Des petits mots qui passent, ou des petits mots qui ne passent pas, sur lesquels j'accroche toutes mes inquiétudes et tous mes sensations de rejet, et j'ai beau me dire Non puisqu'il me l'a dit en direct, c'est que ça doit être vrai, mais tout au fond il y a une petite miette qui reste, qui ne se décolle pas, et je ne vois pas de raison à ma non-présence quelque part autre que, tout simplement, le fait qu'on ne veuille pas de moi.
Alors que je sais bien que ce n'est pas vraiment vrai.
Mais quand même.
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La douceur de ces jours de repos. La sensation de travailler 35 heures par semaine rien que pour en arriver là. Dans un cocon doux et tellement sucré que ça ne doit pas exister ailleurs.
Je devrais oublier tout le reste, garder les mots gentils, chasser les pensées bleues, imprimer partout les moments de grâce pour ne pas les perdre.
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Le plaisir inédit de savourer le plaisir de rentrer du boulot.
Ne pas rentrer vidée, ni déprimée, ni suicidaire.
Rentrer fatiguée. Juste fatiguée. Avec la permission de ne plus y penser jusqu'au lendemain matin.
Ne pas avoir envie d'y aller le matin mais ne pas se détester de faire ce boulot-là.
Mon Dieu que ça fait du bien.
[Les profs méritent une médaille.]
02 janvier 2007
Plouf
En général quand je sais que je vais aller chez le médecin, je fais un effort sur les sous-vêtements, j'évite le truc troué ou le string violent, et si possible je prends quelque chose de joli et d'assorti. Ce matin, vu que c'était la médecine du travail, je ne sais pas pourquoi, j'ai oublié.
Et c'est là que je me rends compte que je glisse sur la pente des vraies filles puisque même en ayant oublié, j'avais une culotte et un soutien-gorge coordonnés.
Quand le mec qui passait avant moi est revenu vers son pote en lui disant "C'est rien ça va vite, il m'a même dit de garder mon T-shirt", je me suis dit que c'était cool et que comme ça j'étais tranquille. Mais bizarrement quand je suis entrée dans le bureau du médecin, ses premiers mots, après Bonjour, ça a été "Posez vos affaires sur le lit et mettez-vous en sous-vêtements."
Forcément.
Y'a eu la radio des poumons aussi, j'avais jamais fait, je n'ai jamais compris comment j'y avais échappé d'ailleurs vu que tout le monde était censé y passer à la fac. Mais bref. Du coup je n'avais pas réalisé que pour faire une radio des poumons bah il fallait être torse nu devant une poignée de gens dans un petit espace clos. (Oui parce que torse nu dans un grand espace pas vraiment clos devant une foule j'ai déjà fait et c'est pas très effrayant en fait). Et au fond c'était assez amusant aussi, je crois que je ne suis pas très pudique en fait.
La première plongée dans l'Aquarium, à côté de tout ça, c'était plutôt tranquille. Faut dire qu'une équipe de fonctionnaires un 2 janvier, ça fourmille pas de stress et de dynamisme. Je me retrouve donc chez moi pour profiter d'une presque demi-journée de vacances en rab.
L'Aquarium est spacieux mais pas très joli. J'ai une jeune collègue Poissonnette comme moi qui est plutôt sympa, du genre à porter des Camper, une sorte de pashmina rose toujours autour du cou, et à fumer des Camels. Et elle ressemble vaguement à Fleur.
Il y a quelques vieilles poissonnes, certaines douces, une autre un peu revêche. En deux minutes on voit déjà les clans, les petites mesquineries. Il va falloir que je reste bien loin de ça, parce que ça va m'épuiser très vite.
Poissonnette a une copine, c'est d'ailleurs la fille à qui j'ai transmis mon CV, et j'ai même fait un effort, parce qu'on est le 2 janvier, et je suis allée manger un brin avec elles et c'était plutôt cool.
Et j'invite plein de gens à prendre un verre samedi pour mon anniversaire et même qu'il y en a quelques-uns qui viennent alors que je pensais qu'il n'y en aurait que 2.
Je ne veux pas avoir 27 ans, je veux rester un bébé poisson qui frétille. 27 ans soyons clairs ça pue. C'est nul. Comme l'atteste le cadavre de ma carte Imagin'r à ma gauche et ma carte 12-25 à ma droite, qui n'a plus qu'un jour de validité. Plus qu'un jour à 50%.
Où aller ?
14 décembre 2006
Fanny
J'entrais en 1ère L, j'allais être avec plein de filles inconnues, mais j'avais déjà mon "groupe", celui des filles de 2de7 et de 2de6 qui faisaient du théâtre. C'était le jour de la rentrée, et, c'est bien connu, les filles, ça papote, ça médit, ça griffe aux yeux et ça crie. Là c'était encore le stade des papotis légèrement médisants. Des pronostics sur qui serait dans notre classe, des "il paraît que", des "on m'a dit qu'elle".
Et puis elle est passée à côté de nous. Le long de l'une de ces balustrades bleues qui structuraient mon lycée et lui donnaient une allure de bateau. Un parfum l'a suivie, un parfum lourd, Angel de Thierry Mugler. Le silence aussi.
Quand elle s'est éloignée, les autres filles ont recommencé à parler, à parler d'elle. "Il paraît qu'elle va être dans notre classe, on m'a dit qu'elle s'appelle Fanny". "Il paraît que c'est une vraie salope." "On m'a dit qu'elle était pas sympa du tout, que c'est une sale conne".
Déjà à l'époque, je n'avais pas trop d'affinités avec les salopes et les connes, alors je me suis méfiée, j'ai suivi les avertissements de ma meute et je ne lui ai pas trop parlé.
Comment se sont déroulées les choses, je ne sais plus. Je crois que ça a commencé autour d'une table de travail au CDI, il n'y avait plus de place et j'ai dû m'asseoir à la sienne, avec deux crétines. Je ne l'avais jamais approchée d'aussi près, je n'avais jamais senti Angel avec autant d'intensité, je n'avais jamais pu voir que le fond de teint qu'elle portait en généreuse couche servait essentiellement à masquer une peau imparfaite. Je n'avais jamais vu que de près, ses yeux noircis de mascara ressemblaient à deux papillons bruns, je n'avais jamais remarqué qu'avant de parler, elle serrait ses deux lèvres l'une contre l'autre, comme pour étaler, une fois de plus, son rouge à lèvres, et que ce petit mouvement trahissait une fragilité que je n'avais pas soupçonnée.
Les deux crétines faisaient des exercices de maths. Fanny et moi étions les deux meilleures de la classe, dans quasiment toutes les matières. Mais elle avait, en plus, la féminité et la beauté. J'étais jalouse. Et pleine d'envie.
Fanny aidait Sophie à son devoir à la maison, lorsque la discussion dérive sur Stéphane, un jeune pion, beau et mystérieux dont Fanny, j'avais cru le comprendre, est un peu amoureuse. Sophie lance, avec la fierté d'une apprentie connasse (car elle connaît probablement les sentiments de Fanny), qu'elle a passé la soirée du samedi précédent avec lui. Alors, à côté de moi, j'ai l'impression se sentir une surface d'eau qui se glace, je tourne mon regard vers Fanny et je vois son regard se durcir et s'animer des flammes de l'enfer. Ca dure une seconde, et, une mouvement de lèvres plus tard, tout à disparu. Elle l'aide à finir son exercice, mène une démonstration parfaite et cohérente. Je l'écoute. Tout est absolument faux. Elle me lance un regard en coin, ni un appel, ni un clin d'oeil complice, juste un regard. Je hoche la tête pour approuver son résultat auprès de Sophie. Le lien est créé, minuscule et tacite.
Dès lors, intriguée par toute cette fragilité et par cette puissance intérieure et vengeresse que je ne connais que trop bien parce qu'elle m'habite en permanence, je vais peu à peu me rapprocher, même si je ne sais plus trop comment ni en combien de temps.
Peu à peu, je me détournerai de Fleur qui me fatigue avec son implication dans des cercles de discussion philosophico-politico-sociologiques. Je resterai avec Fanny, qui s'ouvrira jour après jour de sa passion pour Stéphane, et avec qui je parlerai de mes fixations éternellement inassouvies sur des garçons que je choisis inaccessibles. Je resterai avec Fanny qui sent bon. Je resterai avec Fanny qui est belle, et avec qui, dans la rue, je me fais arrêter par des inconnus. Elle me fera croire que je peux être jolie. Je prendrai le même fond de teint qu'elle. Nous ferons équipe en escalade et nous nous hisserons vers la tête de classe, moi qui étais nulle en sport. Je découvre que je suis capable d'autre chose. Après le sport, nous resterons toujours, après les autres, dans ce petit cabinet des vestiaires du gymnase, pour nous remaquiller. Elle avec son gros crayon à lèvres donc je vois encore la texture, moi avec mon mascara noir. Mes jours préférés, ce sont les jours où elle porte sa robe rouge bordeaux. Une robe longue qui est entièrement boutonnée par devant et qui lui donne l'air d'une sirène. Nous ferons tous nos devoirs ensemble, moi qui ai toujours détesté bosser au lycée. Je la vampirise un peu, je crois. Je prends tout ce que je peux de cette féminité qui déborde d'elle, de ces gestes innocemment sensuels. J'absorbe. Je me demande ce que je lui apporte en échange, moi qui n'aurais jamais cru pouvoir être appréciée d'une fille aussi belle, libre, cool et intelligente. Mais le fait est qu'elle m'adore, qu'on s'adore. Je suis avec elle au rez-de-chaussée en cette journée de mai où JN croise notre chemin pour lui parler. C'est elle qui m'apprend qui il est, c'est elle qui me poussera à oser sympathiser avec lui, c'est elle qui me dira que j'ai toutes mes chances. On écrira des pièces de théâtre ensemble sur son Mac. (Bien sûr, on ne les finira jamais.) C'est elle qui invitera JN à sa fête d'anniversaire, juste pour moi, et c'est pour elle autant que pour lui que j'achèterai cette robe noire avec une rayure blanche.
En terminale les choses s'altèrent, son copain (qui n'est pas Stéphane) prend de plus en plus de place. Et puis un jour, une dispute, une vraie. Je ne sais plus pour quelle raison. Des raisons de filles. De filles et de garçons. On s'insulte je crois. Je crois bien qu'elle m'a traitée de salope, et que je ne sais pas pourquoi. Je ne la comprends plus. Ou alors c'est juste que j'ai pris ce que j'avais à prendre, que JN est ma priorité et que je n'ai plus besoin d'elle. Je ne sais pas. (Mais je crois bien que c'est ça.)
Quand j'ai vu pour la première fois Rachel McAdams dans la bande-annonce de Mean Girls, l'électro-choc qui s'est produit dans mon être était dû à Fanny, qui est aussi brune que Rachel est blonde, dont la peau est aussi mate que celle de Rachel diaphane, et pourtant, et pourtant. Une étincelle dans le regard, un sourire large et franc, et surtout, cette petite chose bien particulière que dégagent ces filles qui ont les gènes d'une homecoming queen.
Aujourd'hui Fanny est institutrice dans un bled paumé de la région où nous habitions, et elle vit avec un mec qui a l'air d'un beauf et qui semble avoir éteint tout ce qui brillait en elle.
C'est souvent comme ça qu'elles finissent, les stars du lycée. Mais pour elle j'aurais voulu autre chose.
Parfois j'aimerais l'appeler, pour savoir si elle porte encore Angel. Juste ça. Ce parfum que je détesterais si elle ne l'avait pas porté. My favourite flavour.
08 décembre 2006
Surhumain

Je croyais que je n'y arriverais pas, déjà, à accepter l'invitation à cette fête, invitation faite par - nous l'appellerons Ghislain - une sorte d'ex-ami avec qui tout est si inextricable, compliqué et simple à la fois que je ne comprends toujours pas très bien où j'en suis moi-même. Finalement je n'ai pas longtemps hésité parce que le Birthday Boy était bien plus important que toutes ces conneries.
Je croyais quand même que je n'y arriverais pas, à lui répondre normalement, à Ghislain, quand il m'a demandé des petits services, alors qu'il y a quelques mois, il en était à, je cite, ne pas venir à quoi que ce soit que j'organiserais. Finalement je n'ai pas longtemps hésité non plus parce que, outre que la cause était bonne, je ne sais jamais vraiment refuser quand on me demande quelque chose. Et puis je l'avoue, j'ai eu un moment où je me suis dit que, peut-être, c'était une tentative de pas vers une réconcialition tiède. Bon je ne l'ai pas pensé longtemps.
Je croyais par-dessus tout que je n'y arriverais pas, à être naturelle et amicale en vrai avec lui. Et à ne pas lui en vouloir de la présence de sa volaille de collègue, que je m'étais pourtant juré de ne pas revoir, à moins d'en profiter pour mettre au clair avec elle deux-trois trucs à propos de sa connerie, même si, selon Ghislain, elle ne les aurait pas compris de toutes façons. [C'est beau l'amitié.] Ne pas lui en vouloir de la présence de cette volaille et aussi de l'absence de Mr Féloïde, officiellement parce que quand un ex est présent à une fête, on invite pas l'actuel, mais quand même, ça les a bien arrangé, Ghislain et sa volaille, de se reposer sur ce principe.
[C'est amusant comme dans d'autres circonstances ça devrait être avec l'ex en question que ma présence à cette fête soit un problème.]
Eh bien j'ai été exemplaire, je crois, avec ma belle robe transparente - mais pas vraiment - et mes cheveux qui ont perdu le rouge des premiers jours mais qui prennent un joli orangé par endroits. Bon je n'ai pas dit bonjour à la volaille mais ça ne s'est pas entendu, et j'ai réussi à l'éviter toute la soirée - parce qu'il ne faut pas déconner quand même - mais sans que ce soit visible, tout du moins pas pour ceux qui n'étaient au courant de rien. J'ai été parfaitement naturelle et amicale avec Ghislain, riant à ses blagues, jouant la complicité d'autrefois, tout ça. Parce qu'au fond c'est facile.
Mais surtout, poussée par je ne sais quelle force, je crois que j'ai parlé à tout le monde. (Enfin tout le monde moins 1, mais ça ne compte pas.) Moi qui en général me cantonne aux gens avec qui je m'entends réellement bien, là non, j'ai voleté de groupe en groupe, sans négliger ni les personnes de petite taille ni les squatteuses de canapé ni les geeks alcoolisés. En toute sincérité et avec plaisir, en plus. Faut croire que je grandis.
Et après coup, je me sens plutôt triste qu'autre chose pour Ghislain. Je ne sais pas si c'est de la mégalomanie ou quelque chose de plus grave, mais je le pense réellement malade. Et c'est pas cool. Même si ça ne me concerne plus.

















