Coccinelle et Clémentine

... et autres personnalités d'une schizophrénie naissante

12 mars 2008

Ecrin et guirlandes de fleurs

Ces trois heures de prêt du matin sont longues et pénibles par leur alternance de suractivité et de calme plat.
Plus tard dans les bureaux, je me demande pourquoi cette bibliothèque me fait l'effet d'une illusion dont je ne ferais pas partie. D'une sorte d'écrin doux où pourtant tout me semble aigu et contondant. Il y a pourtant beaucoup de petits détails que j'apprécie ici. J'aime les livres de poches, qui sont propres et lisses, qui glissent sur les étagères et se rangent presque tous seuls. J'aime les prendre, les faire se toucher, sentir leur épaisseur, leur volume, les ouvrir, sentir mes doigts, et mes ongles, contre le filmolux souple et rigide à la fois.
Tant de détails qui importent. Tant de choses douces.
Mais jamais le frisson, celui de la nuque. Celui qui pourtant se déclenche par les matières... et par les mots aussi, par des présences. C'est peut-être ça. Dans l'Ecrin je ne ressens pas de présences, tout le monde est fugace, en partance.

Le cuisinier, un des vieux emmerdeurs habitués de l'Aquarium que je mentionnais l'autre jour, qui est venu la semaine passée - je crois, surtout pour me voir -, revient régulièrement. L'autre jour il a monté les étages pour venir me serrer la main en salle de lecture. Aujourd'hui il me dit qu'ici c'est mieux pour les journaux. Je ne peux pas le contredire. D'un côté je suis touchée par sa sollicitude ; il me demande si ça se passe bien ; et en même temps je sais qu'il ne va pas tarder à m'emmerder, à me parler de ses fils qui bien sûr sont des incapables car ils ne trouvent pas de travail, à venir me parler toutes les deux minutes, et à grignoter, petit bout par petit bout, des morceaux de ma bulle.

Les mails d'Isa sont toujours comme des petites fleurs, mais je commence à ne plus savoir quoi en faire. Son dernier mail se conclut par un numéro de portable, ce qui, cela étant, est tout à fait pratique. Je me dis que si Isa était un garçon, jamais je n'aurais laissé les choses aller dans cette direction - à tort ou à raison. Je ne suis pas le genre de fille qui mentionne son fiancé dans les premières phrases de la première conversation. A tort ou à raison. C'est si rare, les gens qui ne sont pas méfiants, qui ne posent pas de barrière grillagée, "pour que les choses soient claires". Parfois je le suis. Parfois j'ai eu tort. Parfois j'ai eu grandement raison. Alors je ne sais plus trop quoi faire.
S'il faut poser une barrière, je voudrais au moins qu'elle ait la délicatesse d'être une guirlande de fleurs.

Tapoté par coxetclem à 15:41 - 4 gentil(s) commentaire(s) - Permalien [#]
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Commentaires

    j'ai travaillé pendant deux ans comme documentaliste dans un collège,je viens de terminer mon contrat.. ce frémissement dont tu parles je l'ai connu dans les rayons de mon CDI au travers de mes élèves..ils me manquent.. et te lire là comme ça, ça me bouleverse..
    j'ai mis des larmes sur "crave"..

    Je t'embrasse

    Tapoté par laetitia, 12 mars 2008 à 17:17
  • J'aime beaucoup ta derniere phrase. Si seulement c'etait comme ça, que les barrieres soient des guirlandes de fleurs, il y aurait moins de blesses dans les rapports humains.
    Sinon, le mien c'est 06.95.....

    ps: Oui, j'ai tenter une blague. Quelle folie!

    Tapoté par Brett, 12 mars 2008 à 17:25
  • Moi, les livres, je les sens. Vieux ou neufs, minces ou épais. Je plonge mon nez entre deux pages. C'est une sensation unique.

    Non, je ne suis pas fétichiste.

    Tapoté par Benj, 12 mars 2008 à 20:50
  • @ laetitia : des bisous. Ca reviendra...
    PS : "Manque" sera bientôt joué à Paris.

    @ Brett : ah, dommage, tu y étais presque !

    @ Benj : oui, moi aussi j'aime sentir "mes" livres. Ceux de la bibliothèque, j'ai un rapport complètement différent avec eux. Ce n'est pas pour rien que je n'ai jamais vraiment aimé lire des livres empruntés en bibli...

    Tapoté par Stella K, 20 mars 2008 à 00:01

Vous êtes arrivés là soit par hasard, soit par un vilain dérapage manuel, soit pour lire les commentaires existants, soit pour en écrire un vous-même. S'il s'agit de la dernière solution, ne prenez pas peur, et tapotez quelques mots, de vos doigts les plus doux, dans le gentil formulaire ci-dessous...