04 novembre 2008
Le ciel est blanc, le ciel est blanc cassé
Il y a quelque chose d'étonnamment apaisant dans ce quartier où je vis - rien à voir avec celui où j'aurais dû habiter, peut-être y'a-t-il un destin après tout. Les deux bus que je prends le matin pour aller à Poudlard traversent une banlieue paisible qui me rappelle les lotissements des petites villes où j'ai grandi. Quant à la rue commerçante où je suis, elle est calme mais vivante, colorée sans hystérie, villageoise sans être déprimante, piquante sans être branchée. Et puis, quel bonheur de trouver de grandes parfumeries qui ne soient pas toutes des Sephora ou des Marionnaud, des magasins de vêtements qui ne soient pas tous des H&M ou des GAP... Des petites librairies, des Joué Club qui affichent "Ici, y'a tous les playmobils !", des bars qui ressemblent vraiment à des bars. Le froid est juste frais, rien de méchant sur les joues. Rien d'agressif, nulle part.
J'évite de rentrer trop tôt à l'appartement, car c'est évidemment là que c'est le plus dur, quand par exemple j'entends un bruit de porte et que mon coeur bondit, comme si c'était lui qui allait rentrer, alors que non, bien sûr, comment. Alors je me promène, un peu, pas beaucoup. J'explore comme un chat curieux, je m'arrête aux grosses routes, je ne voudrais pas me faire écraser, et je fais demi-tour en écoutant ma soeur parler. Je relativise ma propre situation en pensant à la sienne, en l'entendant me dire, de sa voix fatiguée post-rupture, qu'elle n'a quasiment pas été heureuse depuis qu'elle a 20 ans.
En général, quand je dis qu'il y a une formation d'un an pour le métier que je vais exercer, il y a toujours un con ou deux pour s'exclamer "Quoi, y'a une formation pour faire ça ?" Car bien sûr, il suffit de savoir rester assis, de ranger des livres un peu, de lire bien sûr tout ce qui sort, mais à part ça ? Car bien sûr, c'est le métier le plus ennuyeux du monde - mais après tout, avant de savoir ce qu'il en était réellement, j'ai bien dû penser ça moi-même un jour.
Aujourd'hui, quand je regarde le contenu de la formation, j'ai l'impression d'être une future chef d'entreprise, avec tout un pan de culture et de service en plus. Ah, mince. C'est un peu ça.
Le bâtiment de l'école est fort froid d'apparence mais le matériel et les installations sont récentes et plutôt bien pensées, je crois. Il y a même des douches pour les joggers du parc. Et une bagagerie qui va me faire gagner de précieux instants lors de mes départs ou arrivées de la gare.
Mes camarades ne sont pas de vieilles filles avec des lunettes sur le nez et des Camper aux pieds. Il y a même deux représentants du sexe masculin, un peu perdus au milieu de nous il est vrai. On se croirait un peu au club théâtre du lycée.
J'ai réussi un test haut la main, ce qui va me permettre d'avoir quelques heures de relâche pendant les sessions de remise à niveau. Si tout va bien certaines tombent un vendredi, ce qui me permettra de rentrer un jour plus tôt.
Bien sûr je compte les jours, bien sûr je compte les nuits.
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