Coccinelle et Clémentine

... et autres personnalités d'une schizophrénie naissante

31 mars 2008

Un peu du pourquoi

En disant tout haut mon âge l'autre soir, j'ai encore une fois été prise au piège de l'Angoisse, celle qui me fait penser que ma course vers la mort est bel et bien entamée, que rien ne l'arrêtera, et que je vais avoir de moins en moins le temps de savourer les moments présents.
Il y a 10 ans j'avais 18 ans, je vivais indépendante depuis plus d'un an, je n'étais pas forcément sentimentalement très équilibrée mais enfin je savais que j'avais encore toute la vie devant moi. Professionnellement j'étais plutôt dans le flou, dans la non-envie (à part le rêve d'être une sorte d'actrice-scénariste internationale), mais j'étais étudiante, avec ce que ça suppose comme liberté intellectuelle, comme temps libre, comme curiosité de tout, comme ouverture entière et pleine sur le monde.
Aujourd'hui ce serait idiot de dire que ma situation est plus mauvaise puisque c'est faux. Tout est mieux, tout est plus rassurant, l'instabilité a fait place à un début de plénitude.

Mais parfois, il suffit d'un rien, d'une réminiscence, par exemple celle de l'heure du bain, il y a plus de 20 ans, le dimanche soir, après Cat's Eyes et avant Benny Hill, à l'époque où je pouvais tenir entière dans la baignoire sans avoir à plier le moindre membre, où quelques bateaux et quelques playmobils suffisaient à créer un océan tumultueux où les aventures étaient sans limites et où mon esprit d'enfant partait, loin, très loin, derrière les montagnes de mousse et les tourbillons de la bonde, où j'étais un dieu tout-puissant, glissant contre les parois et rendant tout possible, où chaque minute était élastique et extensible à l'infini. Aujourd'hui je regarde le bout de mes doigts fripés par l'eau, détail qui me fascinait petite et qui aujourd'hui m'inquiète vaguement : est-ce que ce sera à ça que je ressemblerai, des pieds à la tête, quand je serai vieille ?

Tant d'instants perdus que j'ai envie de retranscrire par les mots, pour ne pas les perdre, pour ressentir un peu d'un pouvoir illusoire contre cette fin inexorable. Mais j'aurais aussi aimé avoir davantage écrit sur le moment, pour retrouver plus tard la sensation intacte, ou presque. Alors voilà, ici parfois je dis juste un peu de ce quotidien inintéressant à tous sauf à moi. Pourquoi ici, je ne sais pas, il y a probablement un peu d'exhibitionnisme, et aussi la croyance que ceux que ça n'intéresse pas du tout peuvent passer leur chemin. Pour éviter aussi que, quand le jour sera venu pour moi d'écrire à nouveau "pour de vrai", mes mots soient parasités par des considérations nombrilistes et égocentriquement affligeantes. L'un n'empêchera peut-être pas l'autre. Mais je revendique haut et fort ce droit à la frivolité et à la médiocrité. Ce qui ne compte pas pour vous comptera pour moi... C'est, ça aussi, égocentrique et affligeant, mais malheureusement assez vrai.

C'était un peu du pourquoi.

De toutes façons si Canalblog continue à nous inonder de Google Ads comme ça il se peut que je m'évapore dans la nature, moi, mes coccinelles et mes clémentines.

PS pour Laetitia et ceux que ça pourrait intéresser : http://www.billetreduc.com/20421/evt.htm

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06 mars 2008

Les voeux du jeudi

J'aimerais bien être capable d'écrire des choses jolies, ou alors tout du moins retrouver une sorte d'innocence bloguesque, comme quand je n'en avais rien à foutre de qui me lisait (parce qu'à part lui, y'avait pas grand-monde à vrai dire), quand je me sentais libre de dire un peu tout ce que je voulais, ou presque - et pour le presque, j'avais un blog caché où j'ai dû poster 3 messages mais ces 3 messages sont quelque chose de très fort à mes yeux. Même si l'un d'entre eux a provoqué un drame.

J'aimerais retrouver l'insouciance de ma vie d'étudiante. Rue de la Sorcière, je peux vous dire qu'ils sont drôlement insouciants, les étudiants, et ils ont bien raison, et je les envie. J'aimerais qu'un tas de choses anodines m'arrivent, et j'aimerais avoir le temps de les penser, puis de les écrire.

J'aimerais écrire de nouveau comme j'écrivais au tout début de ce blog. J'aimerais chasser les hontes, les ambitions, et les lecteurs aussi. L'envie que vous m'aimiez tous et l'envie de tous vous envoyer vous faire foutre si vous n'êtes pas contents. Que vous soyiez moins nombreux. Mais tout sauf parler dans le vide.

***

J'ai souvent cru que j'aimerais effacer le Sourd de ma vie, finalement non, ce n'est pas ça le problème, j'ai quasiment tout oublié de toutes façons ; le problème c'est ses souvenirs. Oh il ne doit plus en avoir beaucoup. Mais quand même. Les souvenirs de l'autre, tout ce sur quoi je n'ai aucune prise. Et aucun droit. Et ses souvenirs à elle aussi, elle doit en avoir, c'est obligé. Et j'aurai beau être mariée et tout ça, tous ses souvenirs avec lui lui appartiennent et pour toujours, je n'y ai aucune prise. Et aucun droit.

***

Le troisième jour elle obtint son caisson de tiroirs avec son prénom imprimé noir sur fond vert collé dessus. Ainsi qu'une paire de ciseaux neuve, un grattoir neuf, un bic bleu à pointe rétractable, et un cutter large.
Tout ça grâce à un repas à la cantine avec une grosse. [On n'a rien sans rien.]
C'est idiot et petit bourgeois, cette sensation d'aller mieux suite à l'illusion de la propriété privée.

grattoirbic

Mais le fait est.

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22 février 2008

pas de titre

Combien de fois j'ai rêvé, depuis ces dernières semaines, de quelques jours de congés, ou de me faire porter pâle, n'importe quoi, pour quelques jours de liberté, échapper à mes horaires de travail et avoir du temps pour moi.

Tu l'as voulu, tu l'as eu. Deux jours d'arrêt et pourtant oui, je vais trouver à me plaindre. Le cou dans un étau, le corps quasiment saturé de médicaments puisque entre le traitement de fond de tous les jours (alourdi encore depuis lundi dernier), le traitement pour ce putain de cou, et celui pour ce petit rhume, tout cela fait beaucoup. Et même si certains moments ça m'offre une douce euphorie, malheureusement c'est loin d'être la majorité des cas. Au lieu de deux jours de glande bienheureuse, c'est deux jours pourris, à ne pas pouvoir faire grand-chose. Dormir, ça va bien un moment, et ça fait mal au cou. Regarder la télé, mal au cou. Lire un gros bouquin trop lourd, mal au cou. Jouer à la DS, mal au cou. Surfer sur le net, la souris dans la main droite, mal à l'épaule (dû au mal de cou).  Taper des textes inoubliables, mal au bras puis à l'épaule puis au cou.
On ramollit mes muscles pour qu'ils ne souffrent plus, résultat, je ne suis qu'une sorte d'invertébrée. Même parler devient une épreuve, entre la mâchoire vaguement bloquée par le collier cervical et le mal de gorge qui empêche d'y mettre un certain volume vocal.

Et puis trop de prétentions. Toujours la peur, la même, celle de déplaire aux uns ou aux autres. Evidemment les uns et les autres ont des goûts diamétralement opposés, alors ça aboutit à une censure intégrale.

Garder l'écriture pour ailleurs peut-être. Ne laisser ici que les diarrhées verbales de ce genre, les longs développements autour d'une onomatopée difforme et vulgaire : *blog*

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28 septembre 2007

La terre est si belle vue du ciel

clementine

J'ai été au bout du monde, au plus loin possible, de l'autre côté, et j'ai revu en chair et en os deux personnes que je ne connaissais plus que visages pixellisés et voix décalées, j'ai écrit ailleurs, pour donner de mes nouvelles, j'ai pensé à écrire d'autres choses mais sans le faire vraiment, puis en revenant je me suis reconnectée ici, avec le même engourdissement que lorsqu'on reprend son trousseau de clés de maison après de longues vacances - un engourdissement familier, tout aussi naturel que perturbant -, j'ai repris le travail avec (trop) d'entrain, eu plein d'aventures notables avec des lecteurs, j'ai été à une fête de profs, revu des amis, changé d'ordinateur, et tout cela aurait à chaque fois pu faire l'objet d'un billet ici.
Je venais ici, j'ouvrais la porte, je la refermais.
Amusant comme tout se fait naturellement, cet endroit n'est plus mon endroit, et je ne sais pas pourquoi. Si c'était mon petit copain je lui dirais "on reste amis". Et il ne voudrait pas et je ne le verrais plus jamais. Là au moins je peux revenir si je veux. Mais je n'y suis plus bien.
Et puis avant-hier j'ai écouté Clémentine, et je me suis rappelé que c'était elle aussi Clémentine, qui part dans sa bulle bleue, et pour qui tout va beaucoup mieux quand Héméra lui tend les bras, et tout a été si parlant.

Ce soir, je suis retournée faire du théâtre.
Oh, un atelier comme il y en a mille à Paris : cher, plein de mots-concepts, de garçons échevelés, de filles avec les doigts qui sortent du pull, de volontaristes agaçants. C'était juste une réunion de contact et je ne sais même pas si je vais réellement m'inscrire.
Mais j'y suis retournée. Ce n'est pas dicible, ce que ça signifie.

J'ai à nouveau visionné, comme ça m'arrive cycliquement, le chemin parcouru. Mon chemin plein de pointillés, dont j'essaie de faire un dessin cohérent, régulièrement. Quand je pense que lorsque je rencontre des adultes je ne dis plus "Eh bien moi, je suis actrice", que ma belle-famille me connaît comme prof reconvertie bibliothécaire et non en Scarlett Johansson de Match Point... Aujourd'hui ça me paraît normal. Et confortable.
Mais je n'oublie pas que je l'ai été, que j'ai connu ces moments-là, où on te dit "Mais combien de temps vas-tu insister ?" et que tu veux partir sous la pluie, et ce ne sont pas de bons souvenirs mais ils sont importants, et je sais aujourd'hui pourquoi tout ça c'était trop pour la petite insecure que je suis.

Clémentine avait des ennemis vilains mais bien définis, et elle avait sa protectrice, elle était rousse et avait une robe bleue, et son chat roux s'appelait Hélice.

Non, décidément, je n'aime plus écrire ici.

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02 août 2007

Pas de titre, évidemment

Dès que j'ai posé le pied dehors ce matin j'ai su que c'était une journée moche.
Je me suis dit que ce serait bien, pour un billet ici, tous ces gens moches, cette grognasse à l'éventail, ce mec trop petit pour son costard, ce ciel moche, cette vieille moche. Que ce gentil chien ferait un joli moment d'émotion, surtout pour moi qui n'aime pas les chiens. Que ce trajet contrarié serait vraiment une chouette péripétie. Que la fin du cri déchirant résonant par erreur dans le combiné du téléphone de la bibliothèque serait le moment frisson. Et que Florent Pagny dans la radio de l'immeuble serait un achèvement.

Finalement ça ne passe pas.
Et je ne veux plus écrire quand ça ne passe pas. Pour qui, pour quoi. (Oui là on sent l'influence de Pagny. Ou alors est-ce le champion de poker, là.)

La vérité c'est que tout est moche quand tu sais que ta mère peut te mentir ou te cacher la vérité à un point inimaginable (enfin surtout quand tu as été élevé dans une sorte de terreur de la vérité) et quand tu prends conscience que vraiment pour de vrai tu ne peux pas compter sur ton père comme figure forte et comme point d'ancrage.

Je ne sais pas où est mon point d'ancrage, je ne sais pas si j'en ai eu un ? Je ne sais pas si on est censé en avoir un.

Si on s'était donné rendez-vous dans dix ans, moi et mon moi de 17 ans, ben je ne sais pas trop comment je réagirais. Comment vous voyez-vous dans 10 ans ? et toutes ces conneries, eh ben... A 17 ans je ne me voyais sûrement pas comme ça. Mais je crois que je ne me voyais pas du tout. Professionnellement je veux dire. Sentimentalement j'étais persuadée que je serais foutue, puisque j'étais sûre d'avoir rencontré l'âme soeur et que - même si je ne savais pas qu'il était gay et lui non plus soi-disant - avec lui ce n'était pas possible et que donc ma vie privée serait pourrie. Sur ce plan-là, mon moi d'alors serait vachement fière de mon moi d'aujourd'hui. Elle n'en croirait pas ses yeux, elle serait émerveillée. Et je le suis, tous les jours, je ne le dis pas trop parce que c'est trop sucré et qu'il faut BOUGER et ne pas manger GRAS ni trop SUCRE.
Maintenant je peux bien vous l'avouer : je mange gras. Et sucré. Et je ne bouge que dans des cas extrêmes.

Tous ces gens qui se mettent à écrire me donnent envie, surtout quand par ailleurs on m'en parle. Tu devrais écrire. Je l'entends, une fois par jour ces temps-ci. Mais ça ne compte pas, pas vraiment, pas encore. Tous ces gens qui se mettent à écrire ou qui sont publiés ou qui vont l'être, ça me donne le vertige. Parce que je sais qu'on n'a pas tous quelque chose à dire. Ni un comment le dire. Alors moi dans tout ça, j'attends. Je laisse mûrir en méditant la fameuse citation de Rilke, en écoutant Michel Aumont la dire, si bien, sur la BO de Clara et moi.

Alors voilà, à quoi bon écrire quand ça ne passe pas, quand la vérité ne se trouve plus là où on l'a toujours attendue, tout ça je ne le sais pas.

Du coup depuis quelques jours je vais écrire ailleurs, parler de moi de manière plus claire mais aussi plus vide, ça me fait du bien je crois. Un peu de vide.

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17 mars 2007

We've got to talk

Je n'écris pas parce que je n'ai pas le temps, je n'écris pas parce que j'ai plein d'idées quand je bosse mais si j'ai 5 minutes chez moi je n'arrive plus à trouver les mots [enfin si, les mots, si, mais pas les sensations] ; je n'écris pas parce que j'ai trop de choses à dire ; je n'écris pas parce que je n'ai rien à dire.

Mais de temps en temps, je n'écris pas parce que je veux parler de quelqu'un de mon entourage. De quelqu'un qui me lit, ou qui connaît quelqu'un qui me lit.
Et je ne le fais pas pour différentes raisons : soit parce qu'on me l'a reproché une fois et qu'on m'a dit que c'était pas bien, soit parce que ça m'embarrasse, soit parce que c'est délicat.
Ainsi, je ne parle pas beaucoup de Magic Man, parce que le Pingouin me lit. Je ne parle plus de Ghislain parce que Mona Robinson me lit et qu'on m'a dit que c'était vilain. Et l'autre jour, je voulais écrire quelque chose sur Tink, et puis j'ai plus eu le temps, et puis entre temps Tink est devenue une lectrice, alors j'étais gênée et j'ai plus osé.

Au fond c'est stupide, et je le sais bien.

Alors du coup, je vais l'écrire.

Ecrire que j'ai récemment découvert pourquoi j'appréciais C, une de mes collègues, pourquoi j'aimais être en sa présence, pourquoi j'aimais qu'elle m'explique des choses, qu'elle me raconte des trucs en rigolant. Déjà parce qu'elle faisait partie des plus jeunes de l'équipe, c'est sûr, ça compte, parmi les momies et les aigries [mais non, en fait y'en a pas taaaant que ça.] Et puis un jour, je l'ai entendue rire au loin, et là ça m'a frappé. Le rire de Tink, le même, quasiment. Et là tout s'est déclenché, C a le même accent, un peu la même voix (même si pas tout à fait), et quand elle parle sa scintille et ça chantonne et ça vient de plus bas. C'est mélodieux et souriant.
Et C a eu sa mutation, et jeudi dernier elle est partie dans une autre bibliothèque pas très loin mais en tout cas elle n'est plus là. Plus là pour m'apporter son petit rayon de soleil sonore et pour me rappeler cette petite jeune fille à l'autre bout du monde qui me manque toujours - elle et son zouzou.

Et puis hier, chez Ghislain, quand il m'a parlé de son ordi qui rame et qu'il a dit qu'il allait demander à N d'y jeter un oeil, eh ben j'ai pensé à l'autre N. Le zouzou de Tink. Qui n'est plus là pour jeter des yeux aux ordis pourris de ses amis, mais voilà voilà j'y peux rien, le premier truc que j'ai pensé, c'est N dans son appart de Gare du Nord avec ses ordis ouverts et ses manips sans fin pour guérir nos petits appareils malades, avec la gentillesse qui le caractérise.

Internet c'est bien, et c'est super cool de pouvoir voir les zouzous et leur parler, avec 12 heures de décalage, mais parfois c'est juste dur de ne pas pouvoir les inviter à une soirée ou leur proposer un ciné ou manger toujours les mêmes trucs dans un Paradis du Fruit.
Et de penser combien c'est différent, eux et Magic Man. Toute l'amitié du monde, sans a priori, sans sous-entendu, sans poids du passé ni "Untel va être vexé si on lui parle".

Dîner hier chez Ghislain c'était un rayon de soleil aussi quelque part. Parce que je me disais que revoir Ghislain, même seul à seule, c'était peut-être un pas vers autre chose. Vers un temps où je pourrai de temps en temps aller à des soirées organisées par mes amis avec mon copain, comme les filles normales. [Enfin, je veux dire, y aller sans provoquer l'absence de Ghislain et, en clair, avoir l'impression de foutre la merde.] Où je pourrai parler de lui sans créer un blanc ou une gêne dans la conversation. (Et pourtant même le Pingouin a dépassé cette étape-là).
Mais en fait je ne crois pas pouvoir compter sur ça, ça me fait si peur d'être déçue, peut-être.
Et puis faut bien avouer qu'à force, ces trucs-là aggravent ma schizophrénie naissante, forcément. Une impression que tout serait plus simple en en sacrifiant un bout.

Et pour finir. Magic Man. Le creux dans le ventre qui m'accompagne toute la journée parce que je ne l'ai pas assez senti écouté touché respiré câliné embrassé hier.
Un truc aussi obsessionnel que les sentiments unilatéraux (donc forcément auto-nourris) qu'en général je ne ressentais que pour les garçons dont j'étais amoureuse plus jeune. Eux ne m'aimaient pas parce qu'ils 1/ne savaient pas que j'existais  2/ne pouvaient même pas savoir que j'étais amoureuse d'eux tellement j'étais timide  3/étaient gays sans le savoir. [Enfin non, j'exagère, y'en a eu qu'un dans la dernière catégorie.]
Le ventre qui bouge et la tête qui tourne et sa peau dans ma tête.
Le manque, à l'état pur.
Crave.

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10 mai 2006

#100

Ce n'est pas réellement mon 100ème post.
Mais ça le serait si j'avais effectivement posté tous les messages que j'ai laissés à l'état de brouillons, depuis tout ce temps.

Alors aujourd'hui, je frappe un grand coup, je jette un pavé dans la mare, je fais un petit pas pour l'homme mais un grand pour l'humanité : j'ai décidé de révéler au grand jour ces embryons noyés dans le formol, peu importe leur état, leur inachevitude, leurs malformations.

Sur le moment, je m'étais décidée à ne pas les publier, pour diverses raisons : mauvais timing, envie de dire autre chose, envie de ne pas être trop sombre ou trop insignifiante, impression que les sentiments retranscrits n'étaient pas justes, certitude qu'ils étaient mal écrits et boursouflés. Mais ils ont forcément eu, eux aussi, leur petit moment de vérité, tout autant que d'autres qui ont été publiés malgré tout et qui aujourd'hui ne signifient plus forcément la même chose, voire plus rien. Alors je rétablis l'égalité.

J'inaugure donc une nouvelle catégories : les Brouillons ressuscités.

Starring :
19 avril 2006
3 avril 2006
18 mars 2006
5 février 2006
8 janvier 2006
15 octobre 2005
26 septembre 2005
16 septembre 2005
2 septembre 2005.

Bientôt je ferai comme Montaigne avec un code pour désigner les différentes couches d'écriture, tout ça.

schizophrénie ET mégalomanie naissantes, donc

N'empêche voilà, ça y est, on parle, on parle, on met du conditionnel, et puis hop, mine de rien.
100ème post.

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16 octobre 2005

Page d'écriture

Tout à l'heure, j'ai retrouvé mon vieux stylo-plume bleu. Ca m'a fait bizarre de le revoir. Enfin je veux dire, il était probablement dans ce pot à crayons depuis que je suis à Paris, mais je ne l'avais pas vu depuis des lustres. Je l'ai pris, j'ai enlevé la poussière qu'il y avait dessus, je l'ai ouvert, j'ai reconnu sa plume usée et un peu mal emboîtée, à cause des multiples opérations que je lui avais infligées (rinçages, déboîtage puis remontage sur un autre corps de stylo...). La cartouche était vide, je l'ai enlevée, et je suis allée passé la plume sous l'eau, pour enlever l'encre sèche. Ce geste que j'avais fait si souvent, si mécanique. Je l'ai essuyé dans du sopalin, pour enlever toute l'eau et éviter que l'encre soit délavée. J'ai mis une cartouche neuve - heureusement, il y a 5 ou 6 ans j'avais acheté un lot de genre 20 cartouches bleues Waterman, sans savoir que j'arrêterais d'écrire au stylo-plume. J'ai commencé à écrire, et puis là, ben, ça m'a fait vraiment bizarre.
Faut dire que j'ai écrit avec ce truc depuis la 4ème à peu près. Là, je me suis mise à penser à tout ce que ce stylo avait pu voir, les lettres de vingt pages à B., le brevet, les poèmes à la con, les rédactions où j'imitais l'écriture de cette pute d'Audrey parce qu'à l'époque j'étais fascinée par elle, les lettres à Jérôme en seconde, les devoirs de maths, les versions de latin, le bac, les quelques jours de prépa aussi probablement. C'est en arrivant à la fac que j'ai été obligée d'écrire plus vite et donc beaucoup moins lisible, surtout avec une plume large comme celle-ci, et que j'ai commencé la longue et perpétuelle recherche du stylo noir qui glisse vite et bien. Après j'ai arrêté la fac pendant 3 ans et j'ai quasiment plus écrit, ou alors avec ce que j'avais sous la main, peu importait. Mais ce stylo, je ne l'ai jamais jeté, trop de souvenirs, et trop envie de le retrouver, un jour.
Et puis en continuant à écrire un peu avec, je me suis rappelée alors l'autre raison qui m'avait poussée à l'abandonner dans son pot-à-crayon-boîte-de-parmesan. Il ne marche quasiment plus. Au bout de quelques lignes, l'encre se coince, ne coule plus, il faut le secouer tête en bas pour qu'elle revienne. Je me suis souvenue des moments d'énervement que ça me procurait pendant les premiers temps à la fac, et puis mes petits mouvements de poignets, toutes les deux secondes, qui étaient devenus une habitude.

Du coup je vais le refoutre dans son pot et il n'en sortira peut-être quasiment plus jamais.

C'est con, cette manie que j'ai de toujours embellir certains trucs du passé. Alors qu'au fond tout serait bon à balancer.
Et c'est con aussi cette manie que j'ai de ne jamais rien balancer. Juste pour pouvoir avoir ces putains de revivals de madeleine à deux balles.

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